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LA VOIX DU PROSCRIT EST REMPLACÉE PAR LE PEUPLE

» Un président du pouvoir exécutif chargé de pourvoir » à l'application de la \oU président élu et toujours revoie cable par la majorité de rassemblée ;

» Tel est, disait ce journal à la veille du coup d'Ëtat, le » principe le plus propre à assurer la victoire; tel est » l'étendard sous lequel tout démocrate, sans abdiquer 1 ses croyances, peut se ranger et servir la République. B Qu'il nous soit donc permis de faire un dernier et » suprême appel à nos confrères des départements qui » ne se sont point encore groupés autour de ce drapeau. » M. Louis Blanc publiait aussi un joucnal, le Monde nbiweau; des polémiques très-violentes s'élevèrent nonseulement entre ces deux organes de l'émigration, mais entre eux et les journaux de l'opposition radicale à Paris. Les choses allèrent si loin entre la ^oix du Proscrit et le Vote universel (\\ï\ représentait les opinions d'une fraction de la montagne, qu'un duel parut inévitable. Ces guerres intestines affaiblissaient le parti républicain au moment où il avait le plus besoin d'union, c'est-à-dire à la veille même du coup d'État.

La Voix du Proscrit fut remplacée le 29 novembre 1851 par le Peuple, journal des Proscrits de la République uni^ tyerselle^ journal hebdomadaire qui n'eut qu'un numéro. La disparition de ce journal ne rétablit pas la concorde parmi les proscrits après le coup d'Ëtat. Des sociétés rivales se formèrent dans les commencements de l'été de 1852 : la Commune révolutionnaire^ où dominait Félix Pyat, avec des lieutenants comme Cœurderoy , de Jacques, Barthélémy, etc., et la Révolution^ qui reconnaissait pour chef Ledru-Rollin. Cette société avait nommé par régions des présidentsparmi lesquels figuraient Delesclu ze , Naquet ,

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Cournet, Camus, Dupont (de Paris), etc. En dehors de ces deux grandes fractions, une autre, moins importante, affectait des prétentions plus tranchées au socialisme : Greppo, Nadaud, Duché, Chevassus, Couturat, Veillard, en faisaient partie. Louis Blanc se fît recevoir francmaçon dans cette société ; sans appartenir précisément à aucune société, il était en relations avec les membres de la Commune plutôt qu'avec ceux de la Révolution.

Le public de Londres, assez indifférent à l'existence des proscrits, ignorait les divisions intérieures qui régnaient entre eux , lorgne le duel entre Cournet et Barthélémy appela Tattention sur elles.

Barthélémy, condamné vers 1840 aux travaux forcés pour avoir tué un sergent de ville, sortit du bagne après la révolution de Février ; il fut pris sur les barricades de Juin, et s'évada, comme nous l'avons dit, des prisons du conseil de guerre; il parvint jusqu'en Angleterre, où il devint l'un des membres les plus ardents de la Comnuitie révolutionnaire; il répétait partout que si lui et ses amis rentraient en France , le premier coup de fusil serait pour Ledru-RoUin. Ce propos peut donner une idée des sentiments que nourrissaient, les uns à l'égard des autres, les membres de la Commune et ceux de la Révolution; les premiers affublant dédaigneusement les seconds du titre de ministres, Aq préfets, pendant que ceux-ci les traitaient de communistes et departaffeux.

Les Anglais apprécient difficilement la persistance du sentiment social qui force un Français à craindre un refus de duel comme une tache indélébile. Cependant, plusieurs journaux de Londres avaient récemment trouvé malséante la conduite d'un officier qui semblait faire

DCEL ENTRE GOCRKET ET BARTHÉLÉMY. 565

quelque difficulté pour se rendre sur le terrain. Le bruit se répandit tout à coup qu'un duel avait eu lieu entre des proscrits français, et que l'un d'eux était resté sur le carreau. Le Morning Adveriiser publia bientôt une lettre signée Arthur R. Reeves qui dînait, disait-il, tous les jours à Grafton street dans le même restaurant que les réfugiés, et qui racontait les principales circonstances du duel. Les deux combattants étaient Cour net et Rarthélemy. Cournet, arrivé à Londres l'année précédente pendant l'exposition avec un paquet confldentiel pour Barthélémy, prit des renseignements sur celui-ci et apprit qu'il protégeait une maison de mauvais renom. Il préféra envoyer le paquet plutôt que de le remettre lui-même : de lu une brouille, des explications, et finalement le duel. La rencontre décidée, ils s'étaient rendus à Windsor en fumant. Sur le terrain, les pistolets furent chaînés et remis à chaque combattant, placé à une distance de quarante pas. Cournet tire le premier et manque son adversaire; Barthélémy, sans quitter sa place, dit : « Il est encore temps de vous rétracter, faites-le ? » Cournet refuse. Barthélémy vise son adversaire et presse la détente, mais son pistolet ne part pas : Cournet lui donne le sien; cette fois le pistolet part et Cournet tombe mort. L'auteur de la lettre ajoutait : « Cournet a succombé après trois » heures de douloureuse agonie. Je ne finirai pas cette » lettre sans dire, à l'honneur des réfugiés français, que » tous étaient opposés à ce duel, et qu'il n'y a eu que de ^ la faute du défunt qui avait refusé de comparaître de- » vaut le tribunal fraternel français à Londres. Dieu merci » pour l'humanité, il n'y avait pas de femmes mêlées dans » cette affaire, il n'y a eu là qu'un sentiment d'honneur

W6 L'EMPIRK.

)» poussé trop loin, d La presse anglaise reprit à cette occasion la thèse du duel, Reeves ayant ajouté, dans sa lettre, que la rencontre était non-seulement nécessaire mais inévitable, le Moming Herald déclara qu'aucun duel ne peut être nécessaire, parce qu'un duel ne peut être juste, ni moralement, ni religieusement, ni socialement, a II parait, ajouta le même journal, que le motif du >» tragique épisode d'Egham n'est point, comme nous » l'avons dit, une affaire d'amour, mais une discussion 1 politique, et que la malheureuse victime, qui avait » un grade élevé dans la marine française, laisse une » femme et des enfants. Nous savons par les interprètes » de l'interrogatoire d'hier, que les étrangers arrêtés » pour s'être mêlés de cette aff'aire ont allégué qu'ils » étaient allés à Windsor pour leur plaisir, et que leur » ami, après avoir escaladé une haie, s'était suicidé. Cette » version est tout à fait contradictoire avec les déclara- 0 tiens de divers témoins. La victime de ce duel était, » dit-on, un ami intime du républicain Ledru-Rollio, » honneur réclamé par deux autres personnes arrêtées, » MM. Baronnet et Edmond Allai n. »

L'affaire passa devant la cour d'assises, selon le vœu de la loi anglaise. Londres n'eut pas d'autre préoccupation pendant le cours des débats ; le jury acquitta Barthélémy, qui ne pouvait évidemment pas, dans cette affaire, être considéré comme un assassin. Il n'en fut pas de même quelques années après : Barthélémy, continuant sa vie de débauche à Londres, tua le père de sa maîtresse, ainsi que le policeman qui accourait pour s'emparer de sa pe^ sonne. Il passa devant la cour d'assises, fut condamné à mort et exécuté.

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