ARRESTATION DE M. GOUDCHAUX. ^J
Ce procès fut suivi d'une certaine agitation que la gour veraement chercha d'abord à grossir : Arresti^tion à Paris de M. Delescluze, ancien commissaire général de la République dans le (Jépart^meqt du I^ord ; arrest^tiqn à Nantes du docteur Guépin ; YJsites domiciliaires daos cette Ti{l^ chez M1|I. Mangin père et fils, jourpalistes, et che^ H. Rppitar, anpieq cominis^ire de 1^ liépubliqua dans les cinq dépqirtemauts de l'Ouest ; arrestations à Tour^ gt àLyoOf alerte et doublement des postes d^ns cette ville;, Qn aurait djt qp'Mna insurrection était M^ veille d'éclater, mais tout ^ coup le gouverpefnaqj; se ravjs^^ et le journal q^ciel réduisit les choses k }eur juste valeur. Auçui) désordre ne s est produit; on n'a 4opWé Ips portes k LyoQ que sur de faus^s indipatiops qui p'exigea|eut pa^ tftqt de précautions, «Nous ne sommes plus, ajoute )e Jifoniieur. » W tpmps où upe poigp^e 4e ppr^urbateurs ^uffis^it 4 » iflqpiéter ]ps pspjrits ; les élémppt? 4e si faciles d^^ordrfis n p p^is^ept heureusemept plus pq Frappe. »
fie gpuFerpement p^r ses ptgants secrets et par le? SCpus^ qu'il s^vftit intipii4er qp pQrrpwprei ét^it initié d'pappe au^ couipbts et guidé d^QS leur répression, mais il aurait vpplu découvrir surtout Ip^ squrce op \ef^ copiilés 4e Londres puisaient l'argent néces^^iris 4 ^eurp prqjpts : il prpt eppn l'avoir trouvée. Les réppWJpaips proscrits et leurs familles avaiept besoin de secours. ^. Goudçbaux, ancien banquier, Ptipisfre des fîpAPces de la République, homme de ccBqr et 4e dévouement, se cl^argea de recueillir des sop^ripfion^ : 4ès le matin, il sortait de chez lui et comp^epQi^it sa quête; rien pe l'arrêtait; il frappait à toutes les portes, piqpt^it quelquefois trente étages en un jour et recppjpiençftit )p lepdepjvn ;
tant de fatigues altérèrent sa santé, et Ton peut dire qu'il est mort quelques années plus tard, martyr de la charité démocratique.
M. Goudchaux est réveillé le û octobre 1854 à quatre heures du matin : il se lève, il demande le nom de la personne qui se présente ainsi chez lui avant le jour. — « Vous ne me connaissez pas, mais il est indispensable que je vous entretienne un moment, i» Goudchaux sur cette réponse ouvre sans défiance, et le visiteur lui dit en montrant son écharpe : — « Je suis le commissaire de police, remettez-moi vos clefs. » Le gouvernement, qui croyait trouver chez Goudchaux des fonds considérables, pour ainsi dire le trésor de la révolution, ne saisit que 142 liasses de papier, formées pour la plupart de reçus de secours portant la signature de proscrits ou de femmes de proscrits. Le commissaire de police, après quatre heures de perquisition, crut indispensable de s'assurer de la personne de M. Goudchaux. L'arrestation de ce citoyen entouré de l'estime universelle produisit sur l'opinion publique, en ce moment bien peu susceptible pourtant, une si f&cheuse impression que le gouvernement le fit mettre en liberté. M. Goudchaux en fut quitte pour une journée passée au dépôt de la préfecture de police, en compagnie des voleurs et des honteux rebuts dé la population parisienne.
Les gouvernements des pays voisins de la France, intimidés par la dictature bonapartiste, expulsèrent presque tous les Français réfugiés chez eux depuis 1848. L'Angleterre devint leur principal asile. Les manifestes des proscrits en Angleterre nous sont connus.
Le premier procès de la Commune révolutionnaire nous
MISSION DE L'ANCIEN REPRÉSENTANT BOICHOT A PARIS. 8d
révélé les tentatives de son comité pour imprimer une direction au parti révolutionnaire. Des comités de la même société furent organisés à Paris. Ces comités, trompés par ooe illusion bien étonnante, s'imaginèrent en 185A, au moment même où la guerre de Crimée commençait, que rheure d'agir avait sonné. M. Boichot^ chargé par ses collègues de s'assurer si les rapports des comités de Paris étaient exacts, quitta Londres secrètement et se rendit d'abord en Hollande, puis en Belgique, d'où il pénétra en France. Il fut convaincu, à peine arrivé à Paris, de l'exagération des renseignements transmis au comité de Londres sur les forces insurrectionnelles. La seule apparition du proscrit dans la demeure de ses amis y jetait le trouble et Teffroi. Le premier chez lequel il se présenta refusa de lui donner un logement, le second offrit de le conduire hors de Paris. La terreur du 2 décembre pesait encore comme un cauchemar sur les imaginations, le proscrit parvint enfin à trouver un asile dans le faubourg du Temple. Pendant trois jours, il visita un grand nombre de républicains ; il se rendit dans les casernes dé la banlieue ; et, bien vite convaincu de l'impossibilité d'un appel aux armes, il résolut de retourner à Londres. La veille de son départ il rencontra, par hasard, un démocrate qui l'engagea fortement à venir le lendemain, à onze heures, chez lui où il le mettrait en rapport avec un groupe d'anciens montagnards. M. Boichot se rendit sans défiance à l'invitation et, après la séance, deux amis dévoués vinrent le chercher pour le conduire à Plaisance, où l'attendaient, disaient-ils, un grand nombre de citoyens affiliés à la Commune révolutionnaire. L'idée lui vint en passant devant la maison d'un
peintre, son vieil ami, de profiter de Toccasion pour lui serrer l^ main ; la frayeur de sop hôte le força d'abréger sa visite. Des ouvriers en blouse l'abordèrent dans la rue: Vous êtes découvert et nous sommes chargés de vous cacher. — Il les suit non sans méfiance, mais comment s'échapper? peu^ des prétendus ouvriers dirigent chacun un pistplet sur sa poitrine^ pendant que les autres se prépipitentsuf lui, Tenlraînent et le jettent dans un fiacre. J^Q préfet de police Piétri suivait le fiî^cre d^uis sa voiture et semblait donner des ordres sur son passage. Le pri^oupier? amené d'abord à la préfecture, fut écroué vers (juatre l^eures à Mazas (1).
M. Boichot avait été condapotné par défaut à la déportation, po^r tentative dei renverspipent (}e la. République et dp la Constitution à la suite des événement du 13 juin. I^e tenips légal ppi)r purger sa pontuniace n'étant pas encore expir^, il aurait dû être tradyit de noi^veau devan); la haute pour. Les violateurs de )a Coqstitution n'osèrent pas poursuivre devant leui*s tribunaux un citoyen sops l'accusation d'un crirpe dont eux-mêmes s'étaieqt rerjdus coupables le 2 décenibre 1851, ils se bornèrent à le traduire en police correctionnelle.
Le représentant Boichot n'était pas seul prévenu dans cette affaire.
Marie- Antoinette Vanderwale, femme Coing^, cinquante-trois ans, rentière, et Félix-Edouard Poirier, vingt et un ans, mécanicien, comparurent le 24 août IS^/i devant le tribunal de police correctionnelle présidé par M. d'Herbelot. Les autres accusés, Félix Pyat, Rougée,
(1) Souvwirt d*un fnrii&nnier d'Étal $ùus le Mcotid Empire^ par A. BaicfaoC. ptmif^f p. Mifqu9f(U, 1869.
