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LES PREMIERS RÉFUGIÉS EN BELGIQUE

ÀTant de parler des suites de ce décret, il est iodis** pensable de revenir de quelques années en arrière. La proscription a son histoire qui mérite d'être racontée» Elle commence au lendemain.de la révolution de février. Les {HÎncipaux acteurs du 15 mat prirent les premiers le cb^nin de l'exil. Ils passèrent en Belgique. Le gouver^ Dément de ce pays ne se montra pas très-hospitalier pour les réfugiés de cette époque ; Louis Blanc fut arrêté, déposé dans le Mammeloker^ une des prisons de Gand, fut conduit à Ostende par des gendarmes qui ne le quittèrent que sur le pont du bateau à vapeur partant pour TAngleterre. Les journées de juin 18&8 et du 15 juin 18/i9 amenèrent de nouveaux réfugiés en Belgique. Ledru- RoUin, Martin Bernard, Etienne Arago, Considérant, Boichoty Nattier, franchiront la frontière; la police de Bruxelles leur intima Tordre de vider le pays dans les vingt-quatre heures. Félix Pyat, et Thoré, rédacteur en dief de la Vraie République^ échappèrent à ces ordres rigoureux par l'isolement et Tobscurité de leur existence. Lopinion publique en Belgique protesta plus d'une fois contre cette sévérité; aussi, lorsque MM. Cantagrel, exreprésentant, Servient, Songeon, Périer, ex-lieutenantcolonel de la légion de Belle ville, le bottier MoreU le vétérinaire Talende, Tessié du Mothay, ingénieur, arrivèrent plus tard en Belgique, le mauvais effet produit par les précédentes expulsions empêcha la police de les mettre à la porte : il en fut de même pour Etienne Arago, revenu d'Angleterre, ainsi que pour Songeon, Favre, Ménars, Victor Borie, Boucher arrivé Tun des premiers en Belgique ^us un nom d'emprunt, Lengrand, Jean Gourmot (de Reims), Camus (du Loiret) et Anquetil,

tous condamnés pour délits de presse. Ces proscrits vivaient de leur travail, attendant que Tannée 1852 sonnât pour eux l'heure de la délivrance.

Les républicains réfugiés en Angleterre : Louis Blanc, Ribeyrolles, Martin Bernard, Naquet, accoururent en Belgique à la nouvelle du coup d'État; Etienne Arago, Félix Pyat, Favre, Moreau, Angibert, Songeon, Servient, Anquetil, Camus, Boucher, Borie, franchirent la frontière française, et purent la repasser sans être pris; Naquet pénétra même jusqu'à Paris. Les proscrits, après le succès du coup d'État de Louis Bonaparte, sortant des casemates, des prisons, des pontons, des geôles, afiBuèreot bientôt en Belgique, les uns conduits par des gendarmes, les autres munis de feuilles de route. Le Moniteur publia, le 7 janvier 1852, un décret qui fermait les portes de la patrie aux citoyens « dont la présence en France pourrait empêcher le calme de se rétablir»; un autre décret du lendemain partagea ces hommes en trois ca^ tégories. La première comprenant les déportés à la Guyane ou à Alger : Marc Dufraisse, Greppo, Miol, Maltié et Richardet La seconde les citoyens expulsés : Edouard Valentin , Paul Racouchot , Agricol Perdiguier, Eugène Cholat, Louis Latrade, Michel Renaud, Joseph Benoît (du Rhône), Joseph Bayard, Jean Colfavru , Joseph Doutre ( du Rhône ) , Pierre-Charles Gambon, Charles Lagrange, Martin Nadaud, Barthélémy Perrier, Victor Hugo, Cassai, Signard, Viguier, Charrassin, Bandsept, Savage, Joly, Cambier, Boisset, Duché, Ennery, Guilgot, Hochstuhl, Michot-Boutet, Baune, Bertholon, Schœlcher, de Flotte, Joigneaus, Laboulaye, Bruys, Esquiros, Madier de Monljau, Noël

