‹ Histoire du second empireChapitre 163 sur 176 · SUPPRESSION DE L'UNIVERS · texte numérisé non relu

SUPPRESSION DE L'UNIVERS

avait eu lieu daus les commencements de Tannée, excite peu de pitié. Ce journal n'avait-il pas déclaré que a la » bras séculier des gendarmes est de beaucoup le meil* )' leur défenseur de la liberté de conscience?» Ne s'était-il pas fait une joie de répondre aux partisans de la monarchie constitutionnelle et de la République qui déploraient la perte de la liberté : <x Quant à nous, nous sommes » sufiBsamment libres? » La liberté de parler et d'écrire ne devait-elle pas, selon lui, être refusée a à ceux qui ne I» se confessent point? » Non content d'approuver la législation sur la presse, calquée, disait-il, sur ceUe de l'Église à laquelle l'avertissement et la suppression étaient empruntés, ne s'était-il pas drapé fièrement dans cette théorie? « Quand je suisje plus faible, je vous demande x» la liberté parce que tel est votre principe ; mais quand » je suis le plus fort, je vous l'ôte parce que tel est le » mien. » Personne ne plaignit Y Univers le jour où il apprit à ses dépens ce que vaut la liberté restreinte à ceux qui se confessent, et où le gouvernement lui dit, en empruntant ses propres paroles : a Quand j'ai besoin » de vous, je vous donne la liberté parce que tel est mon » intérêt, et quand je n'en ai plus besoin, je vous l'ôte » s'il m'est utile de vous l'ôter. »

Le gouvernement, en frappant les défenseurs du saintsi^e, tenait néanmoins à paraître en excellents termes avec lui. Une épée ayant été offerte à Napoléon III, au nom des habitants de Rome, à l'occasion de la guerre d'Italie, il eut soin de faire remarquer que ce témoignage spontané des sentiments desRomains devait d'autant plus le toucher a que le gouvernement du saint- père y avait » donné son approbation » .

PendaDt toute cette année iS60, nous assistons à une longue série de combats, d'escarmouches, de taquineries entre le parti clérical et le gouvernement impérial. Le saint^père ayant besoin d'argent, en demanda naturellement aux capitalistes ; les mandements relatifs à Temprunt romain se multiplièrent , les évèques le prêchaient comme un jubilé ou comme une distribution d'indulgences. Le gouTernement impérial, importuné de ce bruit, autorisa les* journaux à publier le compte rendu de la séance du Sénat dans laquelle M. Dupin atné avait fait le rapport d'une pétition relative à l'observation des lois sor les associations religieuses. La presse démocratique profita de l'occasion pour ^gualer le développement considérable pris par ces associations qui possédaient déjà des propriétés immobilières dépassant 80 millions de revenus, soit plus de deux milliards de francs en capital. Elle fît ensuite remarquer que ces corporations puissantes ne se distinguaient, comme le prouvaient les nombrem procès jugés contre elles pendant les dernières «niées, ni par de bien vife scrupules sur les moyens de s'approprier ces biens, ni par un bien grand caractère d*utilité. Nulle association religieuse ne peut, selon les prescriptions de la loi, se former sans l'autorisation de l'État. Les associations religieuses s'en passaient et tout était dit Des milliers d'associations religieuses existant en France sans être autorisées, des associations laïques poiQvaîent-elles agir avec ce sans-façon ?

Le gouvernement impérial, en se servant de la presse démcicratique, tenait à marquer qu'il n'était pas l'esdave de son auxiliaire. Il venait de donner aux journaux libres penseurs toute liberté d'attaquer les sociétés reli-

aRCULAlRE CONTRE LE ROMAN-FEUILLCTON. 663

gieuses, il procura aux sofîétés religieuses, par un de ces coups de bascule qui lui étaient familiers, la satisfactioa d'entendre dénoncer la presse comme coupable d'un attentat quotidien à la morale. M. Billault versa, le 1" juillet 1860, dans le sein des préfets l'aveu de la douleur que lui causait TimmoraUté du roman-feuilleton : « Monsieur le préfet^ ce n'est pas seulement pour le main- » tien de Tordre que l'administration a reçu de la loi sur la » presse des pouvoirs spéciaux, c'est aussi pour la défense » de la morale publique. Le roman^feuilleton, qui, dans r les colonnes intérieures d'un journal, blesse les sen- 9 timents honnêtes, fait autant et peut-être plus de mal -» que les excitations qui, dans les colonnes supérieures, » tenteraient d'agiter les esprits. » M. Billault ne se contentait pas d'attaquer le roman ^feuilleton des grands journaux : «Â côté des feuiUes politiques lui prêtant leur » publicité en échange des abonnements qu'elle peut » attirer ou retenir, nous avons vu surgir une foule de D petites publications uniquement destinées à l'exploi- » tation de cette littérature malsaine et la livrant chaque » semaine à vil prix, par centaine de mille exemplaires, » à l'avidité des lecteurs. Pour qui conserve encore » quelque respect de la décence et du bon goût, un » tel débordement est déplorable ; il est plus que temps 9 d'y mettre un terme* L'intelligence du peuple a droit » à des aliments meilleurs, et il ne faut pps plus laisser 1» corrompre les cœurs que pervertir les esprits. »

Une presse libre aurait répondu à ces déclamations hypocrites : « La plus grande part de responsabilité dans 9 cette démoralisation ne revient-elle pas au gouvernement «> qui protège, en l'exemptant du timbre et du droit de

» poste, cette petite presse qui ne vit que de cancaDs, de » romans ignobles, et qui la comble de ses faveurs parce » qu'il espère avec la petite presse détruire la grande en » commençant par la déshonorer. »

La France seule, avait dit Napoléon III, combat pour une idée. Cette idée, pour le second Empire comme pour le premier, n'élait-elle que l'augmentation de son territoire? L'annexion de la Savoie et de Nice pouvait le feire craindre. Le second Empire ayant repris possession de sa frontière naturelle du côté des Alpes, ne la réclamerait-il pas du côté du Rhin. Le prétexte de la conquête sous le premier Empire c'était le Code civil ; sous le second, le principe des nationalités. Hongrie, Pologne, Vénétie, tous ces pays n'avaient-ils pas aussi le droit de s'appartenir comme l'Italie? Le Moniteur eut beau déclarer que FEmpereur était animé des intentions les plus pacifiques et <( faisait ses efforts pour rétablir en Europe la confiance » ébranlée » , les déclarations du Moniteur ne faisaient plus d'effet. L'Empereur profita de la présence à Badeo du prince-régent de Prusse, des rois de Wurtemberg, de Bavière et de Hanovre, de cinq ducs et grands-ducs, pour passer le Rhin le 15 juin et s'offrir lui-même comme une note vivante à l'Allemagne alarmée. Le Moniteur ne manqua pas d'appuyer sur cette visite et de proclamer qu'elle ne pouvait manquer de « faire cesser le concert » unanime de bruits malveillants et de fausses apprécia- » tions » qui circulaient en Europe. Le bruit d'un nouvel emprunt fut la réponse de l'opinion publique à cette note. 11 fallut recourir encore au Moniteur pour le démentir.

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