8£C0MDE AFFAIRE DE l^ POWlftJNE RÉVOLUTIONNAIRS. $|
VaUière, Colfj^vru, ^a^piof^ et Qi^ncbj étaienl absents.
Lft prévention roprocbe ^ toqs les apçqsés d'avoir fait partie de la société secréît§ çQi|ni|e sous le noifl de Commune répolu^qimaire,^ et à marier Antoinette Yandjerwalei, femme Çoin^t, ftîRsiî f|i|'4 Poirier, (J'^vojr commis le délit dç distribiitipp d'imprimés §an$^ autorisation, ^n dis- Iribuant trois broièures intitulées : Tune, lettre à fqr-jfiée; l'autre, li'Empir^y Iq farfiine p( fq ffqnte^ Ijt Irpi- §ièiïïe, lotira à la hiirgfoMef bfoçbHres qwi auraient été écrits et <mi !epr .4i)r$^ignt été envoyées par les autres pFéYfiOBS, et (J'avQirw |fi§ yefjdftnt q(i di^tribuaqt commis les délits d'attaque contre la constitution ; (l'excitation à la b^ine et m W^pris d» g^oyYprqement ; de provocation à de^ militaires pour les iJétoijrner dcj leurs devpirs; 4'attaqoe oqotre Ig^ lois; (}'Ç?^cît^tiPP au piépris et à I^ hftine Ses citoyens leg qn^ poqtre le§ çytres j d'oytrages |t la religion ; d'offenses à l'Empereur ; de provocation à la gBPrre pivile ; do prpVQfiatioq à rass^jnat non suivie d'effçt; 4e proyofiatipn ^VftttÇPlat contre 1^ vie de l'Epapereqrnoq suiyie dWPtj et epfifi d§ prûVQcatJoi) à détruire la forme du gouvernement actuel.
Les autres prévenus qui ont écrit et envoyé les broehures scmt eoDsiilérii oamme ûonplicea de ees délits par l0 mipistère public,
Les gapdes de Paris amènent Peiner «t madame Coingt. Poîri4» a u»e figure d'enfimt qui m manque ni d'intelli- ^epce i)i de régularité. Madame Coingt est une femne de fiÎDquaote gag qui m parait m avoir §Qn âge, âft h^f^ brune ne manque ni de flne3se ni dedeupeur . Unie depuis longoes ana^s par d'étroits liens h Vuu d^ aiU)U^4) ^He avait, comme elle le dit elle-même, plus d'aflbction encore
que d'opinions. Sa mise était simple, sa tenue modeste et ferme. Les auditeurs se demandent où est le principal prévenu, Boichot, qui a été amené le matin au dépôt de la préfecture. Le président du tribunal, après avoir rappelé à Poirier et à madame Coingt les délits qui leur sont imputés, ajoute : « Boichot a refusé de comparattre. Un » huissier a été commis par nous à l'effet de le sommer de » se présenter à l'audience. Le procès-verbal de l'huissier » constate que Boichot a déclaré qu'il ne comparaîtrait » pas, ne reconnaissant pas le tribunal appelé aie juger, x> et qu'il protestait d'avance contre tout ce qui serait fait » à son égard. »
Conformément à ces conclusions, le tribunal déclare qu'il sera passé outre aux débats et qu'on statuera en l'absence de Boichot, à qui lecture sera ensuite faite par le greffier du procès-verbal de l'audience et du jugement.
Madame Coingt refusa de répondre à l'interrogatoire, elle s'en tint à ce qu'elle avait dit au juge d'instruction. Le président d'Herbelot se laissa aller envers elle jusqu'à la grossièreté :
« D.... (à Poirier). Qui tous avait engagé à tous mettre en rapport avec cette femme ? — il. G*est une personne séparée de son mari, pour laquelle on faisait une loterie ; je suis allé chez madame pour lui porter des billets. Elle m'a parlé des misères des exilés, et je me sois chargé de vendre des brochures dont le produit leur était destiné.
9 D. Vous vendiez la Lettre à la bourgeoisie &0 à 50 centimes? — £. Oui.
» Le président (à la dame Coingt) : Ainsi, voyez, il y a quelque chose de déplorable dans votre conduite ; voilà un malheureux enfant que vous compromettez, (pie.vous chargez de distribuer ce poison....
» La prévenue : Je n'ai rien à répondre.
D Le président : Vous n'avez pas plus de cœur que de réponse. Asseyez-vous. »
SECONDE AFFAIRE DE LA COMMUNE RÉTOLOTiONNAIKE. dâ
M. Duprez-Lassalle, substitut, rappelle qu'un jugement do 22 juillet 1853 (1) a déjà frappé les chefs et fondateurs de la Commune révolutionnaire y ainsi que plusieurs de ses affidés. « Si douze voleurs de profession étaient choisis
> dans les bagnes pour produire un plan de société poli-
> tique conforme à leurs habitudes et à leurs passions,
> ils ne trouveraient certainement pas mieux que le pro-
> gramme de la Commune révolutionnaire. » Telle était alors la violence du langage de la magistrature : aOn dira que le tribunal n a devant lui qu'une femme et un enfant, qu'il peut se montrer miséricordieux, mais la clémence De doit intervenir que quand la justice a frappé. »
Le tribunal rend un jugement qui déclare les prévenus coupables des délits qui leur sont imputés, et condamne : Boicbot, Félix Pyat, Rongée, Vallière, Colfavru, Alavoine et Bianchi, à cinq ans de prison, 10 000 francs d'amende et dix ans d'interdiction des droits civiques; Marie-* Antoinette Yanderwale, femme Coingt, à deux ans de prison, 500 francs d'amende; Poirier à un an de prison, 500 francs d'amende et cinq ans d'interdiction.
Les mesures de précaution pour la vie de l'Empereur étaient poussées à un tel point de sévérité dans ce temps-là, que M. Pagnerre, ancien secrétaire du gouvernement provisoire et de la commission executive au sein de laquelle il avait voix déUbérative, homme honorable et des plus modérés, quoique ferme dans ses opinions républicaines, fut obligé de quitter Dieppe par ordre de la police pendant le séjour de Napoléon.
Ces précautions furent cependant mises en défaut.
(1) Yoy. plus baat, p. 60*
u L'ktaptkl
Le 29 avril 485â, V Empereur remontait à feheval Ife côté droit de TaVenue des Champs-Elysées, entre ses deux aides àe camp Ney et Valabrègue, vers ciùq heures et dehiie du soir ; il arrivait à là hauteur des terraihs Beaiijon au coin de k t^ue Bakac, lorsqu'un hbtnmè, t}ui statioiittait depuis un thoment deVatit le Château des âeurs, è'b^ proche d'Uti kir très-hatUi'ël et décharge sdti pi^toHH tar lui sans r&tteîndPè. tîû à^nt de k brigade corse servant de garde perfeoiltiëlle à Napoléon lîl s'élàncie le poignard a liBi main islir Tiilconnu et le blesisé âU mohient oà il va ÛHt Une sëCdilde ML L^a^^assiti est conduit à la barrière de rEtbilé; bii trbUvë Sur lui iltt reVdlver ëi des |)àplei*s constàtatli ton origlbë f omàiné et sofa fabm de Liverani. t\ pbHait eh dessoiis Uh second habillëtnent destihé à faciliter sa fuite i une jeuhë fetnnie avait été TUé silr lé lrdttbi^ opposé à celui où se commettait le critfie, teilàhl la fiaàin isur la portière d un fiacre ])rète à rotiVrir à ijueliiU^Un qtl'elle attendait avec ilnpatienCe.
