LE COMPLOT DE L'HIPPODROME
médeciDe, et Arthur Ranc, étudiant en droit, s'y trouvaient. Il fut question dans cette réunion de s'emparer, de TEmpereur le jour où il se rendrait à l'exposition de la Société d'horticulture. Ruault avait été mis en rapport avec les étudiants par un médecin de l'hôpital militaire de Lille, qui promettait de livrer la citadelle de cette ville et de faire marcher le 1" régiment d'infanterie qui 8 y trouvait en garnison. La police jugea que le moment d'arrêter Ruault ainsi que son principal complice Lux était venu. Les deux conjurés furent pris dans la nuit du 8 au 9 juin. Le 16 du même mois, la police s'empara de l'imprimerie clandestine déposée chez Braliano. Ces mesures semblaient devoir couper les fils de la conspiration, mais un Belge nommé de Meren parvint à les renouer et à organiser une nouvelle tentative contre la vie de l'Empereur. Toutes les précautions étaient prises parles conjurés. De Meren avait même averti le docteur FoUot, demeurant dans la même maison que lui, de se rendre avec sa trousse aux abords de l'Opéra-Comique pour soigner les blessés.
Le 6 juillet 1853, à onze heures du soir, les voitures revenant des Champs-Elysées furent arrêtées à la hauteur de la Chaussée-d'Antin par un ordre de la police. Dne heure auparavant, à la suite d'une échauffourée dont le public n'avait pas pu comprendre la nature, et qui s'était produite d'ailleurs sur un terrain fort circonscrit, les sergents de ville et les agents accourus, en proie à une émotion fort grande, avaient immédiatement interdit toute circulation de la rue de Richelieu à la Chaussée-d'Antin ; un fort peloton de cuirassiers et de içuides, massé devant l'Opéra-Comique, attendait l'Em-
pereur qui assistait à la représentation d'ouverture après la restauration de la salle; des escouades de sergents de ville sillonnaient les boulevards eu jetant des regards soUpçotineux sur les groupes et sur les fenêtres. Le bruit ne tarda pas à se répandre qu'une tentative d'attentat sur la personne de l'Empereur motivait ce déploiement de forces. Voici comment les choses s'étaient passées :
L'entrée de la loge impériale donne sur la rue Mari- Vaux; trois individus, par leur persistance à stationner devant cette porte, avaient attiré les soupçons de la police depuis longtemps, sur les traces d'un complot. Les trois individus suspects furent arrêtés avec plusieurs de leurs complices qui essayaient de les délivrer; les prisonniers, conduits à la préfecture, sont fouillés, et l'on trouve sur eux des armes. Les sergents de ville arrêtent pendant ce temps-là d'autres individus qui tentaient de se glisser de nouveau dans la rue Marivaux ; Laugardière, ÂrtbtirRanc, Laflize, attendaient à l'estaminet do Orand Balcon le moment de « jouer un rôle plus actif aussitôt que l'assassinat aurait ouvert la porte à l'insurreclion » (1)* L'Empereur mort, Paris devait se couvrir de barricades, les conjurés proclamaient la République et plaçaient Blanqui à la tête d'un comité de salut public.
tJn journal officieux prétendit que le Complot de r Opéra- Comique avait été révélé à la police par un prêtre qui en reçut la confldence en confession; un autre ajouta que le prince de Joinville en avait informé lord Palmerston qui s'empressa d'en faire part à l'Empereur; des papiers importants et de mystérieuses correspondances avec
(1) Voyci l'acte d'accusation.