‹ Histoire du second empireChapitre 43 sur 176 · M. LOUIS VEOILLOT KT W UNIVERS · texte numérisé non relu

M. LOUIS VEOILLOT KT W UNIVERS

» tout ce que Napoléon I** a fait de grand et d'utile, qui 1 n'a la responsabilité d'aucune de ses fautes, et à qui • une expérience de quarante années permet de les cor- » rigerî B ne peut rien redouter sérieusement de ses

> eonemis révolutionnaires dont les doctrines font hor- » reur, ni de ses adversaires parlementaires dont les » entêtements font pitié. Contre cette troupe en désarroi, ■ deux armées se donnent la main pour sa cause au sein

> du peuple qui les a fournies et qui l'aime. L'une com-

> posée de quatre cent mille, hommes de guerre, pleins

> de discipline et de jeunesse dans le vieil honneur de » leur drapeau ; et l'autre, celle que Napoléon I" n'eut » pas, et qu'aucun peuple n'eût jamais peut-être vu si

> florissante et si belle, l'armée de charité, forte de qua-

> rante mille prêtres et de cinquante mille religieuses. » L'homme qui tour à tour républicain, légitimiste, fu-

sionniste, bonapartiste, sautait ainsi pour tout le monde, était un ancien employé du bureau de Tesprit sous Louis- Philippe, nommé Louis Yeuillot, journaliste nomade, commis-voyageur de Tordre public» allant de département en département prêter à tant par mois le secours de sa plume aux feuilles de préfecture ; M. Louis Veuillot s'était converti au catholicisme en admirant les pompes de la semaine sainte à Rome. Ce singulier néophyte, tour à tour secrétaire de M. Bugeaud, chef du bureau de la presse au ministère de l'intérieur, rédacteur en chef ie Y Univers^ sans sortir de son obscurité, allait, favorisé par les circonstances, devenir un personnage. La haute bourgeoisie sous Louis-Philippe ne songeait pas encore à se rallier au catholicisme; attaquer Molière, Voltaire, Montesquieu, J.-J. Rousseau, c'était alors perdre

son temps. Le coup d'État opéra la conversion des libres penseurs de la monarchie de Juillet. M. Louis Veuillot put donc briser, aux grands applaudissements des voltairiens devenus dévots, les idoles du libéralisme. La religion, comme la farine, rend les farceurs plus drôles: M. Louis Veuillot enfariné de dévotion obtint un succès immense. L'Église tressaillit d'allégresse en voyant que la Providence lui envoyait un railleur, ce n'était qu'on sottisier. La cour de Rome l'adopta et lui sacrifia l'épiscopat ; M. de Montalembeii; et ses amis furent obligés de compter avec M. Louis Veuillot devenu père de l'Église et chef véritable du parti catholique. Ce parti ne voit dans la religion qu'une institution politique ; la défense des dogmes lui est facile. Il n'y a qu'un dogme pour lui, le pape ; Lamennais avait essayé d'établir philosophiquement le principe de l'autorité, W. de Maistre déclare tout simplement que l'autorité est infaillible parce qu'elle est l'autorité. Discutant comme on fait de l'escrime, sans scrupule dans les accusations, ardent à l'hyperbole, don* nant k sa pensée une forme paradoxale, présentant un lieu commun comme une grande découverte, solennel et comique à la fois, tenant d'une main la croix, de l'autre la marotte, tranchant, cassant, mêlant l'anathème au sarcasme, l'auteur du Pape est le créateur d'une école de journalistes mal élevés, tapageurs, sans conviction réelle, dans laquelle M. Louis Veuillot prit le premier rang. Ud homme de sa trempe devait facilement s'entendre avec le gouvernement du coup d'État. Le despotisme impérial n'eut pas, en effet, dans les premiers temps de son existence, d'apologiste plus effronté que l' Univers. Nous avons dit que la Presse suivait, sous la direction

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de M. ËmUe de Girardin, une voie particulière. Le rédacteur en chef de la Presse offre dans son esprit un plus singulier mélange de bon sens et de folie, de logique et de sophistique, se jetant dans toutes les questions, devançant Theure ou ne l'entendant pas sonner, oubliant' le lendemain ce qu'il a dit la veille, insensible aux démentis qu'il peut recevoir des autres et de lui-même, oâèbre sans être influent, on ne l'écoute pas, mais on le lit. Révolutionnaire quand il se croit conservateur, et conservateur quand il s imagine être révolutionnaire, lia, tout en se déclarant partisan de la liberté illimitée de la presse, soutenu les lois les plus opposées à cette liberté, comme le compte rendu uniforme des débats législatifs, l'obligation de la signature imposée aux journalistes. Éloigné de la France par le décret du 9 janvier 1852, il y rentra deux mois après. La Presse^ avec MM. Alph. Peyrat, Pelletan et Neflïzer pour rédacteurs, appartenait à l'opposition, quoique son chef ne fût pas un opposant. M. de Girardin, en effet, depuis longtemps en relations intimes avec le prince Napoléon, facile à séduire par l'audace heureuse, ne pouvait pas être très-hostile au régime impérial. Il voyait passer devant lui le défilé des expédients du règne, laissant à ses collaborateurs la liberté de les apprécier, regardant les événements sans s'y mêler, et la polémique de ses collaborateurs sans y prendre part. Fatigué cependant du rôle de rédacteur en chef honoraire, qu'il s'était donné à lui-même, il se décida à vendre sa part de propriété de la Presse à un homme d'affaires célèbre, M. Millaud, moyennant 800 000 francs.