Lé ttiinistre de ta justibe ÀbbtitUbci bt lô ptéîé. de police Piélri sbllhiltehl Llvferàni à Un prbttliet interrogatoire. Le mfeuftribf fépbhdit que rtfuj^ié à Londres après là chute de la République Wtaàîne, il aVait rôsblu de là tefiger par la tnot^t de soti desthieteilf : Lbs renfebignementà atriVés dltalie apprirent bientôt Kil magiâW ihstrbctfeuf de Vatfàlt^e que Liveràfti étâil uîi iaui tlônl inscrit M hh pâfese-t)ort sàrdb, et que Tassassid s'appelait PiaHbH, natif db Pâfebia, bortobnle? db sort état, ancien volontaire de Garibaldi, et ftgô de VihgthUit ans. Lés îoforinàtions du chargé d'affaires de France constataient que Pianori était marié, père de deux enfants, et réfugié à Genève, « d'otl il rbvbUàit souvent
PUNOBt EST ABANDONNÉ PAtl SON AVOCAT. 95
dans son pays pour y commettre dé nouveaux crimes. » D'aiitrês renseignements ématiés de la police romaine le donnaient comme condamné à douze ans de bagne comme assassin et comme liibendiaire.
Les journaux officieux s'empressèrent de faii'e retoinbei^ sur le parti républicain lii respbhisabilité du crinje de Piahori. Ce crime, aies en croire, était attendu d^avttncé par les rëVolutîbntiaireS, ir^ui siir divers poihts du territoire, à Toulouse notatnment, avaient déjà mis les sociétés secrètes sur pied. M. Turgot, ambassadeur de F^raiicfe erl Esjpagne, avait écrit, dit-on, dé Madrid à rimpéralHce qu'il se ti-ainail quelque chose éoritte TËmpereur ; lé Pape avait été prévenu de Tattertlàt par une lettit àbonytne.
Les débats du procès s'ouvrirent le 1" avril et firent cesser tous ces bruits. M. Behoît-Champy, membre du conseil de Tordre, dèsigiié pour présenter d'office là défense de ttanori, avait figliré sous Louis-Philippe dans les raiigsdu parti républicain; âini de.LdinerinaiSy ttiinistiré de la république française en iToscanë , il inontrà dans ce poste une Irès-vive syiiipàthie polir la causé italienne. Le choix d'Un tel délTenseUr répobdait à la siliialion particulière de TâccUsé. tout le niotide avant l'audience s'attendait à une plaidoirie chaleureuse dànâ laquelle l'avocat chercherait, siiioh à excuser, dii ihbins k expliquer le crime de l'accusé par l'excès d'un patriotisme mal compris ; Pianori lui-même invoquait ce sentiment. Quel ne fut pas l'étonnement des membres du barreau et des spectateurs présents aux débats en écoutant le défenseur, qui, oubliant son rôle, vint en aide à l'accusation, et transforma sa plaidoirie en réquisitoire conlfé son client! Le scandale fut grand. Le prétendu défenseur
de Pianori, exclu du conseil de l'ordre des avocats à Tépoque de son renouvellement par l'élection, reçut en revanche du gouvernement la croix d'oflQcier de la Légion d'honneur et le fauteuil de président du tribunal de première instance de la Seine.
Pianori, dans un patois barroque, composé de mots français et italiens, protesta contre les crimes qu'on voulait faire peser sur sa mémoire, et déclara qu'il mourait pour la liberté de son pays. Il fut condamné à la peine des parricides.
Le condamné, resté à la Conciergerie contrairement à Tusage, subit dans cette prison des interrc^toires fréquents. La justice espérait de lui des aveux sur ses complices, mais il ne cessa de protester qu'il avait seul conçu l'idée de son crime. Il fallait en finir. Le là mai, à dix heures du soir, une voiture cellulaire, escortée par des gardes à cheval, franchit la grille de la prison de la Roquette : Pianori en descendit pour être conduit dans la cellule des condamnés à mort. L'échafaud se dressait presque en même temps devant la prison.
Le parquet comptait que l'approche de l'exécution ferait fléchir le condamné. Un des substituts du procureur général fut introduit à trois heures du matin dans la cellule où Pianori dormait, sous la sunreillance d'un gardien de la prison, d'un soldat de la ligne et de deux agents de police : le gardien réveilla; il apprit qu'il ne lui restait plus qu'une heure et demie à vivre. — « C'est bon, dit-il, je suis prêt ; que l'on fasse de moi ce que l'on voudra. » Il se lève et met ses vêtements. Le substitut l'adjure une dernière fois, mais en vain, de décharger sa conscience, et de nommer les instigateurs de son crime. Le gardien
EXÉCUTION DE PIANORI. 97
l'atertit de la visite de TaumÔDier de la prison : il fait UD mouTement de tète en ajoutant : a C'est inutile, je prierai bien tout seul. » Cédant enfin aux exhortations, il cause pendant quelques instants avec le prêtre avant d'entrer au greffe, où se fait la toilette des condamnés. L'aumônier lui demande s'il veut prendre quelques aliments ; il répond : « Je n'ai besoin de rien. x>
L'exécuteur alors s'empare du condamné , coupe ses cheveux, et lui fait revêtir une espèce de blouse blanche; il se dispose à jeter sur sa léte le voile noir du parricide : «Je ne veux pas cela, s'écrie Pianori, j'irai bien sans cela, je n'en veux pas. » — C'est la loi, dit l'exécuteur. Pianori se tait ; le voile est attaché ; on lui retire ses chaussures.
Cinq heures du matin sonnent au moment où les portes de la prison s'ouvrent ; le condamné, pieds nus, voilé, parait entre deux aides de l'exécuteur. Le pied sur la première marche de l'échafaud, il crie d'une voix forte : «Vive la République! » — L'exécuteur veut le faire taire; Pianori, debout sur la plate-forme, répète : a Vive la RépubUque 1 » Un huissier audiencier lit l'arrêt de condamnation. Pianori essaye de parler, mais Texécuteur serrant le voile sous son menton paralyse sa voix. La lecture de l'arrêt terminée et le voile noir enlevé, Pianori cherche encore à s'adresser au peuple: les aides de l'exécuteur le jettent sur la bascule. Le couteau tombe. Quelques minutes après, une voiture recouverte conduite en poste emporte les restes du supplicié, et les témoins de Texécution, au nombre d'un millier tout au plus, car la police, gardait les avenues du lieu du supplice, se retirent en silence. Il était six heures du matin.
TàXILB DKLOilD* 11.-7
Le Mmiteur annonça Texéoution de Pianari en quatre lignes. Les autres journaux reçurent du ministère de Vintérieur Vinjonction de se borner à la reproduction de la note ofBoielle.
Pianori est- il le premier individu qui ait tenté isolément d'assassiner Napoléon HI? II est plus facile de poser cette question que de la résoudre. La justice ordinaire dans ce temp»*là n'était pas appelée à punir tous les crimes, la police s'en chargeait parfois elle-môme. L'événement suivant va le prouver ;
d Près d'un aa après le 3 déeembre, on put lire dans les journaux te fait divers communiqué par la préfecture de police : « Dans un eabarei de MonUrouge, une lutte teriîble s'est engagée entre des forçats en rupture de ban et des agents du service de sûreté qui ont dû faire usage de leurs armes. Force est restée à la loi. »
» Les agents avaient dit aux nombreux ouvriers attirés par le bruit, qu'ils arrêtaient trois forçats qui avaient, la nuit précédente, assassiné une femme.
