LE RÉGIME DES AVERTISSEMENTS
calboUque. Un ministre protestant écrit-il dans un journal religieux protestant : a Cinq personnes viennent d'abjurer à Edimbourg les erreurs du catholicisme romain » ; le préfet du Finistère lui donne aussitôt un avertissement. Les préfets ne se contentent pas de réprimer les écarts politiques de la presse, ils veillent également sur ses écarts littéraires; ils se chargent de faire son éducation aa point de vue de la politesse et du bon goût : VAmi des salons de Béziers est rappelé à l'ordre pour un feuilleton dramatique « qui contient une appréciation aussi injuste que malveillante d'un acte de Tautorilé municipale, et qui dépasse les bornes d'une critique couvenable et modérée » ; le Papillon d'Agen, à cause de « sa persistance dans sa polémicfue acrimonieuse contre les personnes». Le préfet de la Loire-Inférieure frappe d'un avertissement r Union Bretonne et V Espérance du Peuple^ parce que, dans une polémique récente, ces deux feuilles ont, s'il faut s'en rapporter à lui, a dépassé les bornes du bon goût D . Quelquefois le préfet ne prend pas la peine de motiver l'avertissement. U Indicateur du JNord fut averti a vu les articles publiés dans ses numéros des 4 et 11 de ce mois».
M. de Maupas mande un jour les rédacteurs de la partie fiuancière des journaux, pour les avertir qu'il a l'œil ouvert « sur tout ce qui pourrait ressembler, de près ou de loin, à des exagérations intéressées », et que « le cas échéant, il n'hésitera pas à faire de sévères exemples » . Le gouvernement ne perdait pas une occasion de tonner contre l'agiotage, mais les journalistes n'attaquaient pas impunément les agioteurs. Les grands exploiteurs financiers du moment, au moindre mot hos-
iild d'Ug jôuf-nal^ &(3t)ôuMieât aU ministèi^ et ûépo^ sàiënt lèui* plainte * le jout-hftilste recommandé recetttll le lèbdêmaiD ritlvitAlloti de se i^etidre aU cablnel du directeui" de la divisioti de là pi^ltee ; il y trouvait un chef ou bien utl simple conâuiià qui, debout dëvailt la cbe^ fttlhéé, wne Jambe Croisée sUf rauit*e, le pouce datis renloUi'riUt^e de son gllet^ voulait bieti prendt'e la peine de le prémunir contre le dangei* de servit* involontaire* ment d'mstruhient à des manœuvres illi6ites, et de se livret- à dé« attaques qui pouvaient ptirattfe intéressé». Que lui répondre? Malgré toutes les précautions de langage qu'il pouvait prendre, le joUl*na1iste n'en était pas moiiis indirectement accusé de se livrer à Cette ignoble industrie qui s'appelle le thuntage, Ladministration ne se contentait pas de veillef sur Thonneui* de Turcaret, elle protégeait aussi le talent de tâmai'go. Le feuilleton de théâtl* ft été plus d'une fois averti d'avoir à prendre garde à ses opinions sur les pirouettes des demoiselles du corps de ballet de TOpéra !
La direction de la presse fut rendue au ministère de l'intérieuï* lorsque M. de Persigny en devint titulaire. Ce ministre, dans Tespace d'un au, du 10 juin 4853 au 20 juin 1B5/1, date de sa première sortie du ministère, frappa les journaux de Paris et des départements de tt*enle^deux avertissementSi Le premier* est adressé à là Omette du iMut/uedoc, « pour avoir publié Sous le titre : » A monsiÈigneur le comte de Chamhord, une pièce qui, » n'empruntant ert rien la forme ordinaire des articles de » presse, est un véritable manifeste dans lequel lésigfta* » taire, parlant, au nom d'une collection d'individus, ;> déclare que ce parti est uni de pensées et de sentiments
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> poar espérer que te aoute de Cbâ^mbôrd mn, le lau*^ » vear de la FrAtiee » . Le coup d'Ëtat û'&vait guère laisBéguMster que des feuillet» légitimistes dans lesdépar* tements; M. de Perifgny déploya contre elles une certaine séTérité. A Paris^ mn 2èle de répression alla ju^u'à faire peser sur les Journauit même du gouvernement les im* patatioDsIes plus déshonorantes. Le Comtiùitiomêl ikjmi publié Un bulletiti hebdomadaire de là Bourse, coutebatit des appréciations qui n'étaient pas de son goût, sur cer» taines opérations flriancières, M. de Persigny raverlit^ « attendu que^ sans tenir compte des avis ofiicieuk qui » lai ont été donnés^ ce journal persiste, dans un but de
> spéculation privée, à exalter systématiquement cer* » taiues afikires industrielles et à en déprécier d'autres, » en les discrédiiant à Taide d'appréciations erronées * et ttalveillautes » . Le Journal des Économi^tm est éga^ temetit averti^ «attendu que, dans un article sur la taxe du pain et sur le service de la caisse de la boulangerie, ce journal cherche à discréditer, au proflt d'inlérêts privés, une institution d'intérêt public » . Le Progrès du Ptf9^ ^Calais, ce journal dont l'EfflpereUr avait été le collaboï^leur, ne pui lui-même échapper à la vindicte de M. de Persigny ; il fut averti à cause d'un article sur le service de la remonte, et dé ^ ses tendances générales, qui ont feif naître à plusieurs reprises de vives réclamations de •* part des autorités religieuses et judiciaires » .
Le Siècle, s'éiant élevé contre l'arrestation d'un membre du barreau dé Paris, M. Hubbard, et réclamant trop viveineat sa mise en liberté, reçoit un avertissement^ « attendu <|u'ea dénaturant un acte de la justice ordinaire, il tend àexoiterà la haine et au mépris deTautorilO publique »,
Le (j^ouvernement tient absolument à ce que le public ne connaisse que par lui les nouvelles politiques, les journaux officieux ne doivent ouvrir la bouche que sur son ordre. La Patrie reçoit un avertissement motivé sur ce qu'elle a publié des nouvelles de Constanlinople « probables», mais « non officielles »• Un avertissement est donné au Lorientais^ qui se permit de publier les mou* vements de la marine ; un autre à la Gazette de Flandre et d Artois, pour avoir fait un article <c en opposition avec le sentiment national»; un autre à XUnion^ qui « persiste dans ses attaques contre les alliés de la France » . La presse ne peut pas même traiter librement la question des engrais. Le préfet des Côtes-du-Nord, Rivaud de la Raffinière, donne un avertissement au Journal de Loudéac: « Considérant que la polémique ouverte dans ce journal, » au sujet des engrais industriels, est de nature à infirmer ») la valeur et les résultats des mesures de vérification » prises par Vadministration, et qu'elle ne peut porter » que rindécision dans l'esprit des acheteurs. » \J Assemblée nationale fut suspendue pour deux mois, sous l'administration de M. de Persigny.
M. Billault le remplace le 23 juillet iSbli. Le nombre des avertissements donnés pendant son ministère s'élève à cinquante- sept, dont six dans Tannée 1855 seulement sont motivés par des articles contenant des attaques contre des gouvernements alliés à la France. La Presse est avertie à cause d'un feuilleton de George Sand, intitulé Daniella, dans lequel le ministre a découvert des passages offensants contre le pape ; Y Écho agricole, c( attendu que, nonobstant les avertissements officieux » qui lui ont été donnés, ce journal n'a pas cessé depew