U PRESSE S013S LE POUVOIR ADMINISTRATIF
oasre, plaça les journaux sous la juridiction administrative. En dehors des avertissements, la police correctionnelle seoleàla{dace du jury était désormais chargée de réprimer les délits de presse. Une seule condamnation eneounie dans Tannée pour crime commis par la voie de la presse, deux condamnations pour délits et contraventions, entraînèrent de plein droit la suppression du journaK Le gouvernement, même après une seule condamnation pour crime ou pour i^lit, se réserva deux mois pendant lesquels il restait mattre de prononcer la suspension ou la suppression ; une simple décision ministérielle suffit d'ailleurs pour suspendre un journal pendant deux mois après deux avertissements. La suspension, à moins que !e journal ne fût supprimé par mesure de sûreté générale, devait toujours précéder la suppression ; cette dernière ne pouvait, en aucun cas, être ordonnée que par un décret spécial du chef de TÉtat inséré au Bulletin des m.
Le ministre de l'intérieur eut seul le droit de désigner tout rédacteur en chef de journal sur la présentation des propriétaires, et de le destituer. Le moindre changement dans le personnel des gérant, rédacteur en chef , administrateur et propriétaire d'un journal, ne s'opéra plus sans Tautorisation du ministre. La distribution des annonces judiciaires, enlevée aux tribunaux, devint entre les mains des préfets une véritable subvention au profit de certaines feuilles. L'augmentation du cautionnement et du timbre rendit désormais impossible la publication de feuilles pditiques à bon marché.
Le gouvernement, rassuré du côté de la presse fran- Saise, prit Clément ses précautions contre la presse
étrangère : les journaux étrangers ne circulèrent plus qu'avec son autorisation.
La dictature trouva bon de laisser un organe à cba^ cune des grandes fractions de l'opinion : les républi< cains eurent le Siècle et le Charivari; les orléanistes le Journal des Débats ; les légitimistes 1* Union et la Gasêttê de France; les fusionnistôs Y Assemblée nationale. Sous la direction de M. Emile de Girardin, la Presse put suivre une politique toute personnelle ; le Constitutionnel^ 1& Fatrie et le Pays furent admis à l'honneur de défendre le gouvernement.
La décadence du Constitutionnel^ si influent sous la ftes* tauration^ date de 1830 : le Constitutionnel était moribond en i8/i2; M. Véron, fondateur de la Rmmé de Paris et directeur de l'Opéra, Tacheta. Dans ce temps^là, pour ressusciter un journal, il sufiSsait d'avoir beaucoup d'ar^ gent et de commander un roman à l'un des trois ou quatre romanciers en vogue. M. Véron paya cent cinquante mille francs le Juif errant à M. Eugène 8ue, et ce roman remit le Constitutionnel à flot. Le Constitua tionnel se fit remarquer en 18/i8 par l'éclat de son ftdbé* sion au gouvernement provisoire, et par la vivacité de sa reconnaissance pour les combattants de février. Cet enthousiasme dura peu. M. Véron, légitimiste rallié à la monarchie de Juillet, plein d'une secrète rancune cootre ce dernier régime qui n'avait trouvé en lui que l'étofie d'un directeur de théâtre, furieux contre la République qui se passait de ses conseils, se jeta dans le bonapartisme' Si la France, comme le prétendait M. Yéron^ ne pouvait trouver la fortune et la prospérité que sous un Bonaparte, il n'en était pas de même du ConstitutionneL Ce journali
M. DE MORNY GÉRANT Ot CONSTITUTIONNEL 175
dé» le lendemain du coup d*Êtat, vit non^seutenicnt partir peu à peu ses abonnés, mais encore il apprit par deux avertissements reçus coup sur côup que le despotisme permet encore moins la discussion à ses amis qu'à ses ennemis î M. Véron essaya inutilement d'une forte réduction du prix de Tabonnement. Que faire? emprunter ou revenir à^Tancien prix? Question d'autant plus grave que le Pays joignait sa concurrence à celle que le Moniteur faisait dès iors aux journaux officieux. Le Pat/s se trouvait entre les mains d'un financier, M» Mirés. M. Véron lui proposa de l'acheter. M. Mirèà répondit : « Je ne vends pas mon journal, mais si vous voulez j'achète le vôtre. »
Cette proposition ne sonna point mal aux oreilles de M. Véron, mais la propriété du Constitutionnet se divisait en deux parts : commandite et gérance. M. de Morny ayant acheté moyennant la somme de cent mille francs la moitié des droits de M. Véron comme gérant, il fallait son consentement pour vendre le ConstiMionnet. M. Mirés courut chez M. de Morny, et ne le quitta qu'après avoir échangé contre la somme de cinq cent mille francs sa moitié de gérance.
Un bénéfice de 400 000 francs pouvait à la rigueur suffire à M. de Morny; mais le docteur Véron, gérant et de plus rédacteur du Constitutionnel^ se payait richement ses articles; il n'avait pas de traitement fixe, mais il touchait 1000 francs par mois dont il ne rendait compte à personne. Il entendait bien être indemnisé de tout cela. « Soit^ lui dit M. Mirés, vous aurez 180 000 francs de plus que M* de Morny, et si, rendu aux loisirs de la vie privée, vous éprouvez le besoin dé faire valoir votre argent, je vous apporterai des affaires à choisir.» M. Mirés qui ne
lésinait sur rien offrit en outre àOOO francs par action du ConstiUUionnel ; un acheteur ordinaire n'en aurait pas donné 1000 francs, le marché ne pouvait manquer de se conclure.
L'intervention des hommes de Qnance et d'industrie dans le journalisme n'était pas nouvelle en France. M. Âguado, sous Louis-Philippe, avait été propriétaire du Messager et du Journal du commerce^ mais cette intervention cherchait àse dissimuler; laventedu Constitutionnelh mit à nu. Un journal payé un tiers de plus que sa valeur, une place de gérant estimée à près de douze cent mille francs et ne rapportant que mille francs par mois, il y avait là de quoi donner à penser au public sur la source des bénéfices des journalistes. L'alliance entre le gouvernement et la spéculation fit naître également en lui des réflexions de plus d'un genre, lorsqu'il vit M. Mirés, propriétaire du Constitutionnel et du Pai/s, mettre immédiatement ces deux journaux à la disposition du pouvoir, (|ui s'empressa d'accepter leur concours et de les placer sous la direction de M. Arthur de la Guéronnière.
M. de la Guéronnière avait fait ses premières armes dans un journal de Limoges fondé par les légitimistes de l'endroit, r Avenir national. Journaliste de vingt ans, il mêlait l'ode à Tarticle ; poëte et publiciste, il dédiait sa prose à Henri V et ses vers à M. de Lamartine. L'auteur des Méditations, ayant définitivement cessé d'être légitimiste et s'apprètant à promulger du haut du Sinai de Màcon une loi nouvelle, se rappela le jeune poëte de Limoges ; il en fit l'enfant de chœur de son église : M, Arthur de la Guéronnière devint l'un des collaborateurs du Bien public. Ce journal , bientôt à l'étroit