MM. Peyrat et Pelletan quittèrent ce journal. MM. Da*

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rimon et Capo de Feuillide y restèrent. M. de Girardin déclara, dans une lettre rendue publique, qu'il ne comprenait pas la conduite des deux écrivains démissionnaires. « Depuis la proposition Tinguy, chacun, dans *un journal, n'est responsable moralement, légalement, politiquement, que de ce qu'il a signé ; il y a responsabilité, il n'y a plus de solidarité. MM. Proudhon et de Géséna pourraient écrire dans la même feuille sans que le rapprochement de leurs articles impliquât, comme en 18A8, communauté d'idées. » M. de Girardin ajoutait : « Selon moi , Peyrat a courbé la tète sous la » routine, tandis que Darimon, lui, s'en est affranchi. » Qui connaît l'esprit des deux hommes ne s'en éton* » nera pas. Peyrat est un infatigable liseur qui se com-^ D platt dans l'étude du passé, Darimon est un patient » chercheur qui, lui, préfère l'étude de l'avenir. »

M. de Girardin oubliait que l'anonyme est aussi une liberté, et que la signature imposée au journaliste blesse l'égalité, puisque l'auteur du livre n'y est point soumis. La signature seule ne crée pas la solidarité entre les eol* laborateurs d'un journal, mais elle en augmente laforoe et la nécessité ; la considération d'un homme dépend de la considération même de ceux qu'il fréquente. Qu'un journal, intitulé le Pour et le Contre^ publie sur la même page un article de, M. Proudhon et un article deM.de Géséna, c'est son métier; mais les rédacteurs de Tf/nrôm pourraientrils écrire impunément à côté des rédacteurs du Siècle? Le principe de M. de Girardin admis, on verrait donc les partis les plus opposés, la légitimité et l'orléanisme, acheter un journal àfrais communs, exalter le comte de Paris à la première page, et chanter les

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louanges du comte da Chambord à la seconde; le diH)it divin et Torléanisrne, trop pauvres pour avoip un jour-» nal dans telle ou telle villa, s'adjoindraient un noyau de bonapartistes et da républicains, créeraient pn jf^ur^ nal k frais communs, et la sjgnatura sanvarait tout ! Avant la loi sur la signature! on avait vu, assure^^on, dea hommes écrire à la fois dans des journaui d'opi't nions opposées; le s^ql avantage da la signature était da rendre ce scandale in)pos^ibla et d'aecrottro les liens de la solidarité en la rendant publiqut3. M. de Girardin don-» nait à cette solidarité le nom de communisme. ^ Si la » journal où personne na signe, où obaouq répond pour » tous, où tous répondent pour abacun, où il est im- » possible de reconnattre et da séparer ce qui appar- » lient à l'un de ce qui appartient à l'autre, où la res-r » ponsabilité ne se divise point et na s'individualise pas; 3» si un tel journal n'est pas la communisme déguisé a sous le faux nom d'unité, qu'astuce donc qua la com- » munisme? » C'est précisément le contraire de la responsabilité libre et de la solidarité acceptée} la règle n'est pas la solidarité ; la règle fait les couvents, la solidarité les partist

La ministère de la police, rétabli la 3^ janvier i852

et supprimé le 40 juin iS5â« avait la survaillance des journaux dans sas attribntîpqs, ^. (^atour-Punionlin fut le premier ahargé de la division da 1^ pressa, Mi de Naupas et las préfets, dans une période de quatorjçe mois, infligèrent quatrarvipgtronxe avertissements à la presse, et trois suspensions pour deux mois, l'une au Journal de la Meuse, l'ayb'a va Corsaire, et la troisième à la (javelle

Ces avertissements étaient motivés par les causes les plus diverses et les plus futiles : tantôt par une « critique acerbe du décret du 29 mars 1852 sur les sucrer», tantôt par un article dans lequel Napoléon V est traité de missionnaire de la révolution, «t article qui outrage la vérité autant que le héros législateur auquel la France reconnaissante a dû son salut, le rétablissement de la religion, sa législation, et son organisation modèle » . Le ministre de la police intervient dans toutes les discussions, et donne aux journaux des leçons de philosophie de l'histoire. Aujourd'hui, il discute avec un journal légitimiste qui « s'attache avec une regrettable partialité à repréenter la souveraineté nationale en France comme boutissant fatalement, soit à Tanarchie, soit au despotisme, qui sont des faits accidentels inhérents à la fragilité des hommes bien plus qu'au vice des institutions»; le lendemain il redresse une autre feuille qui se permet d'assimiler la chute de Charles X et de Louis- Philippe à celle de Napoléon : <c L'histoire démontre, aa » contraire, que si le trône des Bourbons a été renversé » par des mouvements populaires. Napoléon n'a suc* » combé, après des efforts héroïques de la part de l'armée, » que devant la coalition étrangère; et les événements » contemporains attestent combien la France est restée » fidèle à la mémoire du grand homme, et si elle a » jamais été complice de la chute de l'Empereur, j»

M. de Maupas n'épargne pas plus les amis de l'Empire que ses ennemis. Le Constitutionnel reçoit deux avertissements pour avoir douté de la véracité d'une note dt Moniteur. La police est très-orthodoxe; elle n'entend pai que les journaux s'expriment librement sur la religion

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