‹ Histoire du second empireChapitre 22 sur 176 · LE PRÉSIDENT INTIMIDE LES ACCUSÉS · texte numérisé non relu

LE PRÉSIDENT INTIMIDE LES ACCUSÉS

c ¥. le président^ à Copinot : Eh bien ! Gopinot, roilà un exemple que FOUS donne Deney. Vous avez d'abord nié ; puis, voyant que d'autres parlaient, vous avez dit : c Je vois qu'il n'y a pas ici un homme de cœuf I pour garder un secret. > Et vous avez parlé. Vous avez fait partie d'une société secrète ?

1 Cùpinot : Quelle société T

» D. Qu'est-ce que c'est que celle question ? Avez- vous fait partie d'une sociélé quelconque ? — R. Oui.

» D. Ah ! nous ne vous demandons pas laquelle, nous le savons. On ne sait pas assez combien ces sortes de sociétés sont percées à jouTi Quel était le but de cette société à laquelle vous appartenez? — • R. D'attenter à la vie de l'Empereur et de faire une insurrection. Mais je ne savais pas qu'il s'agissait de ça; je croyais qu'il s'agissait de résister à une attaque légitimiste -orléaniste.

> D. Vous auriez donc défendu l'Empire ? — R. Non ; j'aurais fait comme en i8A8, j'aurais défendu la République.

> D. Ah I vous auriez fait comme en 18/1.8 ! Ça découvre un homme, cela. Vous êtes allé à THippodrome ? — R. Oui.

> D. Qu'y alliez-vous faire ? — R. Assister à une expérience eil baDoû dirigeable.

> D. Vous êtes allé le lendemain au Luxembourg? — H. Oui. » D. Quoi faire ? — R. Chercher des livres à relier.

» D. C'est bien. Et il n'a pas été question d'attenter à la vie de l'Empereur s'il venait à l'exposition d'horticulture ? — R. Non.

1 D. Allons, vous vous étiez relevé un instant en disant la vérité ; maintenant vous avez peur. Asseyez-vous.

1 fi. Mariet, vous avez connu le complot? — R. Oui.

» D. Vous avez su qu'il devait .y avoir un attentat? — R. 11 ne devait rien se commettre contre Bonaparte.

n 3f. le président : Le mot dont vous vous servez n'est pas le mot convenable. Quand on parle du chef de l'Ëlat, il faut lui donner la qualité en vertu de laquelle il est recontau pal la loi. Vous vouliez proclamer la république et par conséquent attenter à la vie de l'Empereur ? — B. Nous voulions la république.

> D. liais il n'y a pas de république sans attentat. — A. Un tépublicain n'assassine pas.

> l). Oh ! arrêtez ! Et d'abord nou^ ne vous permettrons pas de Jk)ser ici. Vous n'êtes pas sur un piédestal ici. Vous avez dit dans votre interrogatoire que vous étiez entré dans la société pour attenter à la vie é^ l'Empereur ? — R. Je n'ai pas dit ça.

» D. C'est-à-dire que vous revenez par peur sur vos aveux. Vous revenez, mais à quel prix? En accusant un magistrat de mensonge. Vous avez parié de deux sociétés, l'une de l'attaque, c'était la vôtre. Vous êtes allé à l'Hippodrome? — R. Oui, monsieur.

> D. Qu'y alliez- vous faire ? — R. J'y allais sur convocation.

I D. Vous étiez armé ? — R. Par pure ostentation, par parade.

> D. Vous avez dit au juge d'instruction que vous étiez piiilosephe iDatérialiste. — R. Je lui ai dit cela en conversation.

76 L'EMPIKB.

> D. Il n*y a de conversation entre un juge et un prévenu que sous forme d*interrogatoire. Vous dites que vous étiez sous les armes pour le cas où T Empereur serait assassiné. — B. Ou emprisonné.

> D. Bien ! Par les légitimistes ou les orléanistes ? — il Ou par une fraction du parti dominant. Il ne m'appartient pas de vous expliquer cela. Je voulais, dans tous les cas, m'opposer au triomphe des légitimistes et des orléanistes.

> D. Vous avez su qu'on faisait des canons? — B. Oui.

> D. Vous avez dit qu'ils ne serviraient que si l'armée ne tournait pas. Vous vous attendiez donc à la voir Mêle? — fi. Il faut s'attendre à tout.

> D. Et l'imprimerie ? -* fi. On devait me la remettre.

> D. Dans quel but et chez qui était-elle ? — fi. Je ne peux le dire.

> D. C'est dire que vous êtes coupable. — fi. Je ne me proclame pas comme innocent. Je ne voulais pas l'effusion du sang ; je suis homme de foi.

» D. Nous ne savons ce que, vous entendez par im homme de foi. <-^ fi. En effet, dans ce siècle, il y en a si peu 1 J'ai toujours refusé l'effusion du sang, parce que ça ne cimente pas le parti qui s'en sert.

» If. le président : Allons, taisez-vous et cessez cette indigne comédie... Vous ne voulez pas l'effusion du sang... et vous armez vos complices ! »

L'accusé Turenne déclare qu'en le conduisant chez le préfet de police, les agents lui ont dit qu'on allait le fusiller. Le président l'interrompt avec colère et traite son assertion de fable. Tous les moyens lui sont bons contre les accusés. L'accusation ne craint pas d'évoquer contre Thirez l'immorale déposition de certains membres de sa famille qui le traitent a d'homme aussi astucieux que méchant qui parvient à se tirer de tous les mauvais pas » . Quand un accusé se défend avec adresse comme Lux, M. Zangiacomi lui interdit la parole :

€ Le juge d'instruction a fait placer des agents qui ne me reconnaissent pas, et le juge d'instruction a dit : c Comment, c'est Lux, et vous > ne le reconnaissez pas ! »

> D. Allons, nous ne vous permettrons pas d'insulter un magistrat. — h. Je n'injurie pas, j'explique les choses.

» D. Je vous dis de vous taire. — fi. Si je ne peux pas parler, condamnez-moi innocent.

> D. On ne vous condamnera pas innocent, mais je ne vous laisserai pas insulter un magistrat, i

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