‹ Histoire du second empireChapitre 155 sur 176 · M. DE MORNY INTERROMPT M. E. OLUVIER · texte numérisé non relu

M. DE MORNY INTERROMPT M. E. OLUVIER

libre était parfait et la situation fiuancièrc admirable. M. Busson s arrêtait respectueusement, sans y toucher, devant les gigantesques budgets de la guerre et de la marine. « Ici nous nous trouvons en présence des con- » sidérations les plus graves, car cette dépense touche » à l'honneur et à la sécurité du pays. Qui donc alors » peut en être aussi bon juge que celui qui a si bien sau- » v^ardé ces grands iotérèts ?» La théorie de M. Busson tendait à rendre le contrôle législatif inutile. M. Darimon ayant proposé un amendement portant sur les dépenses de la loi de sûreté générale, M. Busson s'empressa de déclarer que la commission l'avait rejeté de peur d'avoir Tair de provoquer, à propos de questions financières, l'abrogation d'une loi politique.

M. Emile Ollivier, à l'occasion de la discussion du budget, essaya de jeter un coup d'œil sur la situation intérieure du pays. La conduite de l'administration à l'égard des journaux fut sévèrement jugée piar lui dans un discours interrompu presque à chaque phrase par M. de Morny. Le président du Corps législatif n'entendait pas que la discussion du budget servit de prétexte aux orateurs de l'opposition pour adresser des questions au gouvernement. II arrêta M. Ollivier lorsque celui-ci voulut caractériser le régime de la presse, en lui faisant observer que ce régime était étranger au budget, « que le décret organique sur » les journaux se reliait à la Constitution jurée par l'orîi- » teur, et que cette Constitution avait supprimé les in- » terpellations auxquelles il revenait par voie indirecte. » Si l'on vous laissait, dit-il, interroger le gouverne- » ment sur toute espèce de sujet, la discussion de la » loi de finance serait interminable. » M. Baroche

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prit la parole à son tour pour déclarer qu'il était impossible de laisser ainsi attaquer « les lois organiques sans » lesquelles la Constitution ne pourrait ni fonctionner, » ni durer. » U droit d'interpellation rendrait nécessaire la présence des ministres au Corps législatif, « ce qui 0 est antipathique à la Constitution » . M. Baroche engagea ensuite les députés désireux de présenter des observations sur la marche des affaires, à user de la liberté de la brochure. Malheureusement il ne promettait pas de garantir la liberté de l'imprimeur. M. Jules Favrc essaya de prouver que les principes de 89 inscrits au frontispice de la Constitution étaient partout violés ; il ne lui fut pas même permis de soutenir que la presse ne jouissait d'aucune liberté : « La presse est libre pour le bien, lui répondit M. Belmontet, elle ne l'est pas pour le mal,

et cela doit suffire. »

M. Jules Favre protesta contre le maintien du décime de guerre. La protestation semblait naturelle dans la bouche d'un orateur de l'opposition ; mais qu'un membre de la majorité comme M. Larrabure ne craignit pas de se plaindre de l'insuffisance des attributions du Corps législatif, d'affirmer que le Conseil d'État seul faisait te budgets de la France, et que le déBcît était permanent depuis 1852, il y avait là de quoi surprendre. M. I^ rabure ajouta que si Ton n'avait pas eu sans cesse recours àdes moyens extraordinaires : suppression de ramorlissement, surtaxe des alcools, décime de guerre, emprunts, etc. , tous les budgets se seraient soldés par des découverts. Que devenait l'optimisme de M. Bussonî U Corps législatif aurait bien voulu appuyer M. Larrabure de quelques très-bienl mais il les garda dans son coeur

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