» Les trois hommes arrêtés ^ main arn)ée n'étaient point des faroits libérés ^ mais deux Italiens et un Français dénoncés à la police comme arrivant de Londres. On avait donné l'ordre de s'emparer d'eux, coûte que coûte. Le Français s'appelait Frédéric Kclsch, et il était lieutenant d'infanterie, démissionnaire.
» Ils déjeunaient chez un marchand de rin de Montrouge, dans Tarrière-boutique, séparée de la pièce principale par une cloison vitrée. Les agents de police cernèrent la maison, puis les plus hardis entrèrent le pistolet au poing.
» Que se passa-t-il alors? Kelsch^ lorsqu'il fut ensuite transporté à THôtel-Dieu, affirmait que les agents de police avaient fait feu au moment même où ils ouvraient la porte, avant que ses compagnons et lui eussent le temps de se lever.
1 Ce qui est certain, c'est que Kelsch et l'un des Italiens, blessés, couverts de sang, se jetèrent tète baissée sur la meute assaillante et se firent jour ! Ils passèrent à «travers vingt hommes et purent se croire sauvés I Nais l'Italien, à bout de forces, s'abattit vingt pas plus loin, et Kelsch, que l'on suivait à la trace de son sang, fut arrêté uae heure après chez un de ses frères.
» Les deux Italiens s'appelaient, l'un Rassini, l'autre Galli.
» Il n'y eut pas, cette fois, de procès,
> Les deux Italiens et Kelsch, à peine guéris, forent administrativement embarqués pour Gayenne.
AFFAIl^E KBL6CH. 09
» Lè-^aa, Kelteb obtînt, peu do temfw après son arrivée, d'être mis en liberté. Il est mort Tan dernier en Chine, où il seiTait en qualité d'officier instructeur. Ra^sini et Galli ne sont pas sortis de Cayenne (1). >
Cet épisode, raconté différemment, figure également daos les Mémoires (2) écrits par un agent de la police secrète de TEmpire. Voici le récit de cet homme qui se vante d'avoir été le principal acteur de ce drame sanglant :
c M. Walewskl, étant ambassadeur à Londres, adressa une dépêche télégraphique chiffrée à Napoléon, lui apprenant qu'un certain Kelsch, évadé de Lambessa et à la solde de Mazzini, venait à Paris pour y assassiner l'Empereur. Sa Majesté Impériale fit appeler immédiatement le préfet de police, lui donna connaissance de la dépêche et hû demanda un agent intelligent, dévoué et énergique. Bien que je fusse tout nouveau dans le métier, H. Piétri me désigna au chef de l'État qui lui répondit :
» — Amenez-le-moi ce soir à l'Opéra! Je vous ferai appeler dans un entr'acte....
1 En sortant des Tuileries, M. le préfet me fit appeler et me communiqua les ordres de TEmpereur. Je poussai un cri de joie, puis un éblouissement^ pareil à ceu^ que j'ai eus toutes les fois que j'ai été sur le terrain et qu'u y a du sang, me prit.... M. Piétri me dit :
» —Qu'as- tu?
» — Rien. . . à présent. . . . Mais dans celte affaire il y aura du sang. . . .
V Le soir, à la fin du premier acte, nous fûmes introduits, M. Piétri et moi, dans la loge impériale. En passant derrière l'Impératrice, qui occupait le devant de la loge avec madame de Bassano, Sa Majesté demanda :
> — Qui est ce monsieur qui entre avec le préfet f
1 — C'est un Corse, répondit M. le maréchal Vaillant qui était sur le derrière avec le général d'Espinasse.
» — Alors il doit avoir un stylet ! — et un éclat de rire succéda à ce mot : de stylet-corse..
> Sa Majesté Impériale, le préfet et moi nous nous retirâmes sur le derrière de la loge, sur la terrasse qui fait l'angle de la rue Rossini et de la rue Lepelletier. Là, Napoléon s'assit en nous ordonnant d'en faire autant, il me parla en ces termes :
> — Griscelli, je suis enchanté que vous soyez Corse. Tous les hommes de cette lie ont été, de tout temps, dévoués à ma famille.... M. Piétri, qui vous porte beaucoup d'intérêt, m'a dit que vous joignez au dévouement l'intelligence et Ténergic. Vous aurez besoin de tout
(1) U Dtahk à gwiire, par A. Rane*
(9) Mémoim d» Grllc«Ul. BraielUi» 1808.
m L*EllPlftÉ.
cela dans le senrice que nous allons tous confier, car il 8*agit d^un certain Kelsch qui anÎTe de Londres avec des intentions criminelles et pour lequel il faut une surveillance extraordinaire de tous les instants, afin de savoir si ce qu'on me signale est vrai. Maintenant il faut le trouver et ne pas le perdre de vue. Dès que vous l'aurez trouvé, il faudra me le montrer et attendre mes ordres.. ..
> J*avais écouté sans dire un mot. C'était la première fois que le berger corse, qui n'avait jamais vu que ses maquis, se trouvait en présence d'une tête couronnée. Dès que je vis que Sa Majesté Impériale avait fmi, je répondis :
) — Sire, il me sera très-facile de le trouver si M. le préfet veut me confier le dossier de cet homme ; je saurais où il demeurait, son signalement, son âge et les personnes qu'il fréquentait.
) — Très-bien, dit M. Piétri, je n'avais pas pensé à cela.
:» — Vous le montrer. Sire, je ne puis le promettre.
> — Et pourquoi? dit l'Empereur.
> — Parce que si Kelsch s'approche de Sa Majesté Impériale avant que j'aie le temps de le lui montrer, je le poignarde.
» liC préfet de police se mit à rire et Napoléon dit : » — Diable, comme vous y allez !
> Puis, se tournant vers Piétri, il lui ordonna de me donner 1000 francs et de mettre à ma disposition, pour ce service, tout ce dont j'aurais besoin.
) — Je préviendrai également Fleury pour qu'il mette à votre disposition les chevaux et les voitures qui vous seront nécessaires. Demain je sortirai du château à deux heures pour aller au bois de Boulogne. Je serai à cheval.
» Ainsi se termina celte première entrevue que j'eus avec Napoléon in que je devais voir de si près tant de fois. Je pensais à mon vieil oncle s'il avait pu me voir de sa cabane parlant à Napoléon, à l'Opéra^ au milieu de tout ce que la France a de plus illustre dans les sciences et dans les arts !
» A la sortie du théâtre, nous accompagnâmes Leurs Majestés Impériales aux Tuileries, puis nous allâmes à la préfecture de police y prendre 1000 francs et voir le dossier de Kelsch, que Balestrino, chef de la police municipale, nous donna. M. Piétri lui fit croire que Sa Majesté Impériale voulait le gracier.
» — Le gracier I répondit Balestrino, mais c'est l'homme le plus dangereux que je connaisse. Le jour qu'on l'a arrêté sur la barricade de la porte Saint-Martin, quatorze agents ont eu toutes les peines du monde pour le conduire au poste. Il a fallu l'attacher. C'est un hercule redoutable...
