‹ Histoire du second empireChapitre 142 sur 176 · PROTESTATION D£ M. LOUIS BLANC · texte numérisé non relu

PROTESTATION D£ M. LOUIS BLANC

se ligure qu'il a vaincu pour dew, pour TEglise et pour lui. J'aurais le plaisir, je Tavoue, d'aller voir si la France est aussi jésuite et encapuchonnée qu'on le suppose ; oui, j'irais, au risque de me voir condamner de nouveau pour oiUrages aux mœurs.

> Je suis, avec la plus parfaite considération, monsieur le rédacteur,

> Votre très-humble et obligé, » P. J. Paouohcw.

» BnnellM, 27 août 1859. v

Ces protestations suffisant à la sauvegarde du prineîpe, il était inutile d'imposer Texil à tous les amnistiés, de les séparer de leurs familles, de leurs amis, de leurs intérêts, pour un temps d'une durée indéterminée, M. Louis Blanc émit donc l'idée de diviser les proscrits en deux catégories : l'une restant comme une revendication vivante à la frontière, l'autre rentrant dans la patrie commune pour y continuer la lutte du parti républicain contre VEmpire. « Louis Bonaparte ayant étouffé la voix de la France, il est • intéressé à l'étouffer au delà des frontières. On ne fut i> jamais tyran à demi. Un cri d'enfant fait tressaillir le » démon du silence ; la lueur d'une lampe lointaine » fatigue les yeux du hibou. Quelle victoire pour l'Em- » pire s'il était parvenu à nous mettre, à nous aussi, un B bâillon à la bouche, et à éteindre jusqu'aux flambeaux 9 portés sur le sol étranger par des mains françaises ! Il ]» fallait donc déjouer ces projets trop faciles à deviner; il » fallait enlever à Louis Bonaparte la tentation de frapper » ceux qui i^entraient, en leur conservant des défenseurs » dans ceux qui ne rentraient pas, et en ôtantà l'homme » qui allait disposer de leur sort, Tespoir d'arriver par » leur destruction à l'anéantissement du parti tout » entier (<).»

(1) le parti républicain et i'amnistief [ar Louis Blanc, Bruxelie?.

Félix Pyat, au nom de la Commune révolutionnaire, s'était associé aux protestations de ses compagnons d'exil. Le parti républicain semblait unanime dans sa détermination, lorsqu'une lettre portant sa signature parut tout à coup dans le Courrier de l'Europe à Vadresse de Louis Blanc. Félix Pyat, revenant sur la question de l'amnistie, exprimait ses regrets que M. Louis Blanc, nommé naguère en même temps que Victor Hugo, quatre autres citoyens et lui Pyat, membres d'un comité d'union pour les proscrits, n'ait pu s'aboucher et s'entendre avec ses collègues sur une déclaration commune, Félix Pyat ajoutait qu'il se voyait forcé de lui donner publiquement les motifs qui avaient fait adopter aux membres du comité d'union une décision différente de la sienne :

0 Les proscrits français ayant le pouvoir comme le droit d'être ea France, serviront- ils mieux la Franco en Angleterre? scrviront-iis pios utilement et plus dignement la liberté dehon> que dedans? Le différend n*est que 15, n'exagérons ni en plus ni en moins Tinfluence des proscrits. Vous dites qu'ils Texerceront mieux de loin. Nous disons, nous, s'ils ea ont une, ils l'exerceront mieux de près. Nous disons : l'amni&tie est un moyen pour l'Empire. Pourquoi ne serait-elle pas un moyen pour la liberté? Pourquoi rejeter ce moyen d'avance, sans savoir s'il n'aura pis son jour et son heure d'opportunité ? Pourquoi nous engager d'abord et quand même à ne pas l'employer? Pourquoi nous refermer voioatairemenl le passage? Pourquoi nous condamner à l'impuissance, quelles que soient l'occasion, la convenance, l'utilité, la nécessité d'agir ? Ce n'est pas le tout que de mépriser l'ennemi en perspective, ce n'est pas le tout que de protester en hommes dignes et libres, ce n'est pas le tout que d'écrire en anglais pour la France, qui lit peu, même le français, et qui ne lit jamais qu'avec la permission de l'aotorité. Pourquoi donc réduire à priori les restes du parti à rien, tous les hommes d'action à néant ? »

Félix Pyat et Louis Blanc engagèrent une discussion à laquelle se mêlèrent bientôt des récriniinations personnelles , et dont il n'était pas facile de saisir le sens et Futilité. Félix Pyat reconnaissait comme Louis Blanc que le

DISCUSSION ENTRE LOi;iS BLANC ET F£U\ PYAT. 589

droit d'amnislier les victimes ne saurait appartenir au persécuteur, et qu'il est bon de le dire très-haut; Louis Blanc, de son côlé, admettait comme Félix Pyat que le droit des proscrits de rentrer en France quand ils le jugeraient à propos, n'en restait pas moins entier, et que ceuxlà mêmes qui faisaient entendre les plus vives protestations contre l'amnistie, se réservaient de revenir dans leur patrie, aussitôt qu'ils pourraient y rentrer en citoyens eu vertu de leur droit, et pour faire leur devoir. La discussion roulait évidemment sur des arguties; mais la conscience, lors môme qu'elle se crée des scrupules exagérés, mérite le respect de tous. Il est permis cependant, sans adresser aucun reproche aux proscrits qui repoussaient alors l'amnistie et qui la repoussent encore aujourd'hui, de leur rappeler l'exemple des conventionnels bannis par la Restauration, qui, moins subtils que leurs descendants, aussitôt la porte de la patrie en tr ouverte même par des amnisties partielles, se précipitaient pour y entrer.

Ledru-Rolliu, à qui seul il était interdit de profiter du bénéflce de l'amnistie, exhortait, dans une lettre slu Daily Neivs, avec beaucoup de boa sens politique, les autres à en user :

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