GIULAY REPASSE LE TESSIN
de Casale, s'était portée sur la rive gauche sans éveiller Tattention de rennemi ; Tarmée française, de soo côté, s'était déployée entre Alexandrie et Voghera, en quatre jours de marche ; elle avait passé par Casale sur la rive droite du Pô, puis sur la rive de la Sesia; 160000 Franco- Piémontais s'y trouvèrent un moment réunis. Cette masse, éparpillée sur la longue ligne de Turin à Gènes passant par Casale, Alexandrie, Valenza et Voghera, s'était, en dix jours, rassemblée lout entière sur la Sesia, en franchissant deux fleuves en présence de l'ennemi.
Les transports des troupes françaises par le chemin de fer et les mouvements de leurs différents corps pour franchir le Pô avaient été signalés, dès le 28 mai, à Tétat-major autrichien ; le 21 mai, la division Cialdini s'était mise en mouvement de Casale pour Yerceil ; depuis ce jour, il y avait eu, sur les deux rives de la Sesia, une série de manœuvres et de combats qui auraient dû prouver à Tennemi qu'il ne s'agissait pas d'une démonstration de la part des alliés, mais d'une grande opération de guerre qu'il fallait empêcher par une bataille ; lorsque toute l'armée piémontaise se fut portée sur la Sesia, suivie par le 5' corps d'armée français, il était facile de voir que les alliés avaient voulu transporter le théâtre de la guerre sur la rive gauche du Pô.
Le général Giulay, après le combat de Palestre, fran* chit de nouveau le Tessin. L'armée française, sans inter* rompre sa marche sur la rive droite du Pô, entre à Novare, où le quartier général s'établit ; le 3 juin, elle se dirige sur le Tessin ; la division Espinasse occupe Trécate. La division Camou des voltigeurs de la garde gagne Robbio sur la rive gauche du Tessin : elle a reçu
Tordre de franchir cette rivière en face de Turbigo, village situé à 9 kilomètres du pont de Buffalora, et de protéger rétablissement d'un pont de bateaux qui doit servir, le lendemain, pour le passa{[;e du ^2^ corps d'armée. C'est là que va se livrer le second combat de la campagne.
Cinq batteries et un équipage de pont précédés par un escadron de cavalerie suivent la division Camou , qui arrive à Turbigo sans avoir rencontré d'ennemis, et place aussitôt en batterie 12 pièces de Tartillerie de la garde sur les hauteurs ) à gauche de la grande roule, et 12 pièces sur la rive basse pour obtenir des feux rasants. Cette artillerie bat les abords du point choisi pour rétablissement du pont. Quatre compagnies de chasseurs à pied de la garde, destinées à couvrir la jetée du pont dont les premiers travaux s'exécutent avec rapidité passent le Tessin. Une tète de pont est bientôt prèle et armée de 2 pièces. Le lendemain, à deux heures du matin, la bri^ gade Manèque, avec une batterie, occupe le village de Turbigo; la brigade Decaen opère des reconnaissances sur la rive droite du Tessin. La construction du pont sur ce fleuve étant achevée, le 2* corps se met en marche pour le franchir le â juin, k cinq heures; la 3* divisioo doit rallier à Turbigo la 1" division venant de Novare. Le général Mac-Mahon, qui, avec son état-major, précède la 1" division pour rtjconnaltre le terrain, atteint à tfX)is heures le campement delà brigade Decaen; il se rend à Turbigo pour recevoir les rapports du général Camou mis sous ses ordres. L'ennemi ne s'est montré nulle part. Le général Mac-Mahon, suivi de son état-major, se rend à Robecchietto.
Ce village, placé sur la rive gauche du Tessîo, à 3 kilo-
COMBAT DE TORfilGO. 479
mètres de Turbigo, s'élève sur un monticule qui domine de 13 à 20 mètres la vallée du Tessin; deux routes pra* tiquables pour rartillerie conduisent de Turbigo à Robecchielio : Tune aboutit à la partie sud du village, l'autre à l'ouest. La route qui conduit à Buffalora et à Magenta se dirige vei's l'est. Le général Mac-Mahon, du haut d'une émincnee d'où il pouvait embrasser une grande étendue déterre, apercutsur cette route une division autrichienne déjà parvenue à Teutrée du village, d'où le général la Motte-Rouge reçut Tordre de la déloger; la division eonemie débouchait à peine du pont, le général la Motte* Rouge n'avait à sa disposition que le â"" régiment de tirailleurs algériens.
Ce régiment, formé en colonne, court tête baissée sur le village et force l'ennemi à la retraite. Le &5* régiment appuie le mouvement des Algériens; le 65% qui traverse en ce moment le pont du canal, reçoit l'ordre, dès qu'il aura débouché sur le plateau, de se former à gauche de iâl'* brigade pour couvrir le flanc des colonnes d'attaque. La 1'^ brigade de la 2* division sortie de Galtiate s'approche du défilé qui conduit au pont; la T brigade de cette dimioQ ne doit quitter Trécate que lorsqu'elle aura été relevée dans ses positions par les grenailiers de la garde. Les Autrichiens, au nombre de quatre bataillons et de deux escadrons de hussards avec k pièces, pfennent position à 300 mètresenviron en arrière de Robecchiettc, et ouvrent les premiers le feu avec leur artillerie. Les Français ripostent; le combat se prolonge sans résultat des deux côtés ; le général autrichien , ^'apercevant que des colonnes ennemies débouchent du pont de Buffalora, se retire laissant une pièce démontée au pouvoir des Français. Le
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/|5* de ligne va s'élancer à la poursuite de l'ennemi, lorsque, tout à coup, deux escadrons de hussards servant d'éclaireurs à la colonne mobile du général Urban se montrent sur la gauche. Un bataillon français du 65* avec 2 pièces se porte en avant et fait rebrousser chemin à cette cavalerie. Un détachement de chasseurs tyroliens, qui cherche à enlever le pont sur le canal de navigation, est repoussé par le 2' voltigeurs de la garde ; à cinq heures, ces divers combats sont terminés. La victoire de Turbigo, prélude de celle de Magenta, permit à l'armée alliée de s'établir à cheval sur le Tessin et de prendre sa ligne de bataille.
