‹ Histoire du second empireChapitre 143 sur 176 · A M. LE RÉDACTEUR DU DAILY NEWS · texte numérisé non relu

A M. LE RÉDACTEUR DU DAILY NEWS

o Monsieur, {

> Quand j'ai reçu la première nouvelle de Tamnistie, ma pensée a nussitôl embrassé les climats meurtriers de la Guyane et de l'Afrique, qui ne garderont déjà que trop- de lombes^ et je me suis écrié : c Enfin 1 » et je me. suis réjoui sincèrement; ensuite, je me suis dit que, pour un grand parti, il y a quelque cbos*) de moins stérile que l'indignation mentale et le dédain ; ce sont les actes.

» Pourquoi donc renoncer à ces actes, à cette activité, quand ils sont possibles? Bannis sans droit, rappelés sans droit, par la seule force, chacun de nous, dans mon opinion, a à se faire celte question : a Est- » il probable que j'agirai plus utilement, que je servirai mieux notre

j cause, si, au lieu de prolester, je in*empresse de mettre i profit un > fait existant, ou si, du moias, je me réserve la faculté d'en profiter, D à mon jour et à mon heure, suivant l'occasion? »

> Telle était, à mon avis, la condoite la plus praline, parconséqtteM, la plus politique h tenir; c'est pourquoi mon avis a toujours été contraire à toute protestation, chaque fois que, des diverses régions de la proscription, mes amis m'ont fait Tlionneur de me le demander.

> Eu cela, pour ce qui me regarde il me semble que j'ai suivi une henreuse inspiration. Il se trouve que toute espèce de protestation de ma part aurait été non-seulement importune, mais encore ridicule, puisque les portes de la France, rouvertes pour tous, devaient rester fermées pour moi, le gouvernement déchranl que je ne suis pas comprs dans l'amnistie.

> Non pas, cependant, que je sois nominativement exclu, c'eût été un appel à la sympathie publique, je suis exclu sans bniir, jésnitiquemeot, à l'aide d'une de ces distractions inattendues, que Tartuffe aurait enviées. On refuse simplement de me considérer comme un condamné politique, je ne suis qu'un meurtrier ordinaire. 0 hypocrites I si le piège est, n premier abord, trop grossier pour tromper personne, il révèle da moins un caractère odieux de plus, de cette persécution par contumace soulevée contre moi, il y a quelque deux ans, et dont le sens véritable a paru alors inexplicable à bien des gens, c Pourquoi, se demandait-on, le condamner deux fois à la même peine ? >

» En fait, on ne cherchait pas à me condamner d'une façon plu grave, maison voulait me condamner sous un chef différent, afin d'abord, de me dépouiller, si c'était possible, de mon droit de refuge, et, à toat hasard, de m'exclure, sans même mentionner mon nom, d'une amnistie générale tôt ou tard inévitable.

9 Je ne veux pas revenir sur cette énormité légale ; le senlineot public l'a condamnée. À quoi servirait-il, d'ailleurs, de rappeler, pour îa plus grande confusion des cours judiciaires de France, qu'un homme que je n'avais jamais vu, un homme dont j'ignorais même le nom, oo homme qui n'était pas même capable d'articuler mon nom à moi, ayant déclaré qu'il croyait m'avoir vu dans un certain endroit, d'où j'étais parti sans même avoir prononcé un seul mot, cela a été jugé suffisant pour me frapper comme un de ses complices? Il est vrai que, pour ce service, il n'a pas tardé à obtenir son pardon. *

» Je le répète, i\ serait inutile d'insister plus longtemps sur ce groteste et misérable mensonge, auquel pei;3onne n*a cru, pas même le cabinet anglais de cette époque. Certes, il semblait tout disposé à me livrer; nous étions à ce moment, dans les plus beaux jours des concessions et de Talliance. Néanmoins, les ministres ontidepuis reconnu pO' bliquement, par l'organe de lord Clarendon, que les allégations portées contre moi étaient d'une nature si futile, que l'extradition ne pouvait qu'être refusée péremptoirement.

»Te!s sont les faits fondamentaux de fa cause.

» Quant à son caractère au pointde vue juridique, j'ai été mis en accusation pour complot ayant pour objet un attentat contre le chef d'un État.

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