‹ Histoire du second empireChapitre 21 sur 176 · LE RÉQUISITOIRE DE M. R0I3UN · texte numérisé non relu

LE RÉQUISITOIRE DE M. R0I3UN

quelques-uns des accusés, lui parut tenir sa place « au » premier rang, des considérations qui permettraient de 9 rattacher le complot de Paris à une origine lointaine,

> à une organisation redoutable et puissante. Ce qui est » du moins bien certain,, c'est que, par leurs œuvres et

> par leurs écrits, les éternels ennemis de l'ordre social » ont pesé sur les imaginations, sur les esprits, sur les » actes des conjurés ; que si aujourd'hui les Ruault, les » Gérard et tant d'autres ont un compte terrible à rendre » devant la justice de leur pays, la réprobation qu'ils » ont encourue doit remonter à leurs corrupteurs, aux » écrits infâmes, aux doctrines sanguinaires des hommes » qui composent le comité révolutionnaire européen, le

> club de la] révolution, la commune révolutionnaire. » H. Rouland termina son réquisitoire par ces mots :

c La justice ne faillira pas à sa haute et sainte mission ;

> elle saura venger et défendre le Souverain que la France * s'est choisi, les institutions qu'elle s'est données, l'édi- » fice tout entier de la civilisation encore une fois menacé » par les barbares. »

Les débats de ce procès fourniraient de nombreux arpimeots aux adversaires du système judiciaire français qui transforme souvent le président de la cour d'assises eu adversaire de l'accusé dont il devrait être le protecteur. M. Zangiacomi, changeant Tinterrogatoire en acte d'accusation, achevant la phrase commencée par l'accusé, déposant pour ainsi dire à sa place, n'épargnant rien pour l'amener à trahir les autres ou à se trahir lui*mème, était plutôt un accusateur qu'un président.

Deney, tailleur, accuse Gérard de l'avoir perdu en lui faisant lire V Événement. U parait disposé à des

7â L*EllPIftE.

aveux. M« Zangiacomi Texcile à persister dans cette voie.

< D. Il faut tout dire ici. Ayez du courage ; c'est du vrai courage. Nous savons les menaces qui ont été faites ; parlez, la justice est asseï puissanté pour vous protéger : dites comment les choses devaient se passer. — R. J'ai entendu dire qu'au cri de : a Vive r Empereur! » on se précipiterait sur la voiture de TËmpereur et qu'on Tassassinerait.

> D. Et après que devait-on faire ? — B. On devait proclamer la république rouge et abîmer le corps de l'Empereur.

» D. On devait aussi renouveler le hideux spectacle donné à une * autre époque à la population ou plutôt à la populace. On devait traîner. . . t — B. Ah ! oui ; on devait traîner le corps de TEmpercur sur les boulevards.

» D. Et proclamer là république rouge? — II. Oui. >

Est-ce laccusé qui répond ou le président? I^ gouvernement, pour des motifs que le lecteur connattra plus tard, n'aurait pas été fâché de compromettre M. Goudphaux, ancien ministre des finances sous la République, et à lai donner un petit rôle dans le complot; il fallait que Deney secondât les efforts de Taccusalion.

€ M. r avocat général Mongis ; N'est-ce pas à vous, Deney, que Gérard a dit qu'il avait Cait ouvrir un crédit aux étudiants chez le banquier Goudchaux ?

}) Deney : C'est un étudiant qui avait dit ça à Gérard; il devait se faire ouvrir un crédit pour la même chose.

» D. Quelle môme chose ? — B. Pour avoir de l'argent, afin d'avoir des hommes pour commettre l'attentat.

> Gérard : C'est faux.

» Af. le président : Prenez-y garde, Gérard; tout ceci est grave et

' votre position est désespérée ; il vient d'être dit un mot très-grave. . . On

peut changer le titre d'une accusation... Prenez-y garde; asseyez-vous.»

Les natures énergiques peuvent seules résister à de telles insinuations et à de telles menaces. Les natures faibles cèdent, mais après avoir cédé elles reviennent quelquefois sur leurs aveux. M. Zangiacomi redoublait alors d'efforts pour les pousser à une nouvelle rétractation, et si Taociisé persistait, il lui l'eprocbait d'avoir peur.

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