‹ Histoire du second empireChapitre 158 sur 176 · FIN DE LA SESSION DE · texte numérisé non relu

FIN DE LA SESSION DE

en^iaelque sorte le droit de voter l'impôt et les lois, droit reconnu par la Constitution au Corps légistatif. Les projets suspendus ou retirés reparaissaient sous forme de décrets. Les députés murmuraient contre leur impuissance, mais sans oser se permettre un acte direct d'opposition. MM. Plichon, deFlavigny, de Pierres, Hallez-Claparède, Lemercier seuls ne craignaient pas quelquefois d'être d'un autre avis que le gouvernement sur les questions politiques; MM. Larrabure, Ségris, Devinck, hasardaient de temps en temps quelques timides observations sur les finances; l'opposition des autres députés impérialistes se cachait dans le huis clos des bureaux. Les cinq essayaient de lutter à ciel ouvert et de parler au public par les fenêtres, mais elles étaient hermétiquement fermées par un compte rendu propre à intercepter toute clarté. La petite phalange ne se décourageait pas cependant, et elle continuait à porter au gouvernement personnel des coups dont l'écho parvenait de ^temps en temps aux oreilles du public.

La session finit le 20 juillet; ouverte le 1*' mars, continuée saus animation jusqu'au 11 avril, les séances devinrent plus fréquentes à partir de cette époque, mais le 30 mai, date de la clôture approchant, l'état peu avancé des travaux du Corps législatif rendit une {MTorogation au SO juin nécessaire. Une nouvelle prorogation de vingt jours permit seule d'achever la discussion du budget, quoique M. de Morny eût pris, comme on l'a vu, toutes les précautions nécessaires pour qu'elle ne se prolongeât pas.

Maintenant que nous avons obéi à la nécessité de ne pas interrompre les travaux de la session, nous allons

C32 L*E1IPIII£.

revenir aux premiers jours de Tannée 1860, au mondent où le Moniteur publia la réponse du pape aux félicitations qui lui étaient adressées le l*' janvier par le général de Goyon, au nom des officiers de la division française en garnison à Rome :

« Monsieur le général,

» Si chaque année nous avons reçu avec plaisir les vœux que vous nous avez présentés au nom des braves oflkiers et de l'armée que vous commandez si dignement, ces vœux nous sont doublement chers aujourd'hui à cause des événements exceptionnels qui se sont succédé, et parce que vous nous assurez que la division française qui se trouve dans les Etats pontiGcaux y est placée pouf la défense des droits de la catholidlé. Que Dieu vous bénisse donc, vous et toute l'armée française ; quMI bénisse également toutes les classas de cette généreuse nation !

to En nous prosternant aux pieds do ce Dieu qui fut, est et sera dans réterrnitc, nous le prions, dans riiumilité de notre cœur, de faire descendre abondamment ses grâces et ses lumières sur le chef auguste de cette armée et de cette nation, afin qu'éclairé de ces lumières il puisse marcher sûrement dans sa route difficile, et reconnaître encore la fausseté de certains principes qui ont été produits ces jours derniers dans un opuscule qu'on peut appeler un monument indigne d'hypocrisie et un lissu ignoble de contradictions. Nous espérons qu'& l'aide ûft ces lumières, disons plus, nous sommes persuadé qu'avec l'aide de ces lumières il condamnera les principes contenus dans cet opuscule ; noos en sommes d'autant plus convainctt que nous possédons quelques pièces qu'il y a quelque temps Sa Majesté eut la bonté de nous faire parvenir, et qui sout une véritable condamnation de ces principes. C'est avec cette conviction que nous implorons Dieu pour qu'il répande ses bénédictions sur l'Empereur, sur son auguste compagne, sur le prince Impérial et sur toute la France. »

La fameuse brochure née de Tinspiration impériale, le Pape et le Congrès^ traitée de monument insigne d'hypocrisie et de tissu ignoble de conti*adiolions par un souverain régnant depuis dix ans, grâce à l'unique appui de l'Empereur, il y avait de quoi se sentir blessé; mais le Moniteur se contenta de déclarer que celte allocution n'aurait peut-être pas été prononcée, si Sa Saintelé eiU déjà reçu la lettre que S. M. l'Empereur lui avait

LETTRE D£ L'£MP£REUR AU PaP£. 633

adressée à la date du 31 décembre, lettre dont il donna le texte :

. c Très saint-père,

1» La lettre que Votre Sainteté a bien voulu m*écrire le 2 décembre m*a vivement touché, et je répondrai avec une entière franchise à l*appel fait à ma loyauté.

