‹ Histoire du second empireChapitre 18 sur 176 · AFFAIRE DE LA COMMUNE RÉVOLUTIONNAIRE · texte numérisé non relu

AFFAIRE DE LA COMMUNE RÉVOLUTIONNAIRE

<piî n*o]it pu prononcer de condamnation.... Rayez ce mot-là de votre réquisitoire, car nous sommes aux pieds de la justice;... il n'y a pas de condamnations là où il n'y a pas de juges.

9 Quand de toutes parts se sont produits des faits qui sont de nature à fausser les notions de la vérité et du droit, tous allez vous indigner que parmi des hommes qui sont ainsi chassés de leur pays, se produisent des £sdts propres à provoquer la sévérité des magistrats!... Mais de ces lioaames il en est beaucoup, si vous vous trouviez en leur présence, à qui vous, monsieur Tavocat impérial, à qui vous-même vous tendriez la main.

D Ah ! vous avez prononcé un mot que je regrette amèrement, et tpi, j'en suis sûr, n'était pas au fond de votre cœur ; vous avez dit que ces hommes avaient cessé d'être nos frères.... Non! non! vous avez beau faire, il ne vous est pas donné d'effacer de leurs fronts le sceau que Dieu y a mis.

> Os n^auraient pas cessé d*étre nos frères parce qu'ils seraient égarés ; ils n'ont pas cessé davantage d*être nos frères parce qu'ik sont malheureux!

> Ces hommes qui sont ainsi chassés de leur pays, est-ce que vous ne comprenez pas tout ce qu'ils doivent souffrir ? Est-ce que vous ne

I savez pas qu^ils doivent aspirer à la patrie avec toute l'ardeur d'un I coeur profondément blessé? Ces douleurs, ces irritations, ne sont-elles pas l'histoire de toutes les émigrations ? Est-ce qu'il ne peut pas se glisser dans ces âmes souffrantes des sentiments d'exagération?... I > Vous avez dit que ces hommes sont des ennemis, qu'ils campent

I sor nos frontières. Ah I il n'y a qu*un moyen de les ramener à d'au- I très sentiments que ceux que vous leur prêtez, c'est de leur ouvrir les I portes de leur pays.

> Quant à ces exagérations que vous avez signalées, elles sont la conséquence inévitable, elles sont le résultat fatal de mesures rigoureuses et qui se prolongent indéfiniment.

i » Mais ce sont là, direz-vous, des considérations étrangères ou pri-

vées. Je recherche la cause de ces publications, et je rencontre cette cause dans les persécutions politiques qui produisent toujours des fruits si amers. Du reste, si j'examine ces publications elles-mêmes, qu'est-ce que je trouve? la Lettre au peuple français... Elle n'est ni plus ni beaucoup moins violente que beaucoup d'autres écrits dont nous sommes inondés,... et ce déluge d'imprimés de toutes sortes n'est-il pas, lui, an Élit forcé de la situation dans laquelle nous sommes?...

1 fl y a des erreurs, il y a des exagérations au fond de la société. Quand on s'oppose à ce qu'elles se produisent au grand jour qui les confondrait, savez-vous ce qui arrive? Elles minent souterrainement cette société; et le travail mystérieux de leur destruction marche avec une rapidité effrayante. A la surface, pour an œil confiant, tout est calme , tout est bien ; mais si l'on va au fond des choses , quel changement ! Ce qjae je pense et ce que je veux dire, c'est que les institutions de ce pays conspirent contre son propre repos, et qu'un jour il se pourra faire que sur ce sol qu'on croyait si parfaitement

TAULE PELOKD. II. •— 5

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uni, il y a un gouffre ouvert dans lequel nous descendons sans nous en douter.

» Tenez, il y a cent ans, le despotisme le plus pur régnait en France. La Bastille était ouverte pour quiconque avait offensé les maîtresses des souverains : quiconque avait eu des pensées trop hardies était sûr d'aller passer des années entières à T ombre de ses murailles ; le bourreau était prêt à brûler les œuvres des philosophes et des mécréants, et cependant les livres qui étaient brûlés sur la place de THôtel-de-Ville, les Lettres personnes qui étaient condamnées par le Parlement, elles sont aujourd'hui dans nos bibliotlièques. Je suis sûr que M. Favocat impérial les a dans la sienne... Pourquoi? Vous connaissez les révolutions accomplies. Le droit et la vérité finissent tôt ou tard par l'emporter sur la force.

» Il ne faut pas s'insurger contre les grands faits qui sont dans la loi forcée de la nature, dans cette loi qui a été faite par un souverain plus .puissant que ceux qui gouvernent les hommes.

» Je n'ai pas à critiquer ce qui se passe, mais je le constate aycc mon droit de citoyen et devant des magistrats qui ont pour mission de défendre ce droit.

» Parmi les hommes pour lesquels vous vous êtes montré si sévère, monsieur l'avocat impérial, les uns ont été condamnés, mais les autres ont été proscrits par la politique, et je proteste contre cette proscription. Vous vous étonnez que leurs écrits ne soient pas empreints du caUne le plu^ parfait ; vous vous étonnez qu'on y trouve des choses qui vont jusqu'à blesser les règles de la raison ; mais tout cela n'est pas nouveau. Je n'avais pas lu la Lettre au peuple français, je ne la connais que par ce que M. l'avocat impérial en a lu. Est-ce qu'il .pense, par hasard, que cette théorie sur le gouvernement personnel est dangereuse ?