LES PRISONNIEUS DE UAM EN LIBERTÉ. 6d9

Parfait, Emile Pean, Pelletier , Raspail fils, Théodore Bac, Bancel, Belin (de la Drôme), Besse, Bourzat, Brives, Chavoix, Dulac, Dupont (de Boussac), Gaston Dussoubs, Quitter, Lafon, Lamarque, Pierre Lefranc, Jules Leroux, Francisque Maigne, Malardier, Mathieu (de la Drôme), Millotte, Roselli-MoUet , Charras, Saint-Ferréol, Pommier, Tesldin (du Nord). La troisième catégorie se composait de MM. Duvergier de Hauranne, Créton, Baze, Thiers, ChamboUe, de Rémusat, Jules de Lasteyrie, Emile de Girardin, général Laydet, Pascal Duprat, Quinet, A. Thourel, Victor Chauifour, Versigny, les généraux lamoricière, Changarnier» Le Flo, Bedeau, Laydet; ils étaient momentanément expulsés comme « s'étant fait remarquer par leur violente hostilité au gouvernement » .

Les généraux Changarnier, Lamoricière, Bedeau, LeFlo, le colonel Charras, et M. Baze, apprirent en effet le 8 janvier que la prison de Ham s'ouvrirait pour eux à condition de s'engager à partir pour l'Angleterre ; ils finirent cependant par obtenir l'autorisation de se rendre sor le continent. Le général Le Flo seul fut conduit par des agents de police jusqu'à Douvres. Le général Changarnier et le colonel Charras choisirent comme retraite la Belgique. Le général Lamoricière et M. Baze, se rendant l'un à Aix-la-Chapelle, l'autre à Cologne, ne firent que traverser Bruxelles escortés de même que le général Le Flo par des agents. Le général Changarnier et le colonel Charras, arrivés le matin dans cette ville, en repartirent le lendemain pour Liège et pour Louvain. Le général Bedeau arriva le dernier à Bruxelles.

Le général Cavaignac fut mis en liberté le 17 dé-

550 L*£MPmE.

cembre 1851. M.deMorny apprit sa délivrance à madame Odier, par ce billet :

< Madame,

» Connaissant les opinions de Totre famille et désirant lui donner II preuve de l'intérêt amical qu'il lui porte, le président me charge de vous dire qu'il verrait avec peine la cérémonie du mariage de votre fille avec rhonorable général Cavaignac attristée par les murailles d'une prison, et de vous envoyer un ordre pour qu'il soit mis en liberté. *»

Le général Cavaignac écrivit aussitôt à M. de Morny :

c Si le gouverneur de Ham avait reçu l'ordre pur et simple de m'oovrir les portes de cette prison, j'aurais aussi purement et simplement repris ma liberté, qui m'a été iflégalement ravie. Mais Tordre qo m'élargit est accompagné d'une lettre que vous n'avez pu considérer comme confidentielle et qui m'a été naturellement communiquée.

» Les commentaires qui s'y trouvent et les motifs qu'elle atlribue u pouvoir, au nom duquel vous agissez, ne sont pas de nature à être acceptés par moi. Assurément, personne n'a plus souffert et ne sonlTre plus que moi des tristes retards de mon union avec mademoiselle Odier, mais je ne crains pas qu'elle y voie elle-même un motif d*accepter ma mise en liberté.

» Je ne dois pas quitter ce lien^ Monsieur le ministre; je n*ai rien fait pour y être amené. Je n''ai point le désir de rester ici prisonnier malgré ceuic qui m*onl iHégatement arrêté, mats je ne veux pas, et monbonaeir y est intéressé, accepter aucune transaction contraire à ce que je me dois à moi-même. »

Les représentants expulsés par le décret du 9 janvier retrouvèrent à Bruxelles quelques-uns de leurs anciens collègues de la Constituante, Laussedat, Besse, Boorzat, Brives, Bruys, Burgard» le docteur Gambon, Fleary (de rindre), Buvigûier, Démosthènes Ollivîer, Vergnes, Simîot, et plusieurs autres compatriotes parmi lesquels Carion ancien commissaire de la République, Arsène Meunier, Geniller, Gentil Sarre, Amable Lenafire, HippolyteMageij, hommes de lettres. Les représentants Michel (de Bourges), Kestner, Bayard, Rey, Arnaud (de

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