‹ Histoire du second empireChapitre 156 sur 176 · LA SUBVENTION DU CHEMIN DE GRAISSESSAG · texte numérisé non relu

LA SUBVENTION DU CHEMIN DE GRAISSESSAG

par respect pour le gouvernement, et le budget fut voté a l'unanimité moins cinq voix.

Le chemin de fer de Graissessac était, comme le Grand- Central, une de ces affaires en déconfiture, que le gouvernement aurait bien voulu relever, ne fût-ce que pour l'honneur de la spéculation. Il s'agissait de lui appliquer le bénéfice des mesures prises en 1859 dans l'intérêt des grandes lignes. Le rapport jetait un voile prudent sur les vicissitudes traversées par cette entreprise, qu'il prétendait être d'utilité publique, tandis que le chemin de fer de Graissessac à Béziers avait été construit tout simplement pour créer un débouché aux produits du bassin houillier de Graissessac, Sa concession datait de 1852, ère féconde de la grande spéculation. Un Corse dont le nom figure dans plusieurs affaires de ce temps était l'un des concessionnaires. Les mines de Graissessac ne devaient pas de longtemps donner un produit réel ; c'était le cas d'agirprudemment. Les concessionnaires acceptèrent cependant la concession de quatre-vingt-dix-neuf ans sans subvention et sans garantie d'intérêts. Étaient-ils riches? Non, car ils furent obligés de s'adresser à des entrepreneurs de travaux publics pour verser leur cautionnement de 200 000 francs. L'entreprise des travaux passa quelques jours après dans les mains des concessionnairesdu chemin, lesquels la cédèrent à leur tour moyennant une prime de 2 millions âOO mille francs aux entrepreneurs qui avaient versé le cautionnement. Ces entrepreneurs eux-mêmes firent plus tard une rétrocession au profit d'autreg entrepreneurs qui, outre la prime de 2 millions 500 mille francs, s'obligèrent à verser 1 million 700 mille francs entre les mains des cédants directs. Les

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aclionnaires étaient donc débiteurs d'une somme de plus de 4 millions avant même d'avoir été appelés à verser leurs capitaux.

Accorder une subvention de plus d'un million par an à une entreprise qui avait déjà donné lieu à des procès scandaleux dont plusieurs étaient encore pendants, et cjui résumait les plus mauvaises pratiques de la spéculation, M. Darimon s'en indigna; il protesta vivement contre toute tentative d'assimiler le chemin de Graissessac aux chemins à qui l'État avait garanti l'année dernière un minimum d'intérêt pour leurs obligations, et un minimum de dividende pour leurs aciions. I^ compte rendu officiel résume ainsi son discours : « L'orateur est de ceux » qui, en matière économique et financière, sont pour la » stricte justice et le droit un peu étroit. Les garanties » données par TÉtat à quelque titre que ce soit lui sera- » blent des aumônes faites à l'intérêt privé au détriment » des affaires publiques. Dans les affaires, liberté, res- » ponsabilité, telle est sa devise. En réalité, il n'y a ici D qu'un intérêt en jeu; c'est l'intérêt de la morale pu- )) blique. Il ne faudrait pas que la Chambre émtt un vote » qui pourrait être interprété comme un bill d'indenv » nité donné aux actes qui viennent d'être signalés. »

M. LéopoldLeHon, rapporteur, plaida les circonstances atténuantes en faveur de ce « chemin terrible » , comme l'appela M. Ernest Picard. La discussion prit deux séances. Le discoure de M. Darimon et les spirituelles observations de M. Picard empêchèrent les contribuables de payer les fredaines de quelques industriels véreux. Le projet de loi fut ajourné et retiré plus tard de l'ordre du jour.

Des velléités de résistance accueillirent deux autres pro-

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