‹ Histoire du second empireChapitre 40 sur 176 · M. HAVIN ET LE SIÈCLE · texte numérisé non relu

M. HAVIN ET LE SIÈCLE

coaseil de surveillance du Siècle^ avait été chaîné d^exercer uae sorte de direction officieuse sur ce journal, en attendant que le conseil eût fait choix d'un homme pour remplacer M. Louis Perrée, rédacteur en chef, mort récemmeot. Cette surveillance, en réalité, c'était la rédaction en chef; M. Havin la prit, s'en acquitta à la satisfaction da conseil de surveillance, et finit par la garder. M. Havin ne se. doutait pas en 18&8 qu'il passerait les dernières années de sa vie dans le journalisme. Député pendant dixhuit ans, il était entré à la chambre dans les premiers jours de la monarchie de Juillet, à la limite d'âge permise, cest-à-dire à trente ans, et il était Tun de ses doyens, Qonparles années, mais par la durée du service. Il siégeait sur les bancs de la gauche dynastique, tenant convenablementson rôle au second rang, parlant peu, chargé de rapportsimportants, tacticien politique, actif, habile, sachant agir sur les hommes et les grouper, trës-apprécié à cause de ces qualités qui ne sont pas communes. L'opposition dynastique n'avait rien de bien farouche : un député, en faisant la guerre au ministère, ne perdait pas de vue les intérêts de ses électeurs. La politique, quand il s'agissait du clocher, fermait les yeux : tel député qui aurait rougi à la seule pensée de solliciter une place pour lui, ne craignait pas de faire quelques concessions pour doter ses amis d'un bureau de tabac ou de papier timbré. Le député de l'opposition ne s'en retrouvait pas moins aux grands jours homme de conviction forte et arrêtée, mais il fallait les grands jours.

M. Havin, fils d'un conventionnel, très-dévoué à la Révolution, aurait approuvé le 18 brumaire, et servi le Consulat et l'Empire qu'il confondait avec la Révolution

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elle-même, comme beaucoup d'hommes de sa génération. L'erreur s'explique aisément. Qu'on se rappelle l'insolence et les menaces de la noblesse émigrée, les colères du clergé après le renversement de l'Empire; quelle dut être la joie des révolutionnaires en lisant l'acte additionnel! La Révolution représentée par Washington à cheval, c'était leur idéal; ils le crurent réalisé; leurs yeux restèrent éblouis par cette vision de la liberté unie à la gloire. Les bancs de la gauche dynastique, sous la monarchie de 18â0, étaient en grande partie occupés par des gens nés à la politique pendant les Gent-Jours. Un gouvernement comme celui de Louis- Philippe n'était qu'à demi leur fait; ils le virent tomber avec résignation. La formation d'un ministère Barrot aurait sans doute fait plus de plaisir à M. Havin que l'avènement du gouvernement provisoire; il accepta beaucoupplus franchement pourtant la République que bien des gens qui la saluèrent de leurs acclamations. M. Ledru-Rollin, son ancien collègue, le pria de la servir. Il accepta les fonctions de commissaire dans le département de la Manche. Un jour, il vit arriver de Paris à Saint-LÔ un républicain de la veille envoyé pour le seconder, un peu aussi pour le surveiller. Ce républicain était M. Yiellard, ancien précepteur du fils atné de la reine Hortense. M. Havin n'eut pas de peine à s'entendre avec ce démocrate farouche ; ils furent envoyés tous les deux à l'Assemblée constituante, M. Havin le premier sur la liste des représentants de la Manche; cette Assemblée le choisit pour un de ses vice-présidents. Très -ferme et très-courageux devant les barricades de juin, ses votes avaient compromis sa réélection dans âon département dominé par la réaction ; il accepta les fonc-

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