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M. DE CAVOUR COMPTE SUR LA CONTINUATION DE LA LUTTE

Irès-d^aûté des querelles de ses généraux, profondément impressionné par les horribles scènes de guerre dont pour la première fois de sa vie il avait été témoin, mais l>ar-dessus tout, fier et enchanté de la gloire militaire que la France venait d'obtenir. L'Empereur avait même donné à entendre au ministre piémontais que, pour assurer la défaite totale de lennemi, il n'hésiterait pas à faire appel aux Hongrois. M. de Cavour était donc revenu plein d'espoir du quartier général. La certitude du succès augmentant sa gaieté naturelle, il dit à un de ses compatriotes, correspondant du Daily News (1) : « Quand comptez- vous aller à Mantoue embrasser votre famille? — Le correspondant répondit : Vous en savez sans doute le jour mieux que moi. — Eh bien! je fixe votre entrée solennelle à Mantoue le 1" août, car je ne partage nullement l'opinion générale sur la difficulté d'entrer dans Vérone; qu'un corps français débarque sur les côtes de la Dalmatie et le quadrilatère sera bientôt pris. »

Les officiers les plus distingués de Témigration hongroise avaient déjà obtenu la permission de suivre Fétat-major des armées alliées ; leurs allées et venues continuelles entre Turin et le quartier général, la présentation de Kossuth à Napoléon III par le sénateur Pietri, et par-dessus tout, les ordres donnés à la flotte française dans l'Adriatique, faisaient croire qu'un mouvement révolutionnaire ne tarderait pas à éclater sur le Danube. L'Autriche semblait touchera sa perte. Les Italiens comptaient sur une délivrance complète. Tout à coup l'inquiétude vint se mêler à ces espérances. Les observateurs froids

(1) M. Arrivabene^ membre du parlement italien.

remarquaient que depuis le pass£^e du Miocio les armées alliées n'avaient pas montré Tactivité nécessaire dans les circonstances où elles se trouvaient, et qu'elles ne s'empressaient guère de prendre avantage de la désorganisation complète dans laquelle se trouvait l'armée autrichienne. Le 6 juillet 1859, l'Empereur avait envoyé un plénipotentiaire à. Vérone ; de quelle mission était-il chargé? Le bruit se répandit qu'il était porteur d'une proposition d!armistice. Les officiers français et italiens se refusaient d'autant plus à y croire, que de grands mouvements de troupes s'effectuaient sur la route de Valero: le corps du maréohal Canrobert s'était déjà formé en ligne de bataille dans la plaine ; on s'attendait à un combat. U nouvelle n'était que trop fondée. Le général Fleury, ao moment où s'opéraient ces mouvements sur la roule de Valleggio, recevait de François-Joseph racceptatioa de l'armistice proposé par Napoléon III, et réglait les conditions d'une entrevue entre les deux souverains.

Napoléon III et François-Joseph se rencontrèrent lé lia Villafranca dans la maison de Gaudini Morelli Bugna, à Contrada Cappuccini. Cette entrevue dora un peu moins d'une heure; la conversation se fit an italien et en allemand. Bien ne fut écrit. L'encrier et le papi^, après le départ des deux interlocuteurs, étaient intacts sur la table où on les voit encore; l'empereur d'Âutricbei s'il faut s'en rapporter à une brochure publiée sous l'inspiration du cabinet de Vienne (1), n'eut qu^à fm appel aux intérêts dynastiques de son vainqueur pour en obtenir tout ce qu'il pouvait souhaiter : « Vous et nwi,

(I) Lfipaixde Villa franco^ p»r le chevalier Debrauz.

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» lui dit-il, nous sommes deux pères; préoccupons-nous j> moins de nos intérêts personnels que de Tavenir de » nos héritiers, et nous tomberons facilement d'accord ; » quant à moi, je vous en donne Fassurance la plus » solennelle, je ne me prêterai jamais à aucune coalition » destinée à faciliter un changement de dynastie en » France. » Le traité de paix, signé bientôt après entre les deux gouvernements impériaux sous le nom de Préliminaires de Villa/ranca, prouve que François-Joseph avait touché la corde sensible :

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