Le 4 juin, le 2* corps, renforcé par la division des voltigeurs de la garde impériale et suivi de l'armée sarde, quitta Turbigo pour se diriger sur Buffalora et Magenta, tandis que la division des grenadiers de la garde impé* riale allait s'emparer de la tète du pont de Buffalora, sur la rive gauche du Tessin. Le 3" corps doit passer ce fleuve à Buffalora; le 6* corps devra bivouaquer à Trecate; le V corps s'établira dans les fortes positions d'Olengo, de la Bicoque de Castellazzo et de la Cavalotta. L'extrême droite de ce corps, appuyée à l'Âgogna, sera couverte par la division Desvaux. La division de cavalerie du général Partounneau soutiendra la gauche du 1^ corps en la ralliant au &\ La ligne de bataille est donc celle d'Olengo à Magenta, perpendiculaire à la ligne de bataille des Autrichiens, ce qui place la droite des Français dans une position assez difficile.
La division Urban formait, à Gallerate et à Varèse, l'extrême droite des Autrichiens; la division Clam, renforcée de quatre bataillons et de deux batteries, occupait
LIGNE DE BATAILLE DES AOTRIOHIENS AVANT MAGENTA. ftSl
Magenta; une brigade de cette division était restée à Turbigo, après avoir détaehé quelques bataillons à la tèle du pont de San Martino, armée de grosses pièces. Cette tète de pont fut évacuée dans la nuit du 2 au 3. Les Autrichiens firent sauter le pont de Bussoletta : deux arches seulement furent renversées par l'explosion ; elles avaient, en tombant l'une sur l'autre, donné aux voûtes une pente oblique qui permettait de les franchir. La position du général Clam pouvait donc être attaquée de front et de flanc par le pont de Bussoletta.
Le 2* corps d'armée autrichien, déjà sur la rive gauche du Tessin, marchait véi^ Magenta pour soutenir Clam. La division Reischach reçut l'ordre de se porter aussi en avant que possible. La cavalerie de réserve, au bruit du canon, prit la route de Magenta. Le quartier général autrichien, qui s'était transporté pendant le combat de Robecchietto, de Belsguardo à Rosale, oii se rendit aussi le feld-maréchal Hess arrivé de Vienne, fut le soir même transféré à Abbiategrasso. Les 2% T et ^ corps d'armée, ainsi que la cavalerie formant une seule colonne dans Tordre indiqué, passèrent le Tessin sur le pont de Vigevano. Le S"* corps fut retardé dans sa marche sur Binasso par la nécessité de laisser déQler un grand transport de blessés, l'artillerie de réserve de l'armée, les équipages de pont, les voitures et le 5* corps. Tous les mouvements de marche étant finis dans la nuit du 3 au & juin, l'armée autrichienne se trouva placée ainsi : 1" et 2* corps à Magenta et dans les environs ; le ^ corps à Abbiategrasso ; le 5' corps à Fallavecchia, entre Rosale et Coronate; le 8* corps à Belsguardo et vers Binasco; le 9* corps en route vers Pavie ; la cavalerie de réserve à Corbetta. Il y
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avait autour de Magenta lii 000 hommes, autour d'Abbiategrasso 17000 hommes; en arrière de Fallavecchia A7000 hommes, derrière Pavie :21 000 hommes ; à Varèsé, Urban avec 11000 hommes; à Milan, une division du 1" corps, IdOOO : total 160 OOO hommes. Ces troupes, qui venaient de faire de longues marches^ eurent un jour de repos. Celles qui devaient s opposer aux alliés sur la gauck du Tessin, distribuées depuis Magenta jusqu'à Bclsguardo, occupant une étendue directe de sept lieues, avaient besoin d'une heure de marche pour se concentrer.
La ligne de bataille des Autrichiens se développait sur les élévations de terrain qui dominent la route de Buffalora à Milan, formant comme un arc de cercle dont cette route était la corde, ayant à sa gauche Ponte Vecchio di Magenta, le centre à Ponte Nuovo di Magenta^ et la droite au village de Buffalora, bâti sur les deux rives du Naviglw grande^ éloigné environ de 1500 mètres du pont deBuffa^ lora construitsur le Tessin. Leur ligne de défense était couverte par le Naviglio grande^ canal dérivé du TessiOi large de SO pieds et profond de ô à 6 pieds, coulant à mi-cAte entre deux rives escarpées, et franchissable sur trois ponts, vis^à'Vis les villages de BuiTalora, Magenta et Robecchio.
Les bords de Naviglio s'élèvent de 5 à 6 pieds au-dessus du terrain : leurs pentes escarpées sont de 25 à 30 pieds de hauteur, couvertes de bois et maçonnées en plusieurs endroits. Des chemins bien entretenus courent sur les bords et traversent la ligne du chemin de fer, presque à fleur d'eau, sur des ponts formant comme des portes audessous desquelles passe la voie ferrée partant du pont de Buffalora^ Cette voie se prolonge à droite en décrivant