LL JOURNAL LE PROSCRIT
» Dans les verliges de leurs terreurs, ils ea arrivent, les insensés, jusqu'à rappeler de leurs vceux les atrocités salutaires de la sainte inquisition, ses tourmenteurs et ses bûchers.
j» Et c'est en présence de ces énormités sauvages, c*est pendant que la République, mortellement frappée, crie vengeance par toutes ses blessures, comme par autant de bouches sanglantes, qu^on t*énerve, qu*on t*assoupit, qu'on t'endort, sans se demander si la République agonisante sera encore debout à ton réveil !
j» Ah ! combien ces conseils de la pusillanimité doivent peser à ton courage, et avec quelle anxiété ne dois-tu pas désirer d*entendre, au milieu de cette muette coalition de la peur, quelqu'une de ces voix inspirées qui te parle le grand langage de la révolution!
€ Peuple, te dirait-elle, plus de Tâiblesse, plus de repos, ia République > est en danger! Partout la royauté l'a minée à l'intérieur, et l'étranger n est à tes portes. Ils ne t'entretiennent que du nombre de leurs soldats, » aie conOance dans le droit impérissable, dans le dévouement, dans » ridée, dans la foi de tes pères. £lle fut leur épée invisible^ leur dieu » des armées, et tout se dissipa devant elle. »
» £b bien! cette rude parole du devoir, du sacrjiice, puisqu'elle ne trouve plus d'apôtres officiels au sein de la patrie, nous essayerons, nous proscrits, de la faire pénétrer jusqu'à toi.
» Nos noms ne te sont point inconnus; depuis vingt ans, ils ont été mêlés à toutes les luttes de la liberté.
» Notre politique à l'extérieur pourrait se résumer dans une date : c'est la guerre aux rois, ia fraternité des peuples, la république universelle, la solidarité humaine. C'est la croisade delà délivrance et non la politique de la conquête ; il faut qu'on puisse répéter de la France d*aujourd'hui ce que Sbakspeare lui-même disait sa justement de celle du xii' siècle : < La France à qui la conscience a ceint l'armure, et que » le zèle et la charité ont conduite sur les champs de bataille, comme 9 le véritable soldat de Dieu! »
i> Au dedans, notre programme c'est celui de la révolution, c'est celui des idées mûres et qui se peuvent appliquer demain ; c'est, en un DQOt, celui que, dans des temps meilleurs, la Montagne et la presse socialiste élaborèrent en commun.
» C'est la République, c'est-à-dire l'homme dans toute sa dignité et en possession de lui-même; Tbomme fort de la nourriture de l'esprit et de la nourriture du corps;
)) C'est le suffrage universel, direct, s'exerçant toujours , en révo* quant le pouvoir à son gré ;
p C'est le droit au travail;
D Le crédit ;
» L'association volontaire ;
9 L'éducation gratuite et obligatoire ;
9 L'établissement d*un impôt unique, proportionnel et progressif ^
> L'abolition de tout impôt indirect et de tout monopole ;
» Peuple, cc$ biens, ils sont à toi si tu les veux, mais à quelles conditions ?
1) A la condition de redevenir révolationnaire, et de ne plus te laisser aller aux utopies et aux vaincs paroles. Crois-le bien : à chaque succession de temps sa tâche ; assez de solutions sont prêtes pour qu'on ne se lance pas, chimériquement, h la suite d'esprits orgueilleux et funestes, dans les champs de cet avenir qu'il n'est pas plus donné a notre faiblesse d'entratner que de devancer.
0 A la condition de ne plus compter que sur toi-même, de ne plus demander à tes directeurs, ù tes chefs, ce que doivent suffire à le dicter ton intrépidité et ta conscience.
» Sois toujours prêt pour la défense de In République, comme les premiers chrétiens étaient toujours prêts pour la mort, et comme eux tu triompheras.
» La direction, au surplus, d*où pourrais-tn l'attendre?
» De la presse? Après t'avoir engage, de loin, à la résistance, elle s'est rabattue sur le refus de l'impêt, puis sur la transformation de l'impôt, puis.... que sais-je? Elle a peur.
» Les derniers représentants socialistes par toi nommés, ces hommes de feu qui devaient tout embraser, ces révélateurs de l'avenir, près de qui tout était obscurantisme et passé, ils ne se sont pas donné le temps de s'asseoir, de laisser sonner la douzième heure, que déjà ils avaient renié trois fois la Révolution et abdiqué entre les mains de la réaction.
