A M. LE REDACTEUR DU TIMES
c Monsieur,
» Je pensais que le silence du mépris eût été notre meilleure réponse à la mesure qui vient d'être prise par le gouvernement du 2 décembre au sujet des Français réfugiés à l'étranger, les faux rapports publiés par certains journaux à mon égard m'obligent à une explication.
» Mon vœu le plus cher est de rentrer en France, je ne me préoccupe pas du nom que les Bonaparte, avec tant de mauvais goût, donnent à leur acte. Quoiqu'ils aient écrit Amnistie sur la porte, la trouvant ouverte je passerais, s'il était possible de passer avec sécurité. Je n'ai pas la prétention d*ètre un émigré, ni un martyr imaginaire; d'un autre côté, je ne veux pas être un transporté volontaire.
3 Grâce au respect de soi-même, manifesté par le peuple anglais, nous pouvons maintenir et nous maintenons dans le monde le drapeau de la République française. Les décembristes, désespérant de pouvoir étouffer notre voix ici, cherchent à nous tendre un piège pour nous bâillonner. Là est le véritable but de cette mesure, car personne ne peut leur attribuer des motifs généreux. C'est un nouveau piège tendu par des hommes experts en coups de Jamac. Quelle confiance peo(-«n placer dans leur décret ? Sera-t-il plus sacré à leurs yeux qu'un serment ? Quelle garantie peut-on trouver dans la parole de leur chef? Cet homme sans principes n'a-t-il pas violé les engagements les plus solennels et n'a-t-il pas trahi tout le monde ? M. Bonaparte n'est pas ub gentleman (homme d'honneur); sa parole a moins de poids qu'une feuille morte entraînée dans la boue à tous les vents. Nous ne pouvons nous fier à lui ni à ses complices. Des hommes qui peuvent se jouer des engagements qu'ils ont pris ne se considéreront jamais comme liés par quelques mots insérés dans le Moniteur, un journal désigné par l'Europe comme Je mentew depuis qu'il est dans leurs mains.
> Nous ne pouvons jamais oublier le 2 décembre, l'hypocrisie, h lâcheté, et le massacre de ce temps ; nous ne pouvons jamais oublier