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LA GRISE DES SUBSISTANCES ET DES LOYERS

server son encaisse métallique, achetait chaque mois à rélrauger, moyennant des primes élevées, l'énorme quantité de lingots dont elle avait besoin : Crise financière, crise monétaire à la fois, que serait devenu le crédit public, si la continuation de la guerre avait nécessité rémission d'un nouvel emprunt?

1^ paix fit naître d'autres craintes ; les denrées alimentairfô subirent une forte hausse. La viande de boucherie récemment taxée à Paris, le sucre, montèrent rapidement : la cherté se fit sentir sur les principaux articles de consommation; les classes pauvres souffraient, et rendaient largement les gros salaires dont elles étaient comblées. Les départements, les villes, avaient contracté des emprunts pour payer les dépenses dans lesquelles la politique du gouvernement les poussait; le service et le remboursement de ces emprunts rendaient nécessaire l'augmentation des droits d'octroi et des taxes locales, cause nouvelle de renchérissement. Paris, Lyon, Marseille, jetaient leurs vieux quartiers à bas, et la diminution du nombre des habitations causait une hausse prodigieuse sur les loyers. Les ouvriers, les petits rentiers de Paris et des grandes villes murmuraient contre ces embellissements dont ils payaient trop cher les frais. I^ gouvernement répondit aux plaintes des Parisiens par une note du Moniteur^ d'où il résultait que le nombre des maisons construites dépassant celui des maisons démolies, une baisse prochaine ne pouvait manquer de se produire sur les loyers. Les habitants pauvres, en attendant, ne savaient où se caser. Le gouvernement fut obligé d'affecter de fortes subventions au logement des ouvriers ; inutile palliatif. Le mal tenait à

une cause trop ^[éûérale pour être guéri pbr de semblables moyens.

Cette causC) c'était la transformation improvisée de Paris. M. Berger, préfet de la Seine, administrateur à Tancienne mode^ se croyait tout simplement appelé à continuer les traditions de son prédécesseur M. de Rambuteau ; il ne comprenait ni le sens ni la portée de son rôle et de sa mission. Celte mission essentiellement politique demandait un fonctionnaire d'une trempe particulière, capable de comprendre et de mettre en pratique le principe que la fin justifie les moyens. M. Berger fut subitement remplacé par M. Haussmann et nommé sénateur. Furieux et ne comprenant rien à sa destitution, il courut demander des explications à Saint- Cloud. L'Empereur l'invita poliment à déjeuner, et ne lui dit pas un mot des affaires de la ville. L'ancien maire des barricades revint à Paris ^ le conseil municipal lui vota une médaille d'or, et le 2 juillet 185/i, l'homme qui devait attacher son nom à l'œuvre césarienne de la transformation de Paris prit légalement possession de Tadministration de la capitale et du département de la Seine.

M. Haussmann, destiné par sa famille aux honneurs du notariat, s'ennuyait de remplir les fonctions de deuxième clerc de notaire à Paris, lorsque la révolution de 1830 éclata. Le jeune Haussmann se souvint alors qu'il avait un grand-père conventionnel et un père lié avec les membres influents du parti libéral, notamment avec les frères Baudouin, libraires, très-influents au Constitutionnel. Il sollicita une sous-préfecture, l'obtint, et resta souspréfet pendant très-longtemps sans que rien vînt révéler ses futures grandeurs administratives. Le président Louis-

AVtilfEMENT DE M HAUSSHANN. 7

Napoléon, qui avait besoin de fonctionnaires dévoués, lui fit franchir enfin la barrière; M. Haussmann devint préfet du Var, de l'Yonne, de la Gironde, et prit le titre de baron. M. Fremy, le directeur du Crédit foncier, était représentant de l'Yonne. Le représentant et le préfet de ce départenfient, tous les deux anciens sous-préfets, se convinrent. M. Fremy, chargé en 1853 d'organiser sur de nouvelles bases le ministère de Tintérieur, parla de son ami à TEmpereur, en quête d'un remplaçant à M. Berger. M. Fremy eut grand'peine à taire passer N. Haussmann de Bordeaux à Paris; il est protestant, et l'orthodoxie de l'Impératrice s'alarmait à la pensée qu'un hérétique pût être placé à la tête du département qui a la capitale pour chef-lieu. Elle finit cependant par céder aux instances de M. Fremy.

Le premier soin de M. Haussmann en arrivant à la préfecture de la Seine fut de renverser le budget préparé par son prédécesseur; plusieurs membres du conseil municipal se récrièrent contre ce procédé, le fonctionnaire chargé de la comptabilité et des finances de la ville de Paris donna sa démission. Le 'public, habitué encore à régler ses jugements d'après ses souvenirs, crut que le nouveau préfet succomberait devant une opposilion si déclarée, le bruit courut môme que M. Siméon était désigné pour le remplacer. M. Haussmann resta cependant à l'Hôtel de Ville, et l'année suivante, au mois d'avril, les charpentes des Tuileries et du Louvre tombaient, les Champs-Elysées étaient transformés, la rue de Rivoli et le boulevard de Strasbourg proloîigeaient leurs perspectives, le bais de Boulogne montrait les traits principaux de ses embellissements, et l'avenue qui mène

de l' Arc-de-Triompbe à ce parc était inaugurée en présence de TEmpereur et de l'Impératrice qui accordait au préfet de la Seine rautorisatiou de lui donner son titre.

