‹ Histoire du second empireChapitre 39 sur 176 · M. ARTHUR DE LA. GUÉROMNIÈRE · texte numérisé non relu

M. ARTHUR DE LA. GUÉROMNIÈRE

dans une préfecture de troisième classe, vint en 18&6 se fixer à Paris dont le climat malheureusement ne lui fut point ÊiYorable. M. Arthur de la Guéronnière, après la mort du journal de M. de Lamartine, devint l'un des collaborateurs de M. Emile de Girardin. La grâce bonapartiste ne Tavait point encore touché : contempteur de la ?àîté, persécuteur des croyants, il lançait contre les « décembraiUards » des articles terribles dans la Presse. Uq de ces articles, iniitixlé f Empire au gourdin^ produisit ane assez vive sensation; c'était l'époque où la Société du 10 décembre se livrait sur la place du Havre aux prouesses 'qu'on a pu lire dans le premier volume de cette histoire. M. de la Guéronnière ne fit pas longtemps partie de la rédaction de la Presse. M. de Lamartine, pour remplacer le Bien public^ avait fondé le Pays. Désirant en confier la rédaction en chef à une lyre amie, il s'empressa de s'adresser à M. Arthur de la Guéronnière, qui eut rittgénieuse idée de transformer le Pat/s en galerie de portraits historiques. Buffon mettait des manchettes pour écrire, M. Arthur de la Guéronnière prit la coiffe blanche d'une sœur de charité ; il peignit toutes les infortunes, consola tous les partis. Le prince Louis-Napoléon , le prince de Joinville et le comte de Chambord passèrent tour à tour sous son pastel : «La figure de Napoléon III est douce et calme, mais elle n'est que le masque d'une vie intérieure forte et puissante. » Le prince de Joinville « reflète le fatalisme sur son visage comme l'ombre mystérieuse d*Qne destinée humaine » . Quant au comte de Chambord : a sa beauté physique n'est sur ses traits que le reflet de la beauté morale». M. de la Guéronnière se joignait*il aux martyrs de la société du 10 décembre au-

TAULB DBLORD. II. — 12

178 L'EMPIRB.

trefois persécutés par lui, passait-il à l'orléaTiisme, ou reveuait-ii au culte de sa jeunesse? Non. M. Arlhur de la Guéronnière, en distribuant la louange à tous les prétendants, restait fidèle à ses convictions républicaines, a Le fourbe ! d s'écriait* il le 2 décembre sur la place de la Concorde en parlant du Président de la République, au milieu d'un groupe de représentants du peuple et de journalistes, « comme il nous a trompés !» Un de ces représentants, pressé par le besoin d'argent, manifestait cependant la plus vive répugnance à se présenter à la caisse de l'Assemblée législative pour toucher son indem* nité: «Que craignez-vous? s'écria M. delaGuéronnière, tout le monde sait bien que nous sommes pauvres, nous autres démocrates ! »

M. de la Guéronnière s'indignait à la pensée seule qu'on pût croire un des siens capable de servir le gouvernement du coup d'État. Il écrivit, pour démentir Taoceplation d'une place de sous-préfet par son frère, une lettre qui n'a pas été imprimée en France, mais dont de nombreuses copies circulèrent dans Paris. M. de la Guéronnière ne tarda pas cependant à se réconcilier avec le nouveau régime, il eut sa vision de Damas. L'ami de Lamartine, le démocrate de la Presse^ l'adversaire du J coup d'État, élu par la grâce de l'administration député au Corps législatif et directeur du Constitutionnel et du Pays^ essaya en se drapant dans sa phrase brodée des grands mots: société, religion, famille, autorité^ gouvernement des intelligences, de faire oublier la mouvante légèreté de ses opinions. Il se mit à la recherche de nouveaux moyens pour assurer le salut de la société, pour opposer des barrières aux progrès de l'esprit de désordre^

LES JOCRRAUX OFFICIEUX. 179

La commission du colportage et Testampille ne lui suffisant pas, il proposa de créer les bibliothèqtdes communales et la librairie de colportage: les premières, essentielle-* ment ecclésiastiques, confiées au curé, fourniraient aux ouvriers une nourriture morale sans danger ; les secondes, ilimeotées par des livres que le gouvernement ferait con« feetionner et distribuer gratis comme la Société biblique, mettraient en circulation des publications morales à \\xsage de tout le monde.

Les deux journaux de M. Mirés et du gouvernement semblaient suivre, sous la direction de M* Arthur de la Gaéronnière, une route sinon brillante du moins sûre ; mais qui peut répondre que le journal le plus dévoué ne laissera pas un jour échapper un mot imprudent? Le fap reçut un beau matin un avertissement pour s'être exprimé légèrement sur les finances turques. M. Arthur de la Guéronnière aurait dû, en rédacteur en chef généreux, couvrir ses collaborateurs ; il s'empressa de déclarer que depuis l'ouverture de la session des conseils généraux il était étranger à la direction politique du Pays et du ^^ikutiormel.

La Patrie formait avec ces deux feuilles le trio des journaux chargés de la défense officieuse du gouver oement. M. Delamarre, ancien garde du corps de Charles X, devenu banquier, avait quitté la finance pour le journalisme. L'ambition d'être un homme politique lui étant montée au cerveau comme au docteur Yéron, il acheta la Patrie.

M. Goudchaux, ministre des finances de la République, avait reçu de M. Delamarre le conseil de pourvoir à la pénurie du trésor en frappant une contribution nationale

sur les principaux banquiers de Paris dont il donnait la liste avec le chiffre de leur fortune. M. Goudchaux re* poussa ce conseil avec indignation. M. Delamarre passa dans le camp bonapartiste. Il se croyait destiné à devenir ministre des finances; grand interrogateur de tables tournantes, il évoquait les esprits à volonté, et vivait en perpétuelle communication avec le monde invisible. Des relations plus utiles le liaient aux principales administrations de la ville de Paris qui lui réservaient la primeur de leurs informations. Ce privilège était bien dû à rhomme qui dans les journées de décembre transforma les bureaux de son journal en corps de garde pour les sei^nts de ville armés de fusils à deux coups. La Patrie était la feuille de Paris la mieux fournie de ces crimes, catastrophes et accidents qui intéressent un si grand nombre de lecteurs ; les nouvelles politiques que le gouvernemeot voulait porter à la connaissance du public, jointes à ces informations, faisaient de la Patrie un journal trës-lu, mais sans influence.

Le Siècle^ héritier du National^ de la Réforme;^ de la République^ servait d'organe à Topinion démocratique. La suppression de ce journal avait été demandée, à l'époque du coup d'État, au sein du conseil intime de M. Louis- Bonaparte, mais M. deMorny s'étant fait l'interprète et le défenseur des intérêts de ses actionnaires, on lui permit de reparaître. La logique de la situation contribua pour le moins autant à sauver le Siècle que la prolcctioQ de M. de Morny; le gouvernement laissant un organe à toutes les opinions, ne pouvait pas faire une exception pour l'opinion républicaine.

M. Havin, ancien député de la Manche, membre du

Page 1