LE RÉGIME DES AYCHTISSEMENTS
» sur les traosactioQs en matière de subsistances par une » polémique systématiquement alarmante, et de nature à » INToduire une hausse factice. » H est interdit à VObservateur de la Corse de] discuter la question de la vaine pâture, « cette polémique pouvant exciter le mécontentemeotd'une classe de citoyens » . Le gouvernement n'en-tod pas que les journaux se servent de la forme dubitative : d'après t agence Havas^ quand ils empruntent à cette oorrespondance certains détails relatifs à l'Empereur. Le Phare de la Loire imprime-t-il dans son compte rendu de la séance d'ouverture de la session : « L'Empereur a » prononcé ensuite le discours que nous avons publié, et » qui, d'après r agence Havas, a provoqué à plusieurs re- » prises les cris de : vive rErapereur, vive llmpératrice ! » vive le Prince impérial ! » Ce journal est averti, « con- 9 sidérant que cette formule dubitative est inconvenante » en présence de l'enthousiasme si éclatant que les paroles » de 1 Empereur ont inspiré aux grands corps de VËtat > et à tous les bons citoyens » . Les avertissements sont parfois motivés de la façon la plus vs^ue : un article de Y Union du Var attire sur ce journal le courroux administratif, « attendu que cet article est très-incon- » venant et très-malveillant pour les actes du gouverne- » ment » .
Le Correspondant, dans son numéro du 25 avril 1857, insère un article intitulé : De f appel comme dabus^ portant la signature de M. de Montalembert, le ministre lance aussitôt un avertissement contre cette revue, «considérant que cet article contient une excitation au mépris des lois, et tend à semer la discorde entre l'État et TÉglise » . Le Siècle^ dans un article relatif aux élec-
SOI LÏMPtRË;
tiotib de IS57, m fkisebt rorgâfle des craintes dés àtiii^dé la révolùtioti) er) pfékeucl' de ràlllàticé eutr^ le g[ouveMie-> ment et lés oléPicaux, déclare-t-il que voter pour leà eindidal officieli, o'e&t porter atteinte indirectement aut principes de 1789, eet article^ signé par son directeur pô» litiquë^ attire un avertissement à ce journal. 11 en avait déjà reçu deux. Un troisième, aux terme» de la loi, te menaçait dd la «uspen^ion ; heureusement, le ^uvernti^ ment) voulant avoir Tatr de laisser à la lutte électorale la plus grande latitude, déclara qu'il né voulait pas «frapper aux derniers jours de celte lutte même Tun des orf^anes les plus vift et les plus agissauts d'une opposition dont l'opinion publique appréciera la portée ». Le Siècle, averti une troisième Tôis, ne fut donc pas suspendu» La JRef)ue de Paris-, moins heureuse, avait été frappée d'une suspension de deux mois, le 9ft janvier 1857. VÉcko de rAitde eut son tour le mois suivant : ce journal déclara, en recevant le décret de suspension, qu'il cessait de paraître. Le mois de juillet fut signalé par la suspension de Y Assemblée nationale et de la Foi bretonne. L'année 1857 se termina par la suspension de la Presse et par la suppression de la Gazette du Languedoc.
Le gouvernement, outre \ avertissement^ qui constituait une pénalité, s'était réservé le droit de répondre auï journaux sous forme de communiqué. Le communiqués, ne portant aucune signature, rédigé presque toujours eti termes cassants^ souvent impolis, devait êtro inséré en tête du journal avant tout autre article. L'administration lui donnait toutes les formes, même celle du réquisitoire : lé sous-préfet de Cherbourg termine un communiçui adressé au journal de cette ville pAr cea mois : «l'article
LE PUBUQ BT L'ANNONCE. 90t
RriMttt m pouita être précédé ni sbivî d'aucune rectifiâition, d'aucttU commentaire) lii môme du présent ré^ fumiùb^ B » Le J&ttmai de ia Gôîe-iOr^ ayant publié lé ffiémotre dé M» Bocher suf les biens de la famille d'Or^ léftM» Mt obligé de reproduire les articles publiés par Ml Grauter de Gassognao dans le CQmiituiionml^ pour justifier t3ètte mesure ; Y Union est également foret^ d'in^* sérer la réponse officielle faite à un article de M. Anot de MézièrW) iâspeoteur d'Académie à Versailles^ destitué Itfi^tuèoie pour le fait de sa publication* Les fonctioûsaires de tout ordre se croyaient lé droit d'adresser des cmmfjmifuêë aux journaux, et ils en usaient largement. Le gouvernement était trop maître de la presse pour qu'elle pàt lui inspirer la moindre inquiétude. L'opinion publique, qui feit la ibrce de la presse, ne lui revenait (|u'avéc uue lenteur qui s'explique surtout par des cir^ GOtisbUices particuliài^« La France était lancée en plein daDs un mouvement industriel, cause de fortunes et de ruines nombreuses. Le journalisme avait pris par l'an- Donee une part active à ce mouvement» Toutes les préc&ùUnus étaient bien prises dans les joufuaux pour s*op« poser à la trop grande iuQuence de l*annonce : elle fut complétetnetit aux ordres de la politique, elle obéit k sa censure, elle se soumit à son visai Si on lui fermait la porte du journal, elle s'en allait s&tis murmurer; le rédac-^ tMir en cbef avait droit de vie et de ttort sur elle, mais un homme a-t-il la conscience bien libre pour exercer ce droit lorsque sa fortune, celle de ses actionnaires^ de «es collaborateurs, de ses ouvriers, dépendent des recettes d'une compagnie qui a pris à bail sa page d'annonces? Voilà ce que se demandait un public défiant^ comme si le
mouvement industriel auquel il s'associait lui«-mème avec tant d'ardeur n'avait été qu'une espèce de conspiration de la filouterie et de l'annonce. Le mouvement industriel a produit do bonnes et mauvaises entreprises, mais les meilleures ellesrmômes n'auraient pas pu se constituer sans le secours de la publicité des journaux ; malheureusement, le public français veut que tout le monde le protéfçe, il ne lui suffît pas que son journal lui dise : « je n'accepte pas la responsabilité de mes annonces » ; il n'attache pas toujours assez d'importance à cette déclaration, et s'il perd de l'argent dans une aflaire, il s'en prend à son journal* La présence de financiers célèbres à la tête de plusieurs journaux n'était pas faite pour diminuer la méfiance contre le journalisme. Le public entendait parler tous les jours de fortunes faites par cer« tains journalistes, et il les suspectait tous. Quelques-uns furent ouvertement désignés. La Patrie se crut obligée de publier cette note :
< Le public s'est ému de la présence trop fréquente à la bourse de plusieurs personnes attachées au journal la Pairie , en cela le public a eu raison, un journal ne peut mériter sa confiance qu'à la condition de ne donner lieu à des soupçons d'aucun genre.
m En ce qui nous concerne personnellement, nous croyons pouToir déclarer, et le public le sait d'aÛleura, que jamais nous ne nous sommes livré à aucune spéculation de bourse ; mais ce n'est pas assez, et nous considérons comme indispensable qu'il en soit de même de toutes les personnes qui sont sous nos ordres.
> Par ces considérations nous avons dû faire quelques modifications dans le personnel attaché au journal, et le public peut être assuré qu'au besoin les mesures les plus sévères seront prises ultérieurement pour qu'il ne lui reste aucun motif de défiance sur les nouvelles qui lui seront transmises par la Patrie. >
Le public croyait peu à ces protestations. Il avait pu remarquer après le coup d'Ëtat que des journaux sérieux