‹ Histoire du second empireChapitre 42 sur 176 · MM. SAINT-MARC 6IRARDIN ET DE SAGY · texte numérisé non relu

MM. SAINT-MARC 6IRARDIN ET DE SAGY

fla canière tout ce que le talent de récrivaio peut emprunter d'éclat et de force à la fidélité de rhomme à ses principes. Le gouveraemeot du coup d'État s'était mis en fraisde coquetterie pour M. Saint-MarcGirardin, à qui il offrit vainement une place dans le conseil de l'instruction publique. M. Saint--Marc Girardin avait été l'un des défenseurs les plus constants de la monarchie constitutionnelle. Ses fonctions de professeur et de député, ses doutes sur les résultats de la politique de M. Guizot, avaient fini par rendre sa collaboration au Journal des Débats moins assidue. M. de Sacy ne quitta pas un seul instant son poste, ses articles firent pendant dix-huit ans les délices de la majorité et de la cour. Louis-Philippe, qui n'aimait pas trop les journalistes, lui fit pourtant l'insigne faveur de lui adresser une invitation à dtner, ce qui fut unéyénement à cette époque, M. de Sacy s'excusa de ne la point accepter : il vivait modestement dans une sorte de clair-obscur; étoile lointaine et voilée du journalisme conservateur, ses rayons ne brillaient que sur un public d'élite. La renommée, cette déesse bruyante, entrait chez lui discrètement : il se laissait admirer, mais de loin, il vivait blotti dans le nid parlementaire que lui avait ménagé le gouvernement dans une des bibliothèques de Paris. La République se garda bien de l'y troubler. Elu à l'Académie, comblé de toutes les faveurs et de toutes les récompenses du parti libéral, rien ne faisait présager qu'il serait un jour sénateur.

\^ À ssen^lée nationale v%^vé&exï\B\\. la fusion.

La Révolution de 1850, en renversant la royauté des Bourbons de la branche aînée, laissa la liberté de la presse à ses partisans. Les membres du parti légitimiste se

groupèrent, dans les grandes comme dans les petit» villes, autour d'un journal qui maintint la discipline et la foi parmi eux. La légitimité comptait, à Bordeaux, à Lyon, à Toulouse, à Marseille, à Ntmes, à Rennes, etc., des organes que la révolution de Février respecta, et qui devinrent môme plus nombreux, grâce à l'esprit libéral des dispositions fiscales de la loi sur la presse. Les journaux légitimistes venaient de faire une brillante campagne contre la République, le coup d'État se garda bien de les supprimer : ils n'étaient pas un obstacle, ils pouvaient même devenir des auxi<liaires. Le coup d'État les respecta. M. de Genoude, rédacteur en chef de la Gazette de France, avait créé un système de droit divin mélangé de suffrage uni«versel, effroi des partisans de la légitimité pure; M. de Lourdoueix continua la tradition de son prédécesseur. M. Laurentie, entouré de MM. de Riancey, Poujoulat, Nettement et d'autres écrivains distingués, eut toute latitude pour démontrer dans le journal r Union que la liberté émane du droit divin et ne peut fleurir qu'à l'abri du trône et de l'autel.

La presse cléricale, représentée par V Univers, avait passé, depuis le 2& février 18&8, par des phases bien diverses et bien opposées. V Univers, en 18&8, accueillit avec enthousiasme la chute de la monarchie : « Immorale » avec Louis XIV, scandaleuse avec Louis XV, despotique » avec Napoléon, inintelligentejusqu'en 1830, astucieuse, » pour ne pas dire plus, jusqu'en 18/i8, la monarchie » succombe sous le poids de ses fautes. » Sa mort ne surprit nullement Y Univers : a La monarchie meurt de gangrène sénile, » Elle attend à peine qu'on lui dise :

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• Nous ne voulons plas de tpi, va-t'en. Le coup n'est pas nécessaire, le geste suffit. » VDmvers ajoute : c Qui songe aujourd'hui en France à défendre la moi oarchie? Qui peut y songer 7 La France croyait encore i être monarchique, et elle était républicaine. » Il ne siifiit pas à r Univers que la France soit républicaine, il faut que lEurope le devienne : « La destruction du

> vieil édifice européen est aujourd'hui consommée, elle 1 sera complète et irrémédiable. Sur quoi ce vieil édifice

> repose-t-il en partie? Sur T Autriche ; cet appui ne du*

> rera pas longtemps* Personne ne sait en France si, à 1 l'heure où nous écrivons, l'empereur d'Autriche est

> encore sur le tr6ne ; ce que tout le monde sait très-

• bien, c'est qu'il n'y est pas pour longtemps. Un tel

> pouvoir ne tombera pas à demi. Dans tous les cas, cette » grande puissance de la maison d'Autriche, ce joug » qui étouffait tant de nationalités est à jamais brisé. » L Univers devance le Siècle dans la défende du principe des nationalités. Il reconnaît « le droit de la Sicile à se soustraire à la domination napoUtaine » . Les journaux démocratiques attaquaient fort cette domination; mais il n'était venu à la pensée d'aucun d'eux d'accuser Ferdinand II d'avoir voulu faire mourir les Siciliens par la peste. \J Univers^ moins scrupuleux, assure que le roi de Naples a voulut et réussit à faire présent à la Sicile de ce » dernier fléau. Violant par la force les lois sanitaires, et

> cela malgré les réclamations et les protestations des

> autorités locales^ il fit aborder à Palerme un bâtiment' » chargé d'uniformes de soldats portés par les militaires