» Une de mes plus vives préoccupations, pendant comme après la guerre, a été la situation des États de TÉglise, et certes, parmi les raisons puissantes qui m'ont engagé à faire si promptement la paix, il faut compter la crainte de voir la révolution prendre tous les jours de plus grandes proportions. Les faits sont une logique inexorable, et, malgré la présence de mes troupes à Rome, je ne pouvais échapper à une certaine solidarité avec les eftels du mouvement national provoqué en Italie par la lutte contre TAutriche.

n I^paix une fois conclue, je m*empressai d'écrire à Votre Sainteté pour vous soumettre les idées les plus propres, selon moi, à amener la paciflcation des Romagues, et je crois ^encore que si, dès cette époque, Votre Sainteté eût consenti à une séparation administrative de ces provinces et à la nomination d'un gouverneur laïque, elles seraient rentrées sous son autorité. Malheureusement cela n'a pas eu lieu, et je me suis trouvé impuissant à arrêter rétablissement du nouveau régime. Mes efforts n'ont abouti qu'à empocher l'insurrection de s'étendre, et la démission de Garibaldi a préservé les Marches d Ancône d une invasion certaine.

* Aujourd'hui le congrès va se réunir. Les puissances ne sauraient méconnattre les droits incontestables du saint-siége sur les Légations ; néanmoins, il est probable qu'elles seront d'avis de ne pas recourir à la violence pour les soumettre. Car si cette soumission était obtenue à l'aide de forces étrangères, il faudrait encore occuper les Légations mili* taireoient pendant longtemps. Cette occupation entretiendrait les haines et les rancunes d'une grande portion du peuple italien, comme la jalousie des grandes puissances : ce serait donc perpétuer un état d'irritation, de malaise et de crainte.

nQue rcste-t-il donc à faire? car enGn cette incertitude ne peut pas durer toujours. Après un examen sérieux des diftkultés et des dangers que présentaient les diverses combinaisons, je le dis avec un regret sincère, et, quelque pénible que soiila solution, ce qui me paraîtrait le plus conforme aux véritables intérêts du saint-siége, ce serait de faire le sacrifice des provinces révoltées. Si le saint-père, pour le repos de l'Europe, renonçait à ces provinces qui, depuis cinquante ans, suscitent tant d'embarras ù son gouvernement, et qu'en échange il demandât aux puissances de lui garantir la possession du reste, je ne doute pas du retour immédiat de l'ordre. Alors le saint-père assurerait à l'Italie reconnaissante la paix pendant de longues années, et au saint- siège la possession paisible des États de TÉglise.

634 L^EHPIRE.

» Votre Sainieté, j*aime à le croire, ne se méprendra pas sur }es sentîmenis qui m'animent ; elle comprendra la diflGcuUé de ma situation ; elle interprétera avec bienveillance la franchise de mon langage, en sesou venant de tout ce que j'ai fait pour la religion catholique et pour son auguste chef.

> J'ai exprimé sans réserve toute ma pensée, et je l'ai cru indispensable avant le congrès ; mais je prie Votre Sainteté, quelle que soit sa décision, de croire qu'elle ne changera en rien la ligne de conduite que j'ai toujours tenue à son égard.

> En remerciant Votre Sainteté de la bénédiction apostolique qu'elle a envoyée à l'Impératrice, au Prince impérial et à moi, je lui renouvelle l'assurance de ma profonde vénération.

» De Votre Sainteté, votre dévot fils,

» Napoléon.

« Pabii des TuîleriM, 31 d^mbre 18S9. »

Céder quelque chose du pouvoir temporel! le partr clérical n'en admettait pas même la pensée. H répondit à la proposition impériale en imprimant un redoublement de vigueur à l'agitation que depuis longtemps il avait organisée au moyen des journaux/ des mandements et surtout des Sociétés religieuses de bienfaisance à la tête desquelles marchait la Société de Saint-Vincent de Paul dirigée par son comité central siégeant à Paris, ei dirigeant à son tour neuf cents comités ou conférences dans les départements. Le gouvernement chargea le ConsAtKtîonnel de donner un avertissement indirect à la Société de Saint -Vincent de Paul et aux autres Sociétés du même genre. « Si les associations, dit ce journal, ces- » saient de rester sur le terrain charitable, si elles ve- )> naient à s'immiscer dans les querelles des partis, on » verrait alors surgir des questions de légalité qu'il est » prudent de laisser dormir. Il faudrait s'attendre par » suite à voir les journaux qui les ont toujours vues avec >i défiance, signaler leur illégalité et mettre le gouverne- » ment en demeure de faire i^especter la loi. »

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