LES CANDIDATS DEVANT LA COMMISSION. 61 S
q]>*il est important que des personnes intelligentes et sûres, munies de bulletins perlant le nom de Dalmas, occupent les abords de la mairie et protègent les électeurs si bien intentionnés de TOtre commune contre Terreur et le mensonge.
» Un cantonnier restera à votre disposition pendant les deux jours du scrutin.
9 Trois candidats sont en présence :
)) M. de Dalmas, secrétaire sous-chef du cabinet de TËmpereur, candidat du gouvernement ;
» M. Le Deschu de Ghampsavin ;
> II. Dréo, gendre de Garnier-Fagès, fondateur de la république de 4848, un de ceux qui décrétèrent les 45 centimes, dont vous avez gardé le souvenir.
» M. de Dalmas représente le principe du dévouement au gouvernement, à Fautoiité, à l'ordre, et peut seul, par sa position, favoriser le développement des nombreux intérêts de Tarrondissement.
> M. Dréo représentée république, le socialisme, la misère !
D Entre ces deux candidatures opposées, la candidature de Thonorable M. Le Bescliu doit s'effacer devant les intérêts de Tordre et de la société menacés.
> Faites voter en masse, monsieur le maire, pour M. de Dalmas, candidat du gouvernement ; et, par votre conduite éclairée et patriotique, vous servirez à la fois le gouvernement de TËmpereur et l'intérêt général du pays.
* Le sous^préfet de FeugéreSy
D Thil.»
Les bulletins du candidat indépendant ne furent pas distribués par suite de la peur faite à ses distributeurs. Les distributeurs de M. de Dalmas menaçaient les électeurs qui avaient reçu le bulletin de M. Le Beschu, eu leur disant : « Livrez-nous ce bulletin, nous avons le bon, M. le préfet ne veut pas qu'on en mette d'autre dans l'urne. » Les distributeurs de M. Le Beschu étaient également terrifiés par les brigadiers de gendarmerie. Ces faits restèrent constatés devant la commission^ il fut prouvé qu'un maire avait voté pour ses électeurs. Le sénateur de Lariboissière, président du Conseil général du département, appelé comme témoin, déclara que dans son propre salon le préfet avait promis au maire d'une commune de faire
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nommer son fils secrétaire général, et que pendant Téleotîon la terreur r^ait dans la circonscription de Feugères et de Vitré, au point que les électeurs indépendants n'osaient pas voter. Les fonctionnaires tremblaient, un facteur fut suspendu, et le préfet alla jusqu'à révoquer un fossoyeur !
L'élection de la 3* circonscription d'IUe-et- Vilaine eut lieu le 18 décembre 1859. M. Le Beschu de Champsavin, le candidat vaincu, adressa directement sa protestation à la Chambre le 17 février 1860. Le 6' bureau devint comme un champ clos où combattirent tour à tour le préfet d'Ille-et- Vilaine, M. de Lariboissière, président du Conseil général, l'archevêque de Rennes, MM. de Dalmas et Le Beschu» Ce dernier accusait M. de Dalmas de s'être prévalu oralement et par écrit de l'appui de l'archevêque de Rennes, alors que ce prélat avait toujours voulu garder la plus stricte neutralité.
Les abus de la candidature officielle ne furent jamais mieux dévoilés. Personne cependant ne réclama contre le principe, l'archevêque de Rennes déclara même que c'eût été un bonheur pour lui de se mêler à l'élection, qu'il l'aurait fait s'il n'avait écouté que son dévoue* ment sincère à l'Empereur, et si un sentiment de délicatesse que M. de Dalmas avait paru comprendre ne l'en avait pas empêché. L'archevêque ajouta, il est vnu, 9 mais aujourd'hui, des raisons bien autrement déter- » minantes pour une âme honnête me font plus que » jamais Tobligation de garder une réserve qui me c^oûte » beaucoup, croyez-le bien, je veux parler du dégoût )» que m'inspirent les agissements qu'on se permet, me » dit-on, pour faire réussir une candidature qui n'avait
LA CHAMBRE R£FIIS£ L'£NQUÉTE. 615
» nul besain de pareils moyens, et qui, permettez-moi, » mon cher monsieur, de vous le dire en vrai Bretou, sous » le rapport du candidat et de son auguste patron, méri- » tait d'être traitée avec plus de respect » .
La Chambre des députés sous Louis-Philippe annula deux fois Télection de Louviers, par ce motif que le candidat avait promis un embranchement de chemin de fer à cette ville. M. Plichon invoqua vainement cet exemple contre réleclion de Vitré. M, Rigaud, rapporteur, lui répondit que, dans sa conviction, la protestation de M. Le Bescbu était due à son ressentiment de n'avoir pas vu sa candidature appuyée par l'administration. M. Picard, avec un courage intatigable, prit de nouveau la parole dans cette discussion. Il lut le manifeste du sous-préfet de Feugères, et se contenta d'ajouter : <x Je ne demande au - » cune rigueur contre son auteur, j'espère seulement » qu'il ne recevra pas de récompense. »
M. Baroche se hâla de répliquer que la circulaire dç M. Thil avait été blâmée par le ministre de l'intérieur, et de se rejeter sur le grand argument qui consiste à mettre en balance la faible minorité obtenue par le candidat indépendant et la formidable majorité du candidat officiel ; il vagissait de justifier les moyens employés pour l'obtenir. M. Baroche employa ce raisonnement qui n'avait encore rien perdu de son effet : a Si on laissait le suffrage universel » sans direction aux prises avec les passions locales, il 9 pourrait devenir un grand danger, d La Chambre repoussa donc la demande d'enquête, mais l'admission de M. de Dalmas n'eut lieu qu'à une majorité de 1/i voix : 1*23 contre 109. La signification morale du débat se Irouve dans ces paroles de M. de Flavigny : « La discus-
» sion a prouvé que si Ton peut valider cette élection, ou » ne peut plus la réhabiliter. »
Trois députés, MM. de Cuverville, Relier, Anatole Lemercier, avaient publié dans la Bretagne une lettre à l'Empereur, pour le prévenir que si les incertitudes au sujet du pouvoir temporel du pape se prolongeaient, « cela séparerait tous les catholiques sincères de Napo- » léon et de sa dynastie)». M. Anatole Lemercier se chargea de commenter cette lettre dans la séance du 11 avril où s'ouvrit la discussion d'une proposition tendant à réduire à 100000 hommes le contingent militaire élevé Tannée précédente à 140000 hommes. L'orateur clérical soutint que la guerre avait changé la politique du gouvernement impérial à l'égard de la papauté, qu'il aurait pu empêcher l'annexion de la Romagne. Pourquoi ne l'a-t-il point fait? « Les arguments employés pour x> justifier l'annexion des Romagnes s'appliqueraient tout » aussi bien aux autres possessions du saint-siége; or, » le gouvernement est-il toujours disposé — comme on » a le droit de l'espérer après des promesses solennelles » maintes fois répétées — à faire respecter le domaine » temporel dans toute son intégrité î »
M. Jules Favre répondit à M. Lemercier et aux orateui's qui avaient parlé dans le même sens. On ifit alors pour la première fois se poser à la tribune le contraste et le danger d'un Corps législatif sans influence sur la politique extérieure, et d'un chef de l'État pouvant décider sans consulter personne toutes les questions de paix et de guerre, promettant le 3 mai à l'Italie de la rendre libre des Alpes à l'Adriatique, et signant le 1 2 juillet les préliminaires de Villafranca, condamnant le pouvoir