Le fléau des inondations, attribué par plusieurs évèques, dans leurs mandements, à la non-observation du dimanche, avait, au printemps de Tannée 1856, porté la désolation dans les départements du Rbône, de la Saône et de l'Allier. Ces fleuves ravagèrent les riches vallées à travers lesquelles ils circulent. La vallée du Rhône et celle de la Loire formaient deux immenses lacs : Lyon, Tours, Orléans, Blois, étaient envahis par les eaux. L'Empereur se rendit sur les lieux du désastre, parcourut en barque les villes et les campagnes inondées, vida des sacoches pleines d'or sur son passage, et adressa de Plombières, le 19 juillet 1856, une longue lettre au ministre des travaux publics, dans laquelle il recommandait diverses mesures propres, selon lui, à empêcher le retour de semblables malheurs. Les journaux du gouvernement célébrèrent à l'envi ce voyage, les peintres et les dessinateurs en reproduisirent les scènes principales. Napoléon m fut salué par les flatteurs comme la provi* dence visible du pays.

Le peuple qui sacrifie la liberté perd la force de se plaindre de ses maux et quelquefois même la faculté de les sentir : il s'en est remis à quelqu'un de ses destinées, il ne s'appartient plus, il se tait, il en veut même à ceux qui le font s^apercevoir qu'il soufire. Les Romains sous les Césars supportaient plus patiemment la famine que la suppression des jeux. Qui eût dit en voyant les théâtres, les restaurants, les cafés, les bals, les concerts publics, toujours pleins, que Paris était en proie à la double crise

GOURTISAHBS ET FINANCIERS. 9

de la cherté des vivres et des loyers. La nouvelle société, monde bizarre composé de hauts fonctionnaires à triples appointements, de financiers enrichis, de traitants, de sous-traitants, d'intrif^nts et de courtisanes, répandait Tor à pleines mains, et vivait en fêtes perpétuelles. Le Pactole coulait à la Bourse. Le fleuve d*or semblait-il baisser, l'émission des actions d'une nouvelle compagnie en faisait remonter Tétiage. Jamais les courtisanes de Tancienne Rome n*avaient déployé un faste plus insolent que celles de Paris, grâce à l'or des agioteurs et des iinanciei^. Deux des principaux banquiers de Paris, au moment de la répartition des action^ du chemin de fer de Lyon , présentèrent la liste des personnes favorisées qu'ils voulaient gratifier d'un certain nombre d'actions de la compagnie au pair; le banquier anglais Bâring, en voyant des noms de femmes former en majorité cette liste privilégiée, ne put s'empêcher de manifester un vit étonnement ; ses collègues lui répondirent en riant qu'il venait de faire connaissance avec les plus célèbres courtisanes de Paris. Le financier puritain les raya de la liste, prétendant que ses deux collègues ayant l'un viogt-cinq mille actions, l'autre dix mille, ils pouvaient par conséquent être* généreux pour leur compte.

Paris était devenu la capitale de l'agiotage universel, la Bourse y attirait tous les banquiers de l'Europe, l'Exposition tous les curieux, et le gouvernement tous les princes : le duc de Cambridge, le roi de Wurtemberg, l'archiduc Ferdinand d'Autriche, le prince Oscar de Suède, le prince Adalbert de Bavière, le prince régnant de Toscane, le prince Frédéric-Guillaume de Prusse se succédaient dans les résidences impériales.

Tous leî5 jours nouvelle revue au Champ de Mars el tiouvelle fêle aux Tuileries. La cérémonie du baptême du Prince impérial fut célébrée le 14 juin* avec toute la pompe monarchique, sous la voûte de Notre-Dame, colorée en bleu de ciel étoile d'or et offrant à chaque nervure une nuance différente par cordon. Les mUrs cachés sous les tons doux des décorations du xfir siècle, les gros piliers recouverts de velours cramoisi galonné d'or, les chapiteaux dorés, les noms des villes de France inscrits au bas d'une galerie drapée de cramoisi où s'enlaçaient des guirlandes, complétaient la décoration. L'église contenait près de cinq mille invités. Le cardinal Palrizzi, évêque d'Albano, légat du pape, et la grandeduchesse de Bade, représentaient F un Pie IX, parrain du prince, et l'autre sa marraine, la reine de Suède. Les curieux se pressaient comme toujours sur le passage du cortège. Le légat, précédé de son porte-croix, s.'avançail dans un carrosse traîné à huit chevaux ; les maréchaux Canrobert et Bosquet chevauchaient aux portières du carrosse de l'enfant; les autres maréchaux entouraient la voiture impériale. Le légat, au moment du baptême, entama un discours qui ne figurait pas sur le programme ; la musique étouffa sa voix.

L'Empereur et l'Impératrice, après la cérémonie, se rendirent à l'Hôtel de Ville où les attendait un banquet. Quatre-vingt-six évêques y prirent place; l'Empereur et l'Impératrice décidèrent, selon la tradition monarchique, qu'ils seraient parrain et marraine des enfants nés le même jour que leur fils. Le nombre de ces enfimts s'éleva pour la France à plus de quatre mille. Les élèves des écoles primaires reçurent leur part des dragées du bap-

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