LETTRE DE L'£MPER£1]R A M. PONSARD SDR LA BOURSE
pas défendre radministration, qui est au-dessus de tout soupçon, mais affranchir les soumissionnaires des grandes entreprises de cet impôt préleTà sur leur crédulité » . Le préfet de police, invité à prendre tous les moyens pour mettre fin à cette exploitation, crut devoir à son tour adresser une lettre aux commissaires de police; ces précautions ne rassurèrent personne. Le Moniteur avait déclaré qu'aucune entreprise donnant lieu à une émission de valeurs nouvelles ne serait autorisée dans le cours de Tannée. Mais que pouvaient le préfet, les commissaires de police et le Moniteur contre la ligue permanente de l'intrigue et de la cupidité. L'amour de l'or était devenu le sentiment dominant des classes élevées de la société, de c«lles-là même qui se vantaient d'avoir pour uniques règles dans la vie le désintéressement et l'honneur. Le ministre de la guerre fut obligé de publier une circulaire pour empêcher les officiers de l'armée de s'adresser trop souvent à l'Empereur pour de l'argent. L'Empereur tenta lui-même de calmer cette fièvre : il prit la plume pour féliciter Mt Ponsard, qui venait de faire représenter avec succès à TOdéon une comédie intitulée : La Bour^.
* Palais de Saint-Gload, 45 juin i856.
1 Monsieur, vous avex cru devoir^ après la première représentatioii de La Bourse, vous dérober aux félicitations du public et aux miennes. Aujourd'hui renvoi de votre pièce me donne l'occasion de vous les adresser, et je le fais bien volontiers, car j*ai été vraiment heureux de vous entendre flétrir de toute l'autorité de votre talent, et combattre par Tinspiration des sentiments les plus nobles le funeste entraînement du jeu. Je lirai donc votre pièce avec le même plaisir que je l'ai vu jouer. Persé-^ vérez, Monsieur, votre nouveau succès vous y engage, dans cette voie de moralité, trop rarement peut-être suivie au théâtre, et si digne pourtant des auteurs appelés comme vous à y laisser une belle réputation. Croyez à mes sentiments.
» Napoléon. »
^ L'£MPIR£.
Celte lettre ne produisit aucun effet. Une autre lettre de félicitation et d'approbation adressée deux ans plus tard à M. Oscar de Vallée, avocat général à la Cour impériale de Paris sur son livre, Les Manieurs d argent^ n'eut pas plus de succès ; le gouvernement n'autorisait pas de nouvelles entreprises, mais les sociétés eu commandite pouvaient se créer sans son autorisation. D'ailleurs, en autorisant l'organisation de puissantes ma* chines financières comme le Crédit mobilier, n'avait-il pas pris l'engagement de leur fournir en quelque sorte la matière propre à les alimenter? La spéculation connaissait bien cette nécessité, elle se sentait puissamment soutenue par la logique du règne, aussi répondit-elle à la note du Moniteur par un redoublement d'animation qui se ralentit seulement devant la baisse des valeurs amenée par les embarras généraux du commerce et de l'industrie, par l'élévation des reports, et par les mesures restrictives adoptées par la Banque de France. Cet établissement porta son escompte à 6 pour 100, restreignit à 60 jours la durée des échéances, et rendit plus rigoureuses les conditions du prêt sur la rente et sur les actions des chemins de fer.
La Banque voyant, malgré ces mesures, diminuer sa réserve métallique, était obligée de recourir à de perpétuels achats pour la remplacer. La récolte insuFOsante des céréales et des soies en France obligeait les négociants français de payer en numéraire le supplément acheté à l'étranger ; la monnaie d'argent est la seule qui ait cours dans rinde et dans la Chine. L'exportation métallique de la France, en 1856, atteignit près de 5 millions de francs. La Banque, pour combler ce vide, et pour con-