> En parcourant son dossier, je vis: 5 pieds 7 pouces, stature herculéenne, homme dangereux, demeurant chez son frère, rue du Transit; à Vaugirard. Il va très-souvent chez Desmaret, même rue, restaurant où il fait la cour à la fille de l'aubergiste. Muni de ces renseignements et de mes 1000 francs, je rentrai chez moi pour me coucher tout habillé sur mon lit. U était trois heures et je voulais aller de bonne heure rue
AFFAIRE ULSCH. lOi
do Transit, espérant y voir Kelsch on y trouver quelques renseigiie« méats.
1 A six heures, bien que nous fussions au mois de décembre, j*étais placé en face de la maison de son frère. Une heure après, une jeune fille descendit, appela un commissionnaire, lui donna une lettre en lui recommandant de ne la remettre qu'à lui-même. Cette recommandation de k jeune fille me parut digne d*ètre notée. Je suivis donc le porteur de la missive qui traversa Paris et ne s'arrêta qu'à Ménilmontant. Il sonna dans une maison bourgeoise. Un homme, Kelsch lui-même, descendit, prit la lettre et dit au porteur :
» — Jevous remercie. Je vaisy aller de suite. Je serai arrivé avant vous.
> Sa vue, sa voix, ne me firent aucune impression ; mais si je n'eus pas d'éblonissement, je remarquai, en revanche, comme de mauvais augure, qne nous étions un vendredi. . . . Gomme il l'avait annoncé à l'homme qui fan avait porté la lettre, un instant après il descendit, prit la rue Ménilmontant jusqu'au boulevard du Temple, où il prit une voiture et se fit conduire chez son frère, en descendant les boulevards jusqu'à la Madeleine, la place de la Concorde, boulevard des Invalides, rue de Yaugirard, etc. Aussitôt que sa voiture arriva à la porte, toute la famille descendit précipitamment, lui sauta au cou et le fit entrer dans la maison, en renvoyant la voiture.
• Deux heures environ après, il sortit accompagné de son frère et ils se rendirent rue du Transit, n' 13, chez Desmaret, restaurateur. Là, également on le fêta. La demoiselle surtout ne le quittait pas et prit le café atec les deux frères, pendant que dans un cabinet attenant à la salle je mangeais une côtelette que je payai d'avance.
• Dès qu'ils eurent pris le café, ils sortirent pour se rendre aux Champs-Elysées chez Crémieux, loueur de chevaux. Là les deux frères se quittèrent, et je saisis au vol les paroles de Kelsch :
» — La pofflSe de Napoléon est trop .bête pour me trouver; eUe me croit endormi à Londres. 11 est inutQe que je couche chez Girard, je neadrai coucher à la maison. Ne crains rien, à ce soir!
i Pauvre Kelsch, il ne savait pas que ses paroles seraient recueillies jiBtement par un agent de police de Napoléon, chargé de ne pas le perdre de vue, et qu'avant peu il aurait le désagrément de se trouver face à fooe avec lui. Quoique je ne veuille pas anticiper sur les événements, j'annoncerai à mes lecteurs qu'en entrant chez Desmaret j'eus un ébkmissement si fort que je faillis me trouver mal. Était-ce un pressentiment du drame qui devait s'y jouer quelques jours après, ou bien qu'était-ce?
» En voyant sortir Kelsch à cheval de chez Crémieux et se diriger vers les Tuileries, je courus rue Montaigne (aux écuries impériales), fis seller un cheval et me rendis place de la Concorde, oi^, à mon contentement, je retrouvai l'assassin chevauchant en cavalier accompli sur un cheval pur sang.
1 A deux heures précises, Sa Majesté Impériale, le colonel Fleury et le capitaine Merle arrivaient sur la place, en venant par la rue de Rivoli. Kelsch, qui se trouvait alors vers le pont Royal, accourut au galop
i03 L1IIP1M.
ai^eraat de Napoléon. J*étais déjà derrière lui, la tète de mon cheTal touchait la croupe du sien quand l'Empereur passa près de nous. Pe la main gauche je tenais les rénei de mon cheval, la main droite était sur le manche de mon poignard.
> Kelsch ne fit aucun mouvement ; «a mort ne devait paa arriver niii Champs-Elysées...
> Aussitôt que Sa Majesté Impériale fut passée, elle prit le galop de chasse jusqu'à TArc de triomphe, Plus de trente cavaliers suivirent avec Kelsch et moi jusqu'au lac; là, Napoléon, voulant se débarrasser de Ia foule qui Tentourait, prit de nouveau le galop jusqu'à la porte Maillot. Puis nous descendîmes au pas jusqu'au pont de Neuilly et Ton rentra au Tuileries parle parc Monceau et le faubourg Saint-Honoré. Kelscb nous quitta rue de la Paix... Je ne répéterai pas tous les incidents que cette surveillance occasionna pendant quinie jours et quinse nuits, ce aérait allonger ce chapitre déjà trop long. Mais je tiens à ce qu'on sache qua Kelsch fut constamment gardé à vue : j'ai mangé à la même table, pris bien souvent le café dans le môme cabinet ; à cheval, en voiture ou à pied nous n'avons jamais cessé do nous voir, et jamaia la séide, tant il était aveuglé de l'idée de son assassinat, ne s*est aperça qu'il était surveillé. Toutes les lettres qu'il recevait de Londres et celles qu'il écrivait étaient décachetées, lues et envoyées ensuite à leurs adreases.
» Sa Majesté Impériale, qui m'avait appelé plusieurs fois pendant ce temps, me fit mander le i&, au matin, dans son cabinet. Pendant que j'y étais, M. Piétri y arriva pour donner connaissance d'une lettre que Kelsch écrivait à Maszini pour lui annoncer que l'Empereur serait asaaasine dans deux jours. Malgré les prières du préfet de police qui voulait faire arrêter Kelsch immédiatement, Napoléon refusa, m'ordonnent aeulement de changer de cheval pour la sortie à deux heures qui aurait lien comme à l'ordinaire vers le bois de Boulogne,
» A Vheure indiquée, pendant que Kelsch i en caJ|hatte, bottes à l'écuyère, jaquette verte, sous laquelle il perçait quelque chose, faisait caracoler son cheval, Sa Majesté Impériale et M . Fleury arrivaient sur la place de la Concorde. En les voyant, Kelsch se porta au triple galop vers eox, qui, voyant cela, prirent l'avenue de l'Étoile à fonds de train. J'eus le temps de dire aux jiM^keys de serrer de près Sa Majesté Inapériale et de ne laisser passer personne devant eux. En arrivant au bois de Boulogne, commença un steeple-chase furibond. Murs, ruisseaux, allées, lacs furent tournés et franchis au triple galon. Les promeneurs qui nous voyaient passer, disaient que le chef de l'État était ou fou ou ivre....
u Hélas I il n'était ni l'un ni l'autre... mais il avait peur pour aa vie. Après trois heures d'une course effrénée, nous passions la porte Maillet pour rentrer aux Tuileries. En passant par l'avenue de l'Étoile noa chevaux étaient blancs d'écume. En remontant l'avenue, celui de Kels<^ refusa de marcher, malgré les éperons et la cravache de son cavalier. La vue de ce cheval qui refusait d'avancer, m'inspira une idée irréfléchie et audacieuse. Jrpiquai des deux pour dépasser Sa Migesté Impériale* Gn passant à cô(é d'^Ue» je saluai en criant :
AFFAIU UUGBU i«t
» — y m h jMlb 1m Napoléon I l'aMaMia eit yaincnl
> Sa Majesté Impériale se retourna, et voyant que le séide payé était reaté au bas de la edte, m'ordontia de la snitte au éhàteaU. Rti re1lt^anl dans son cabinet^ Napoléon, baigné de sueur, ouvrit un tiroir et me donna 5000 francs en me disant :
B -^ AUea TOoi reposer) on aura besoin de nms^ et eiiTo^ez^uai Piétri.