> morts à Naples du choléra, et il eut ainsi la satisfaction » cruelle d'inoculer à la Sicile cette maladie terrible qui

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» moissonna dans la seule ville de Palerme quarante mille » habitants. 9

L' Univers i après les journées de juin, partage les tristesses des républicains; il n'a qu'une crainte, c'est « qu'on ne fasse expier à la liberté le crime des factions». Quant au socialisme, ce n'est point là ce qui Teffraye ; il remarque même que le socialisme vient du christianisme : « Un certain nombre de socialistes ont » été élevés dans les séminaires. En perdant la foi, ils » avaient à choisir entre divers systèmes d'erreurs ; ce qui » restait de christiaDisme dans leur âme les a entraînés » de ce côté. Qui s'en étonnerait?» Plusieurs socialistes, les phalanslériens entre autres, demandaient que le gouvernement leur fournit de l'argent pour mettre leurs théories en pratique ; l' Univers veut qu'on leur ouvre les coffres de l'État : « La Frauce est généreuse, elle paye » volontiers la gloire et la folie de ses enfants; nous ne » lui reprocherons jamais d'employer en pure perte les » millions qu'elle employera à éclaircir un problème dont » dépend le sort des travailleurs. Elle fera pour le pba- » lanstère de M. Considérant ce qu'elle a déjà fait pour » les ateliers nationaux de M. Louis Blanc, elle s'exécu- » tera de bonne grâce. Que M. Considérant demande une » lieue carrée de terrain, et elle ne lui sera pas refusée, » pas plus que d'autres secours si c'est nécessaire. »

L' f/mW^ est d'avis que «le droit d'insurrection peut être le plus saint des devoirs dans certains cas». Son * opinion sur la liberté de la presse est que : «Tout principe illibéral est anti-chrétien ; le refus de la liberté de la presse est un scandale. » Quant à la liberté de conscience, son dévouement i\ ce pi^incipe est absolu : « liberté d'as-

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i sociation et liberté de conscience, voilà notre mot » d'ordre et de ralliement. . . Nous exigeons une adhésion » franche et absolue à ces deux principes qui peuvent » seuls relever la France et sauver la République. »

Interrogez Y Univers de cette époque sur la liberté des coites, il vous répondra : « La liberté des cultes est chose

> sacrée pour nous, nous l'avons toujours demandée dès » 1846, et si nous la revendiquons en notre faveur, nous la

> voulons au même titre pour toutes les sectes dissiden-

> tes. » Gomment Y Univers ne semit--il pas dévoué à la démocratie? «Le grand mouvement démocratique qui

I > agite l'Europe, et qui vient de s'épanouir glorieusement

> en France, a eu son berceau dans Rome où la démo-

> cratie, cette héroïne sauvsge, a reçu le baptême des

> mains de Pie IX. » Pourquoi iVailleurs l' Univers redou- I terait-il la liberté? «Plus la monarchie est forte, plus I TËglise est asservie. L'Église n'est tout à fait libre que

dans la grande et glorieuse République des États- Unis. » L' Univers n'est pas moins dévoué à la liberté de oonscience qu'à toutes les autres libertés : « Plus de » chaînes pour les croyances, plus de verrous pour les

> doctrines, plus de bourreaux contre ceux qui s'offrent » aux luttes de la raison ! La loi religieuse a cessé d'être » la loi politique : depuis longtemps déjà Rome a muré » les prisons du Saint-OflSce, et les foudres pontificales

> ne sont qu'un jugement de Vesprit contre l'esprit dont » la presse et Topinion sont ici-bas les seuls exécuteurs.»

Le bonapartisme commençait à peine alors à se montrer, et déjàl' Univers frémissait et s'indignait : « Ce n'est pas le comité de salut public qui a détruit la France, c'est le code Napoléon. » Ne lui parlez pas de Tordre rétabli

par Bonaparte : « L'Empire n'était pas une monarchie, c'était un despotisme ; le despotisme n*est autre chose qu'une forme de l'anarchie, une balte durant laquelle le désordre régularise et fortifie son action.» Que fait Louis Bonaparte ? « il court après une dictature qui ne sera jamais qu'une parodie ».

L' Univers perdit cependant peu à peu sa ferveur républicaine. En 1850, il se fit légitimiste : «À moins d'un B miracle qui change nos mœurs, qui efface nos souvenirs, » qui transforme les défauts de notre caractère national, » nous ne pourrions revenir à Tordre que par la monar- » chie avec la branche atnée des Bourbons. Voilà le 9 terrain où toutes les espérances, où toutes les volontés » doivent se réunir. » L' Univers était trop dévoué à la maison de Bourbon pour ne point appuyer la fusion : c( L'un des plus grands maux de la société consiste dans » l'atteinte qui a été portée aux lois, aux droits de la » famille. La famille des Bourbons, la première de la » France et du monde, n'est pas dans Tordre, il faut n qu'elle y rentre. Il faut que toute division soit bannie » de son sein, que toute contestation cesse. Voilà Texemple )» que les Bourbons doivent au monde, le devoir qu'ils » ont à remplir, la seule politique dont ils puissent » attendre des résultats qui ne fassent pas gémir la justice » et qui n'ensanglantent pas l'humanité. »

Un an s'est à peine écoulé. L' Univers est à genoux devant l'Empire sorti du coupd'Ëtat : «Si jamais, depuis un B siècle, on a pu espérer une restauration sociale, c'est » tout à l'heure, c est en ce moment. Devant quelle entre- » prise de pacification politique et intellectuelle se senti* » rait-il trop faible le pouvoir privilégié qui a le profit de

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