» Et la Montagne, il faut bien lui dire ici ce que lui dira l'histoire. Elle s'est montrée indigne du grand nom dont ses ennemis l'avaient honoré. Dépourvue de mandat, elle a laissé mettre aux voix deux questions au dessus de toutes les questions : la Constitution et le suffrage universel; elle a donc, en votant, habilité, autant qu'elle l'a pu, une majorité radicalement incapable, et légitimé l'usurpation. Puis l'attentat commis, elle est demeurée sur ses sièges, comme s'il pouvait encore y avoir une opposition sérieuse, des garanties de droit là où ne règne plus que la force, et un peuple à représenter quand il a été mis an ban de la Conslilution.
» Encore un coup, peuple. n*aie plus foi qu'en toi seul, mais au^si ne rends plus, désonnais, personne responsable des lâchetés que tu pourrais commettre.
» Semblable à cet homme de guerre que Bossuet compare à un aigle qu'on voit toujours, soit qu'il vole au milieu des airs, soit qu'il se pose sur quelque rocher^ porter de tous côtés des regards perçants et tomber si sûrement sur sa proie, qu'on ne peut éviter ses ongles non plus que ses yeux ; aussi vifs doivent être tes regards, aufsi vite et impétueuse ion attaque, aussi fortes et inévitables tes redoutables mains.
» Pas de vaines terreurs ; que toutes tes forces demeurent enlîères pour les vrais périls, mais, aussi, que tout soit prêt dans le cas suprême, et, comme dit le prophète : Que toutes les flèches soient aiguisées, que tous les arcs soient tendus ! L. R. i
Un article de Mazzini suit le manifeste de Ledru-Rollinr
MÂ2Zmi ET LËDRU-ROLLlN. 561
Voici sa conclusion : « Il faut que la démocratie euro- » péenne se constitue. Il faut qu'à la ligue des pouvoirs » corrompus ou mensongers vienne enfin s'opposer, dans » sa réalité et dans sa puissance, la SAINTE- ALLIANCE i> DES PEUPLES. Il faut poser en commun la première » pierre du temple sur le fronton duquel l'avenir inscrira : û DIEU EST DIEU, ET L'HUMANITE EST SON PRO- » PHÈTE. La victoire est à ce prix, l'initiative est à tous. »
Les rédacteurs du Proscrit se montrèrent Irès-préoccupés d'abord de la crainte d'une invasion des armées de la Sainte-Alliance en France. ^ L'invasion de la France » est un fait menaçant, prochain, inévitable; et cette » invasion , appuyée par les factions royalistes, serait infail- » liblement victorieuse, si la France n'avait pour auxi- » liaire le ferment d'esprit républicain disséminé dans » toute l'Europe. » Ils ne cessaient de demander que l'armement et les manœuvres de l'armée française fussent mis au niveau des progrès accomplis par les armées étrangères.
Le comité central démocratique européen^ constitué en Angleterre vers la fin de Tannée 1849, publia dans le Proscrit son premier manifeste Aux peuples^ signé : Ledru-Rollin, Joseph Mazzini, Albert Darasz, Arnold Ruge.
Le Proscrit n'eut que deux numéros ; il fut remplacé par la Voix du Proscrit, organe de la République universelle, publiant un numéro par semaine. Ce journal débute j)ar un deuxième manifeste du comfté central démocratique européen, proposant un rapprochement, une fusion, entre les fractions du parti démocratique. De ce travail intérieur devait sortir un comité national; les délégués
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des comités nationaux constitueraient le comité central de la démocratie européenne.
Ces journaux de Texil, pleins des passions que Texllfait naître ou fortifie* débattaient avec violence les questions qui entretenaient depuis longtemps la discorde dans les rangs du parti républicain, et ils la rendaient plus visible. Ce parti était surtout divisé depuis la loi du 31 mai, sur la question de savoir s'il devait prendre part aux élections municipales, départementales et législatives qui se feraient sous l'empire de cette loi. La Voix du Proscrit prêchait l'abstention : « Partout où il y a une élection à B faire, les électeurs doivent s'abstenir de voter jusqu'au » rétablissement absolu du suffrage universel. » Gomme s'il ne valait pas mieux choisir des représentants capables de proposer ce rétablissement que de l'attendre d'une protestation muette.
La Vota: du Proscrit soutenait, en même temps que Tabstention électorale, la théorie du gouvernement direct du peuple. <x Le peuple, exerçant sa souveraineté sans n entrave» d'une façon permanente, dans les assemblées 1» électorales^ dont la police a été réglée par la consti* » tution de 1793 ;
9 Ayant, aux termes de cette même constitution, Vmo tiative de toute loi qu'il juge utile ;
» Votant expressément les lois^ adoptant ou rejetant » par oui ou par non les lois discutées et préparées par » une assemblée de délégués ;
9 Une assemblée de délégués ou commissaires nommés » annuellement^ préparant les lois, et pourvoyant par des i déc9*ets aux choses secondaires et de grande adminis- 9 tration;