» Une beure après, ce dernier Tenait m'évelller hie dôs MôUlitls, pouf m'ordooier de venir à son cabinet à mintih*
1 Minuit sonnait quand je me présentai à la préfecture, où je fus étonné de trouver quarante agents de sûreté qoe le chef de la police voulail m'imposet pour arrètor Melsi^b. Après Une vive disoussiott devant k préfet, je consentis à en prendre trois avec moi, et môme je dis que si ïon voulait Kels<ih mort. Je n'avais besoin de persottne.
> Hébert, Lelotirueur et moi, nous sortîmes du cabinet avec mandai d'arrêter Tassassin, mort ou vif. A six heures précises, encore un vendredi, nous arrivions chei DesmAret, oû notre hottune venait tous lee jours prendre Tabsinthe ; nous y commandâmes un dîner pour six personnes. A huit heures arrivait un certain Morelli, qui venait de Londres pour assister à la curée de l'Emperetir ; 11 demanda à Uesmaret où éuill Kelsch. Ou lui répondit qu'il arriverait à neuf heures. A l'heure dite, Kelsch arriva. Pendant qu*il prenait son verre, j*ordohiiai h Letoumeur ♦ d'arrdter Morelli \ Hébert et moi nous empoignâmes Kelsch qui, cjuoique nous fussions à deux, nous échappa à travers la salle à manger, ie salon, les chambres et, sautant par une febélre, tomba en dedans du mur d'enceinte au fond duquel se trouvait une porto i Si cette porte eût été ouverte, l'assassin était sauvé, la surveillance de quinze jours était perdue. Mais nous étions un vendredi, la maison Desmarot portail le n"* 19, j'avais eu deux éblouissemenls : il devait y avoir du sang, et il y en eut. Ne pouvant pas se sauver par la porte et sentant que son crime était découvert, Kelsch, en homme do cœur, voulut vendre chèrement sa vie. H s'arrêta, arma un pistolet. Je fis comme lui : nous étions à trente pas Tun de Fautre ; les deux coups ne firent qu'une détonation. Il tomba baigné dans son sang : --^ ma balle lui était entrée entre le nes^ le front et l'œil droit et lui était sortie derrière l'oreille gauche. La sienne m'avait sifQé à ToretUe. Son complice MorelH accourut au coup de pistolet. Pendant qu'il sautait dans le mur d'enceinte» Je lui cassai l'épaule avee mon autre pistolet.
» A dix heures, les deux mandatsdres de la révolution étaient dans la cour de la préfecture. M. Piétri me sauta au cou et courut annoncer la nouvelle aux Tuileries et aux ministres qui, à cause de la première tentative, attendaient tous avec impatience la nouvelle de cette importante arrestation. »
Ces pages, grossièrement écrites, pleines de détails el de particularités dont T invraisemblance saute aux yeux, ne
lOft L*KMPIRB.
mériteraient pas d'être reproduites par l'histoire, si elle n'était obligée de recourir à tous les moyens pour jeter quelques lueurs sur une époque enveloppée de ténèbres que le temps lui-même ne parviendra peut-être pas à dissiper complètement.
Pianori trouva bientôt un imitateur. L'Empereur devait assister à la représentation de clôture de la troupe italienne au théâtre Ventadour. La loge impériale a une entrée réservée donnant sur la rue MarsoUier. Le bâtiment des décors, fermé le soir, s'élève en face de la grille ; la rue est assez déserte ; un homme posté sous le bec de gaz du trottoir et dissimulé dans l'ombre attendait là depuis l'ouverture des bureaux. Cet homme , s'avança au roulement de la première voiture de la cour qui débouchait dans la rue, et tira un coup de pistolet sur la glace de la berline occupée par trois dames d'honneur de l'Impératrice et par un chambellan de l'Empereur; une des dames fut égratignée par les éclats du verre. Les sergents de ville accoururent et s'emparèrent de l'assassin qui tenait encore à la main l'arme dont il venait de se servir, un pistolet dit coup de poing. Cet homme était un cordonnier nommé Bellemarre, %é d'une vingtaine d'années, enfermé pendant quelque temps ' comme aliéné à Bicêtre, d'où il n'était pas sorti dans un état de guérison complète. La police profita de cette circonstance pour faire de nouvelles arrestations dans le parti républicain qu'elle essayait de rendre complice de l'acte d'un fou.
M. Arthur Ranc, qui figurait dans le complot de l'Hippodrome, fut arrêté l'un des premiers. Il a raconté luimême les suites de son arrestation :
AFFAIRE BBLLEMAHRE. 105
« Cela se pas^it à neuf heures; à minuit j'étais arrêté; à la même heure on arrêtait un ouvrier cordonnier, Pascal Lange, qui, lui aussi, avait connu Bellemarre à Sainte-Pélagie. Lange fîit interrogé une fois par M. le juge d'instruction Brault, puis il n'entendit plus parler de rien; moi je ne fus pas interrogé du tout. J*étais du reste fort tranquille, n'ayant absolument rien fait qui pût me compromettre, et certain que Bellemarre était incapable de porter contre moi une accusation fausse. En effet, plus tard, lorsque j'allai en Afrique, un de mes gendarmes me montra ma feuille signalétique, et j'y vis qu'on me reprochait seulement « d'avoir connu les projets de Bellemarre ».
> Néanmoins les jours se suivaient et se ressemblaient au dépôt de la préfecture. On ne m'interrogeait pas, mais je ne sortais pas pour cela; un jour j'appris que Bellemarre, c reconnu atteint d'aliénation mentale n, avait été conduit à Bicêtre. Donc il n'y aurait pas de procès! donc j'allais être mis en liberté !
» Ah bien oui ! Les semaines s'écoulèrent sans que rien fût modifié dans ma situation. Enfin un jour, au bout de trois mois, je fus mandé à la préfecture : je descendis et je me trouvai en face d'un commissaire de police qui me lut un arrêté de M. Billault, ministre de l'intérieur, portant en substance que, vu le rapport de M. Piétri, préfet de police, vu le décret du 8 décembre 1851, vu le jugement du tribunal correctionnel qui m'avait condamné à un an de prison pour société secrète, j'allais être transporté à Gayenne.
> Cet arrêté était fort en règle ; le décret du 5 décembre très-formel : il n'y avait rien à dire. Je me bornai donc à demander au commissaire de police quand aurait lieu le départ et si j'aurais le temps de faire quelques préparatifs. Le commissaire, fort poli du reste et presque ému, me répondit qu'il l'ignorait et de m'enquérir auprès de M. le préfet. Je m'adresse au préfet, pas de réponse. Cela sentait mauvais, et me voilà m'attendant à être enlevé le soir même, sans pouvoir embrasser ma mère, sans voir mon père qui était en ce moment absent.
> Heureusement, nous n'étions à Paris que deux politiques en partance, et Ton ne pouvait pas faire pour nous seuls les frais du transfcrement. On attendit qu'il y eût à la Roquette assez de forçats disponibles pour emplir une voiture cellulaire. Grâce à ce répit, ma famille put se mettre en campagne. Une parente de ma mère, qui connaissait quelques personnes du monde officiel, s'employa avec cette activité que savent mettre les femmes quand on en appelle à leur dévouement, et elle parvint à faire changer Cayenne en Lambessa. Je lui en Au profondément reconnaissant, surtout pour les miens, dont la douleur et les inquiétudes étaient ainsi allégées de moitié, car, pour moi, j'ai la vie dure et j'ai idée que je me serais tiré de Cayenne comme de I<ambes8a.
