‹ Histoire du second empireChapitre 41 sur 176 · M. HAVIN ET LE SIÈCLE · texte numérisé non relu

M. HAVIN ET LE SIÈCLE

tioDs de conseiller d'Ëtat dont les membres étaient alors élos par le pouvoir législatif.

Le 2 décembre trouva M. Havin occupé à se tirer des difBcaltés de ses nouvelles fonctions de directeur politique do Sièck. n connaissait fort peu les hommes et les choses de la presse ; il avait à se démêler au mUieu des prétentions d un monde diflScile, à se tirer des pi^es d'une législatioD plus que sévère, à prévoir les avertissements, à lés conjurer, à en adoucir les conséquences; il était fort propre à cette diplomatie. Quoique, en sa qualité de Nmnand, on lui trouvât plus de finesse que d'esprit, il ETait autant de Tun que de Vautre

Le directeur politique du Siècle^ sans renier ce qu'il y avait dans son passé de républicain, ne portait cependant pas le deuil de la République ; il voyait même, avant qu'il fût question du couronnement de l'édifice, l'horizon se colorer des feux d'un nouvel acte additionnel. Que la France avec la gloire reconquit la somme de liberté dont elle jouissait sous Louis-Philippe $ M. Havin ne demandait rien au delà. Homme pratique, peu disposé à admet*' tre les raisonnements d'une nuageuse abstention, il poussait le parti démocratique à Vaction, et il y entrait lui-même, avec l'heureuse confiance de ceux qui croient aux sommeils alternatifs et aux réveils de la France. Le parti républicain aurait souhaité que le Siècle, héritier des journaux tués par le coup d'État, se souvint mieux de cet héiitage; il lui demandait plus d'audace, plus de passion. Le Siècle ne répudiait pas la succession de la presse démocratique , mais il voulait la défendre à sa façon ; là des tiraillements, des accusations, des récriminations fréquentes çnlre ce journal et les républicains : le

iSà L'EMPIRE.

général Cavaignac, qui faisait partie du conseil de surveillance, donna sa démission ; quelques personnages marquants du parti républicain s'associèrent à des tentatives pour substituer un autre directeur politique à M. Havin. Le parti républicain ne pouvait rien gagner au change : le successeur de M. Havin aurait été obligé d'imiter sa conduite ou de sacrifier la propriété du Siècle. M. Havin, indifférent à tout ce qui dans la politique ne touche pas uniquement à l'intérêt du moment, au débat quotidien, dévoué à la Révolution, homme d'honneur, incapable de trahir les devoirs que sa situation lui imposait, mais voulant les remplir à sa manière, était bien rhomme qui convenait en ce moment à la direction politique du Siècle y avec des collaborateurs comme MM. Louis Jourdao, Eugène Pelletan, Léon Plée, Emile de la Bédollière, Edmond Texier, dont l'influence personnelle et le talent déteignaient favorablement sur lui.

Le Journal des Débats avait traversé des épreuves plus dures que celles qui l'attendaient sous le règne d'un nouveau Napoléon. M. Armand Bertin, rédacteur en chef de ce journal, avait pu recueillir de la bouche de son père et de son oncle Thistoire des persécutions subies par ie Journal des Débats sous Napoléon Y\ et apprendre par leur exemple à subir la force sans y céder. M. Ârmaod Bertin, très-ferme dans ses opinions libérales quoique comptant parmi ses proches parents et parmi ses associés dans la propriété du Journal des Débats^ des serviteurs et des amis du gouvernement, groupait autour de lui MM. Saint -Marc Girardin, Sylvestre de Sacy, Louis ÂUoury, John Lemoine, polémistes éminents, et Jules Janin, qui allait faire voir dans cette seconde partie de

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