‹ Histoire du second empireChapitre 141 sur 176 · A MONSIEUR LB RÉDACTEUR DU NATIONAL · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LB RÉDACTEUR DU NATIONAL

c Monsieur,

» Serait-ce trop réclamer de votre obligeance, dans le but de mettre fin aux questions qui me sont adressées de divers côtés, que de vous prier de vouloir bien reproduire dans votre journal les lignes suivantes ?

> J'ai eu une foi trop vive en mon pays, pour ne pas préférer l'exil au spectacle de sa dégradation. À ceux qui me demandent si je rentrerai en France par une porte rouverte par l'homme du t décembre, je réponds : Jamais I

> Cléuent Thomas.

» Hoestroff, 9 septembre 1859. •

▲ MONSSUEl L£ RÉDACTEUR DE LA REVUE DE NAVUB.

c Monâeur le rédacteur,

» Je vous remercie des termes obligeants dans lesquels vous avez bien voulu parler de moi, h propos de Tamnislie. Je vous sais gré surtout d*avoir rappelé h vos lecteurs que Voutr^ige aux mosurs pour lequel on affecte aujourd'hui, dans les journaux des départements, au ministère de l'intérieur à Paris, et à Tétranger dans les bureaux d*ambassade, de dire que j'ai été condamné, n'est rien de plus que la publication d'un gros livre dans lequel j'ai cru prouver que TEglise n'entend rien a la morale, et que, par sou dogme, par sa casuistique et par son culte, die la corrompt. C'est méune à la fausse doctrine deTEglise qu'il faut, selon mol, attribuer les honteux excès dans lesquels nous voyons tooôber a chaque instant les membres du clergé, tant régulier que séculier.

» Malheureusement, je suis obligé de rectifier vos paroles en ce ^i concerne ma prochaine rentrée en France. Le décret d'amnistie ne m'est point applicable, attendu que le caractère de cette amnistie est essentiellement politique, et que, depuis la loi du 25 février 4 8SÎ,les délits de presse, ou commis par la voie de la presse, ne sont plus que des délits ordinaires, lesquels ne tombent pas dans les iermes du décret. La note du Moniteur, qui a étendu le béoéfice de Famnistie aux journaux frappés d'avertissements ou de condamnations, ne m'est pas applicable non plus, puisque, d'après la loi précitée, cette note ne p^iit constituer qu'une exception et que l'exception confirme la règle..

» Gomme tout le monde, j'ai cru, sur la foi de quelques jooraavx belges qui se sont empressés de publier des catégories d'amnistiés, parmi lesquels figurait mon nom, j'ai cru, dis-je, un moment que j'étais compris dans l'amnisiie. 11 m'a suffi de jeter les yeux sur les textes du Moniteur pour me détromper : je n*ai pas eu besoin pour cela, comme on l'a écrit, d'envoyer ma femme en consultation ou soUicilatioo à Paris.

» Vous dirai-je maintenant, monsieur le rédacteur, ma pensée sar cette amnistie, à propos de laquelle on ^ fait tant dé suppositions et jusqu'à des protestations ? Toute chose se définit par ce qu'elle contient et par ce qu'elle ne contient pas. Que le vainqueur ^e Solferino et de Magenta amnistie les ennemis de son pouvoir, cela s'explique : il se juge trop haut désormais, trop bien assis, pour avoir à les craindre, de près ni de loin ; mais qu'en même temps le pacificateur de Villafraoa ait cru devoir laisser là oh. ils sont les ennemis condamnés de l'Eglise, on le comprend encore mieux. Tranquille sur l'avenir de sa dynastie, Napoléon III est loin d'être aussi rassuré sur la solidité du Saint-Siège et la perpétuité de l'Eglise ; et c'est pour cek que nous nous trouvons exclus de l'amnistie, M. Erdan, M. de la Châtre, moi et bien d'autres.

» Peut-être que je me trompe, peut-être que les intentions de l'Empereur n'ont pas été comprises, et que le rédacteur du décret, par sottise ou méchanceté, aura jugé ù propos de ne faire les choses qu'i moitié. Je voudrais qu'il en fût ainsi. Je voudrais savoir si Napoléon III

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