> Enfin, un soir, on m'emmena à la Roquette. Je trouvai au greffe Pascal Lange qui arrivait de Mazas. Lui aussi s'était attendu, pendant deux mois, tous les jours, à être mis en liberté ; lui aussi on l'avait mandé devant un commissaire de police qui lui avait lu un arrêté de transportation. Seulement sa pauvre vieille mère, sa mère infirme qu'il
!•# L'UIPIM*
«oateoait de ton travail, n'i^vail pas d§ relatioiis en haut lieu» el il &*en
allait à Gaveane 1
» A la Koquetla on nous rasa, on nous coupa les cheveuxi on nous déshabilla, et ron nous revêtit de Thabit gris, Thabit des condamnés pour vol. Le lendemain, nous partions pour Marseille et Toulon, en voiture cellulaira : trente-six heures de route, par un froid glacial, les fers aux pieds 1 Je m' arrêtai à Marseille \ Lange continua sa route jusqu'à Tou-^ Ion. On sait par le récit que M. Delescluse a publié dans le Réveii cornment les choses se passaient dans cette dernière ville. Quant à moi« eaaa vouloir insister et sans donner de détail, j'affirme — car il faut que ces choses-là soient sues — que de Marseille jusqu'au jour de mon arrivée à Lambessa, je vécus en promiscuité absolue avec quatre 6)r(*atS| oouchant sur le même lit de camp, mangeant à la même gamelle, accouplé avec Tun d'eux quand nous traversions une ville, enchaîné par les piods à la même barre sur le bateau. Je dois dire, du reste, que ces quatra malheureux étaient fort convenables, discrets et que je n'eus aucunement à m'en plaindre. Pascal Lange ne resta pas à Gayenne jusqu'à l'amnistie, il fut transféré en Algérie. Mais, hélas ! son séjour à k Guyane dura as.sei pour qu'il y ait contracté les premiers germes d'une cruelle maladie ; et maintenant, Pascal Lange, un des esprits les plus libres et les plus joyeux, tm des cœurs les plus dévoués et les plus généreux que j'aie connus, qui de Gayenne et d'Algérie trouvait le moyen d'envoyer à sa mère un peu d'argent, Lange est brisé par la souffrance : il est paralysé des membres inférieurs* 11 a trente-six ans à peitte, il a conservé toute son intelligence, toute sa volonté, et il estcoudaouié à l'inaction, àTimmobilité presque absolue.
» De Dellemarre on n'a jamais entendu parler. Est-il mort à Bicêtre, vit-il dans quelque cabanon T nul ne le sait (1)»
L'enterrement de la mère du représentant Dornès, tué en cherchant à rétablir l'ordre dans les journées de juin, fournit à la police roccasion de nouvelles captures. M. Guinard, ancien commandant de rartilierie de la garde nationale parisienne en 18/i8| fut pris à cette cérémonie ainsi que plusieurs ouvriers. M. Guinard était connu pour la loyauté de son caractère ; son arrestation produisit le même effet que celle de M. Goudchaux. Le gouvernement prétendit, pour s'excuser, que M. Guinard avait été arrêté par erreur pour payement des frais du procès de
(1) I^ettre de M. A« IVaac à la fin du Procès de V Hippodrome, par A. Permé,
LES ARRESTATlOMi RECOMMENCENT. W
Bourges. Le mois d'août 1856 fut égalemept fécond en arrestations. Les journauK citèrent parmUes prisonniers le frôre de Pii^nori et un autre Italien arrivés ensemble à Biarritz où se trouvait alors rEmpereur,
La cour d'assises de Douai jugea dans le môme mois les accusés d'un complot découvert à Perenchies, village à 10 kilomètres de Lille. La pluie ayant amené quelques dégâts sur le chemin de fer et enfoncé l'un des rails, les surveillants découvrirent, en faisant leur ronde, une botte de fer enfouie quo le dernier orage laissait à fleur de terre. Cette boitei d'après rinstruction, était une machine infernale destinée à éclater sous le convoi au prochain passage de l'Empereur sur le chemin de fer de Lille à Calais. Les deu]i^ frères Jacquin, mécaniciens, accusés d'avoir fabriqué la machine et organisé le complot, se réfugièrent en Belgique; le gouvernement belge refusa leur extradition. Huit accusés comparurent devant le jury ; la cour en condamna deux.
Une échauSburée dont Angers fut le théâtre à la (in d'août 1S55 attira l'attention du public sur une nouvelle société secrète, ia Marianne^ dont voici l'origine :
M, Alphonse Gent, représentant du peuple à la constituante, homme intelligent et énergique, avait formé en 1840 une vaste organisation politique dite du Sud-Est^ enibiussant tous les départements compris dans la région qui s'étend de la Saône aux Alpes et à la mer. Les délégués de cette association, les délégués du comité de résistance de Paris, dix représentants de la montagne, parmi lesquels figurait Michel (de Bourges), se réunirent à Mâcon en septembre 1850, le jour môme de la foire de cette ville. Les délégués du Jura, de l'Alsace, d'Orléans, de Nantes
108 L*E1IPI1IK.
et de plusieurs autres villes assistaient également à la réunion où la fésoiulion fut prise d'étendre au reste de la Franco l'association du Sud-Est. MM. Bruys et Alphonse Gent se rendirent en Suisse pour rallier l'émigration à la pensée de la nouvelle association. M. Alphonse Gent, de retour à f.yon le 23 octobre, fut arrêté le lendemain, accusé de complot, et condamné à la déportation à Nouka-ETiva. Les cercles, cafés et cabarets de la Montagne^ trèsnombreux avant le coup d'État, donnaient une idée peutêtre un peu exagérée de la puissance de la société ^qui avait pris ce nom. Elle n'en comptait pas moins de nombreux adhérents qui entrèrent dans l'organisation du Sud-Est. Les membres de cette association, après la condamnation d'Alphonse Gent, fondirent leurs cadres dans ceux de la Montagne. Des groupes nouveaux s'étendirent de ramifications en ramifications sur la France entière, et formèrent une association sous ce nom : la Marianne^ qui désignait la République.
Paris apprit avec élonnement par \q Moniteur que dans la nuit du 26 au 27 août 1855, une bande armée de cinq à six cents hommes, forçant et saccageant la caserne de gendarmerie de Trélazé, s'était jetée dans Angers par la rue du faubourg Bressigny jusqu'à la rencontre de la rue Desjardins. Cette bande, croyant surprendre la ville, avait été chargée et dispersée par les soldats, les gendarmes et les agents de police. Les insurgés étaient des ouvriers des ardoisières, de Trélazé et des Ponts-de-Cé, affiliés depuis peu à la Marianne.