> M. l'avocat impérial s'est indigné de la phrase sur l'armée, dont le drapeau, dit-il, est la sauvegarde de l'honneur et de la vertu.

> L'armée 1 est-ce que je ne peux pas me demander : et Cavaignac ! Qu'est-ce que ce nom de Cavaignac ? son épée vous l'avez bénie.... Elle est brisée 1... Et Lamoricière; et Bedeau; et Ghangamier, qui a été l'idole de tous les fonctionnaires....

» Ceux-là, ils ont été fidèles à leur sennent. Est-ce qu'il y a deux

drapeaux, est-ce qu'il y a deux serments? Ce dont je suis sûr,

c'est qu'il n'y a pas deux consciences.

> Je ne veux pas user de tous mes avantages contre M. l'avocat impérial... Ces discussions générales vci's lesquelles il a fait un retour sont désormais impossibles ; elles manquent de grandeur, d'éclat et de

sincérité L'avocat qui se laisserait aUer aux inspirations de son

coeur, courrait à chaque instant le risque d'être interrompu, et naôme s'il n'était protégé par des magistrats dévoués à leurs devoirs, on requerrait contre lui parce qu'il aurait dit la vérité.

» Quanl à la prévention, je crois qu'elle se réduit à peu de chose el que j'en aurai raison en très-peu de mots.

» Mais j'ai entendu M. l'avocat général assimiler l'insurrection de Jiilaa à un crime contre le souverain ; quant à moi, je dis que les Ita-

LE COMPLOT DB L*Htt»PODROME« ' «7

liens, en se soulevant contre leurs oppresseurs, en essayant de chasser les Autrichiens de leur chcre patrie, sont dans leur droit vis-à-vis de leur conscience et vis-à-vifi de Dieu i

Le gouvernement, jaloux d'étouffer tout ce qui pouvait réveiller les âmes, trouva un complice dans le président du tribunal, le compte rendu des débats fut interdit. I4 ooble protestation de M. Jules Favre ne dépassa point Fétroite enceinte du tribunal. Le devoir de l'histoire est ée la produire au grand jour, con^me une preuve que ffléme dans ces^ temps de morne silence et d'affaissement la voix de la justice et de la vérité se faisait quelquefois entendre.

Le jugement fut prononcé le 2/i juillet. L'audience, qui d'ordinaire commence à dix heures et demie, ne s'ouvrit qu'à deux heures ; le tribunal délibérait dans la salle du conseil. Le résultat de cette délibération fut la condamnation des prévenus à un temps plus ou moins lonf^ de prison et de surveillance de la haute police. La veuve Libersale, cette fruitière vieille et infirme dont la police avait voulu faire une héroïne de conspiration, n'en fut pas quitte à moins de six mois de prison.

Ce prooès à peine jugé, le gouvernement se plaignait déjà de la persistance des sociétés secrètes, d'autant plus dangereuses qu'elles étaient insaisissables. Cependant il était parvenu à mettre la main sur une de ces sociétés dite le Cordon sanitaire; elle ne se composait pas précisément de gens d'action, mais de membres des ^ciennes sociétés secrètesi hommes d'expérience révolutionnaire, sachant organiser et diriger un mouvement. La société plus militante des Consuls du Peuple, fondée par un républicain nommé Ruault, s'était réunie au Cordon sani--

taire et à la société des Deux cents composée d'étudiants. Les trois sociétés, marchant d'accord , se servant des mêmes moyens, recueillant des souscriptions, faisant de la propagande en même temps, disposaient aussi d'une presse clandestine ; cent cinquante francs avaient été recueillis pour fabriquer des canons, ce qui n'est pas cher ; il s'agissait, il est vrai, de canons de zinc entourés de cordes faisant corps avec le métal au moyen de colle forte et de goudron. La presse clandestine avait été fournie par Jean Bratiano, réfugié moldave, dont le frère faisait partie du comité central européen à Londres. Les membres de la conspiration se réunissaient dans les fossés des fortifications.

La seconde de leurs réunions eut lieu le dimanche 5 juin 1853, du côté de la plaine des Vertus; le comité décida qu'à partir du 7 il se tiendrait en permanence*

L'Empereur devait se rendre le 7 de Saint-Cloud à l'Hippodrome. L'occasion parut favorable aux conspirateurs pour frapper un coup, mais l'attention de la police était éveillée : ses agents remarquèrent que les abords du théâtre présentaient, le jour indiqué, un aspect inaccoutumé; des groupes placés de distance en distance échangeaient des signaux; des individus parcouraient ces groupes, et semblaient leur donner des instructions. La police prit aussitôt des précautions qui firent comprendre aux chefs des groupes que le complot était découvert. Les conjurés persistèrent cependant dans leurs projets. Le lendemain, Ruault et plusieurs de ses associés assistèrent à une réunion de la société secrète d'étudiants dite des Deux cents^ qui se tint dans le jardin du Luxembourg; ftibault de Laugardière, Laflize, étudiants en

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