LES PROSCRITS EN BELGIQUE
FAriége), Aubry (du Nord), Fayole (de la Creuse), Bourke, Rochat, Barthélémy (d'Eure-et-Loir), Crétin, avaient quitté la France sans être atteints par le décret du 9 janvier. Victor Hugo débarqua en Belgique sous la blouse et avec le livret d'un ouvrier, Schœlcher déguisé en prêtre, Deluc en maçon; le représentant Ferrier sauva son beau-frère condamné à mort, en rhabillant en femme et le faisant passer pour sa fille. Les illusions sont permises aux proscrits; elles naissent facilement, surtout dans les premiers jours de l'exil. Victor Hugo sMmagina qu'il déciderait le roi des Belges à faire marcher son armée à laquelle un 001^ de réfugiés servirait d'avant- garde, non pas sur la France, mais contre le gouvernement du 2 décembre dont Léopold I*' ne songeait, au contraire, qu'à s'assurer les bonnes grâces. Les réfugiés ne tardèrent pas à s'en apercevoir. Cournet, l'un des chefs de la barricade du Château d'Eau pendant les journées de Juin, qui vint de Londres à Bruxelles le 4 décembre avec l'autorisation du bourgmestre, M. de Brouckère, d'y passer cinq jours, fut mis aux arrêts, gardé à vue dans son hôtel, et, les cinq jours expirés, renvoyé en Angleterre. Bianchi, rédacteur en chef du Journal de Lille ^ fut empoigné sur le territoire belge, et conduit en prison les menottes aux mains ; il n'en sortit que pour se rendre en Angleterre. Cœurderoy subit à peu près le même traitement Victor Schœlcher abandonna bientôt Bruxelles, où il lui était impossible de publier son Histoire du coup <tEtat; Nadaud et Malardier, ses collègues, le suivirent en Angleterre ; Pascal Duprat s'y rendit pour publier ses Tables de proscription.
Les proscrits arrivés en Belgique sans papiers légalisés par l'ambassade belge à Paris, ou ne justifiant pas de leurs moyens d'existence, étaient expulsés; les autres restaient soumis à la surveillance de la police qui leur, imposait les plus dures conditions de séjour : ne rieu écrire, ni faire, ni dire, qui pût porter ombrage au gouvernement français, ne pas exercer leur profession s ils étaient médecins, avocats ou professeurs, enfin accepter Tinternement dans les villes de rintérieur, La misère était grande parmi eux. Le gouvernement leur refusait les moyens de gagner leur vie. M. Labrouâse, ancien sous-directeur de l'École polytechnique en France, eut ridée de reconstituer à Bruxelles Técole centrale du commerce et de l'industrie qu'il y avait fondée lors de son premier exil : MM. Deschanel et Challemel-Lacour, anciens élèves de l'Ecole normale ; Chauffour, professeur de droit à la Faculté de Strasbourg; Ennery, professeur de l'Université; Baune, ancien directeur de l'École municipale de l^yon ; Servient et Deluc, répétiteurs à l'École polytechnique ; Rambert, professeur de chimie à l'École de Saint-Cyr, devaient occuper des chaires dans l'établissement de M. Labrousse : le colonel Charras avait consenti à se charger du cours d'histoire militaire, Bancal du cours d'éloquence, Laussedat du cours d'unatomie, Versigny du cours de philosophie du droit, Pascal Duprat du cours d'économie politique, Marc Dufraisse du cours de la législation comparée (1). Le gouvernement belge n'accorda pas à M. Labrousse Tautorisatioii de fonder cette école. MM. Joly, Dupont (de Bussac),
(1) n professe encore, en ce moment, ce cours aycc le plus grand éclat à rËcole polytechnique de Zuricli.