Les prisonniers faits dans la bagarre furent enfermés dans le château d'Angers. Us ne savaient guère que répondre quand on leur demandait : Qu'est-ce que la Ma-
LA MARUHNfi. iW
ria/me? qu'alliez-vous faire à Angers? Quelques-uns répondaient : Nous allions pour le pain. AUibert, un des die& de Téchauffourée, aurait dit, d'après l'acte d'accusation, aux ardoisiers : «La France est en insurrection, la République démocratique et sociale est proclamée, Toici le moment de tuer et de Toler, celui qui refusera de marcher sera fusillé, r Le gouvernement prit des précautions comme s'il s'agissait de dompter une Vendée démocratique. Les armes déposées chez les armuriers furent démontées ou transportées au château . Une forte garnison occupa la ville et la forteresse féodale. La moitié des accusés se composait d' hommes faits ou vieux , presque tous ayant de bons antécédents, très-peu sachant lire ; le ministère public, lorsqu'ils comparurent devant la cour d'assises de Maine-et-Loire convoquée extraordinai rement, D'eu attribua pas moins leur conduite à des lectures dan^ gereuses.
Les bruits d'assassinat sur la personne de l'Empereur se renouvelaient sans cesse. La nouvelle courut en s^embre 1855 qu'un cent-garde avait tenté de tuer Napoléon m d'un coup de poignard ou d'un coup de pistolet. Les cent-gardes demandèrent une enquête. L'Empereur répondit que l'esprit du corps était trop connu pour qu'on le supposât capable de pareilles actions.
lie premier mois de l'année 1856 est signalé par des arrestations nombreuses dans la Charente, la Gharente- Mérieure, laDordogne et quelques autres départements. La Marianne sert de prétexte à ces mesures qui portent la terreur dans les familles et donnent lieu à mille petites persécutions locales dont les victimes n'osaient pas même se plaindre. La police française, toujours en éveil, saisit,
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dans le commencement du mois de juillet 1857, trois lettres de Mazzini : l'une à Gampanella, son ancien ooUaboratear à la Oanzetta deipopolo; l'autre à Ifassarenti ; la troisième^ un simple billet, était adressée à Tibaldi, ouvrier opticien, demeurant à Ménilmontant. Maszini reoommandait) dans ce billet à Tibaldi, définir au plut tM « l'affaire de Paris » ; il lui adressait en même temps deux homiMS d'action : Bartolotti et Grilli, capable de l'aider dans sa besogne.
Les agents de police, munis de ces renseignements, pénètrent dans le logement de Tibaldi, s'emparent de sa personne et découvrent, cbei une de ses voisines où il avait déposé divers objets, une caisse renfermant cinq poignards et vingt pistolets chargés. Les poignards parurent d'abord empoisonnés ; on reconnut bientôt qu'ib étaient enduits seulement d'une substance grasse.
Une souricière dressée devant la maison de Tibaldt amena la prompte capture de Bartolotti et de Grilli. Bartolotti fit tous les aveux que pouvait désirer Tinatruction. Il prétendit que Massarenti l'avait amené d'York à Lon« dres en lui payant son voyage ; arrivés dans cette dernière ville, ils se rendirent immédiatement chez un homme ttèê^ maigre; ib le trouvèrent en conférence avec un homme très-gras qui l'appelait Mazsini. Lorsque V homme gros partit, l'homme maigre lui dit: Bona wra, Drau^jRoiHn. Bartolotti, du reste, n'entendit rien de la conversation entre l'homme gras et l'homme maigre, car le premier partit presque au moment où il entrait. L'ancien membre du gouvernement provisoire fut donc eof^obé avec BlMiini, Massarenti, Gampanella, Tibaldi^ Bartolotti et GâHî dans une accusation de complot contre la vie de
AFFAIRM TIIALDI. 141
rinpemfir, « ledit oomplol ayant été suiti d'un acte oommis oo oommeDoé pour en préparer l'eiéontion. i»
Un neor Adolphe Gereaux, condamné pour sooiété iwrèto à quatre amiées d'emprisonnement, appelé aux débats pour eonflrmer lei aaiertioni de Bartolotti, déclara sor le ton du plua profond repentir que, cinq ans aupara* vint, Ledni Rollin l'ayant chargé de remettre 500 francs à un individu qu'il trouterait sur la place de la Madeleine^ at qui lui dirait i Je sui» Beaumont, il s'était acquitté delà commission. Cette déposition singulière servit de texte au président pour s'élever contre l'ignorance dans hqoelle vivaient les exilés au sujet des véritables dispoai*tiens d'esprit de leurs compatriotes. Le présiiient, faisant allusion aux tentatives d'assassinat auxquelles l'Empereur atait échappé, raj^la le fait suivant : « En 1853, un sieur Kelseh a été poursuivi pour un fait de même nature que celui dont il s'agit aujourd'hui. Il convint avoir reçu de Londres 500 francs, et ajouta qu'il voulait tuer TEmperour, mais que la réflexion l'avait fait renoncer à ce projet. Cet homme a déclaré ceci : « Il faut savoir ce que » c'est que l'exil ; on ne sait rien de ce qui se passe en > Fimnee. Je croyais l'Empire impossible, mais quand j'ai » vu ce qui se passait ici, j'ai changé d'idée. Il y a dans » l'exil une foule d'hommes de cœur qui changeraient » aussi d'idées s'ils connaissaient la vérité.»
Les auditeurs se demandèrent ce que c'était que ce Kabch dmit ils entendaient le nom pour la première fois. Le lecteur connaît sa terrible aventure. Si des poursuites ataient eu lieu contre lui, comme l'affirmait le président, elles étaient restées bien secrètes.
Plusieurs lettres saisies chex Tibaldi étaient écrites dans
un langage convenu que la police déchiffra tout de suite : guéiir le malade voulait dire assassiner l'Eoipereur, mon oncle désignait Mazzini, Droii-Rolline Ledru4loUin. La cour d'assises, siégeant sans jury, ayant admis ce système de traduction, Mazzini, Massarenti, Campandla, Tibaldi et Ledru-RoUin furent condamnés à la déportation ; Bertolotti et Grilli à quinze ans de réclusion. V Indépendance belge annonça, quelques jours après, que fiertolottî et Grilli, renvoyés de France, avaient reçu de l'argent pour faire leur route.
Ledru-^Rollin protesta contre sa condamnation ; il offrit de se faire juger par un jury anglais. Tibaldi, qui s'était enfermé dans un mutisme complet à Taudience, partit pour Cayenne, où il est encore (l).
Les tentatives du parti républicain soit pour renverser le gouvernement par un coup de main, soit pour ranimer les esprits par la propagande, entretenaient bien une certaine agitation à sa surface, mais cette agitation n'en atteignait pas le fond. Les républicains, retenus par l'obligation de prêter le serment constitutionnel, et découragés d'avance par les difficultés de la lutte sur le terrain légal, ne se présentaient guère aux élections pour les assemblées
(1) On lit dans le Journal (Tun transporté, par Charles I>e1escluze : « Des divers compag^nons que j'Avais rencontrés à Ttle da Diable, celui pour lequel j'avais le plus de sympathies, le seul que je visse le plus habituellement, c'était Tibaldi. La douceur de son caractère, la distinction de ses manières et la dignité de sa conduite l'avaient, autant que son iufortuoe, désigné tout spécialement à mon estime et à mon affection. Jeune encore, Tibaldi portait dans les yeux l'énergie et la douceur, et sa belle et noble figure respirait la forte et digne résignation qui se retrouve chez tous les hommes habitués au sacriûce. Sans nouvelles de sa famille, n'entendant plus parler de ses amis de France, il n'accusa jamais personne ; jamais plainte ni regret ne sortit de sa bouche. Son empressement à obliger, l'égalité *de son humeur, étaient de nature à le faire aimer partout, et, ce qui le prouve mieux que toutes les paroles, c'est qu'à l'île du Diable, où les caractères n'étaient pas empreints d'une excessive aménité» il avait beaucoup d'amis et pas tin eonemi. »