LE LENDEMAIN DE LA BATAILLE
blessés demandant du secours, voilà le spectacle qu'éclaira le soleil du lendemain. L'ensevelissement des morts dura trois jours et trois nuits.
On répète qu'il faut se garder de la furie française, mais que si l'on arrête son premier élan, il est facile de la dompter, tandis que les Allemands, manquant d'entrain dans Tattaque, sont inébranlables dans la résistance. La bataille de Solferino dément cette assertion qui semble passée à Tétat d'axiome. Les 2** et ft* corps français résistèrent à des forces très-supérieures avec un sang-froid admirable. A la ferme de Casanuova et à Rebecco, ils restèrent immobiles et imperturbables comme s'ils avaient pris racine dans le sol. La conduite des Autrichiens à Casanuova, à Rebecco, à Monte Fontana, à San Martino, les charges de la division Hesse, les attaques du 35* régiment sous les ordres du prince Windischgraetz, et les brillantes charges du régiment des hussards commandé par le colonel Edelsheim, prouvèrent que les Allemands savaient, eux aussi, être impétueux et brillants. Les Piémontais ne démentirent pas leur vieille renommée de vaillants soldats.
Les deux armées s'étaient, comme on l'a vu, trouvées â l'improviste en face l'une de l'autre, les Autrichiens occupant une forte position, étudiée longtemps d'avance, et formant une ligne de défense d'environ quatre lieues, dont le centre dominait les ailes ; cette position pouvait servir de pivot à celte ligne dans toutes les manœuvres des troupes placées aux deux ailes. Les alliés avaient donc commis une grande faute en laissant les Autrichiens se retirer tranquillement après le combat de Melegnano et en les perdant de vue. Si le grand art de la guerre est
d'imposer la bataille, aucun des deux géiiémux en chef ne peut se vanter de l'avoir pratique. L'armée française, obligée d'accepter la bataille de Solferino, remporta la victoire, grâce à son organisation et au caractère du soldat français, qui ne se laisse pas dominer par l'imprévu. Les différents corps de l'armée française, en attendant les ordres de l'état-raajor général, se mirent en mouvement selon les positions de leur front de marche, subordonnant leurs opérations à celles des corps à leur proximité. L'armée autrichienne ne pouvait montrer la même élasticité. Les commandants des différents corps, dépendant des généraux en chef des grandes armées, n'osaient rien faire sans leurs ordres; quoique l'attaque eût commencé de très-bon matin, les corps ne reçurent leurs instructions particulières qu'à dix heures; le 5* et le S" corps, attaqués Tun à Solferino et l'autre à Madonna délia Scoperla et à San Martino, furent seuls sérieusement engagés jusqu'à cette heure. L'armée autrichienne dut à la bravoure et à l'intrépidité du 5' corps, sous les ordres du général comte Stadion, de n'avoir pas subi une défaite plus complète. Le succès de ce corps jusqu'à <lix heures resta infructueux à cause de la lenteur du 1" et du 7' corps appelés à son secours, et à cause de la 1'"* armée^ qui, malgré sa grande supériorité numérique (65 000 hommes), ne parvint à entamer aucun des deux corps français isolés.
Le maréchal Baraguey d'Hilliers ne gagna du terrai» qu'après midi seulement. Le mouvement des deux armées autrichiennes avait déjà conamencé, elles purent prendre l'offensive sur la droite et sur la gauche et renforcer le centre; les Autrichiens, massés vers midi dans