‹ Histoire du second empireChapitre 49 sur 176 · LES CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES. S · texte numérisé non relu

LES CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES. S

Un décret présidentiel fut rendu le ai !janvier 185^ expressément pour faciliter aux congrégations de femmes les moyens d'obtenir leur reconnaissance. L'Ëglise comptait déjà mille huit cent trente-six établissements rel^ux, parmi lesquels quatre-vingt^-quinze congrégations de femmes à supérieure générale et deux cent vingt-quatre à supérieure locale : les premières avaient le droit de fonder des établissements sur toute l'étendue du territoire français ; les secondes seulement dans la circon* scription du diocèse ou des diocèses mentionnés dans le décret qui les a reconnues ; cinq cents maisons religieuses étaient dispensées de la reconnaissance légale. Treize associations religieuses d'hommes voués à l'enseignement primaire tenaient 17&9 écoles ; les congrégations, depuis ia loi du 15 mars 1830, avaient repris leur place dans renseignement secondaire ; les jésuites dirigeaient 16 éta- Uissements libres soutenus par les souscriptions, les offrandes, les dons volontaires des fidèles et des membres de la compagnie elle-même. Le père de Blacas donna une somme de 600 000 francs au collège de Sainte-Marie à Toulouse ; les dominicains ou frères prêcheurs, les bénédictins reprirent le cours de leurs anciens travaux dans renseignement ou dans la science.

Cinq congr^ations pour la conversion des païens avaient leur principal point d'appui dans \ Œuvre de la propagation de la foi établie à Lyon en 1822 ; un pater et un ave appliqués tous les matins à la conversion des gentils et cinq centimes par semaine font un membre de cette association, et lui donnent droit à toutes les induU gences dont elle dispose ; un percepteur reçoit les dons de dix membres, un autre percepteur est institué pour dix de

ces dizaines, un troisième percepteur prend cette recette et la Yerse dans la caisse centrale ; deux conseils siégeant l'un à Paris, l'autre à Lyon, répartissent les fonds entre les congrégations. La recette totale s'élève à près de trois millions et demi dont deux millions fournis par la France. De nombreuses associations laïques venaient au secours des associations religieuses. La société de Saint-Vincent de Paul, la plus puissante de toutes, avait pour but de ramener le pauvre à la pratique des devoirs religieux, de remplacer les unions illicite» par le mariage, d'établir des écoles; le centre de cette société 'était à Paris, elle y comptait cinquante de ses conférences, son revenu dépassjiit 200 000 francs par an.

La force dont disposait cette armée religieuse avait éti mise au service du coup d'Étal. Le clergé régulier s'associa dès le début de la dictature à la fortune du dictateur. Quelle fut la conduite du clergé séculier?

Le gouvernement du général Cavaignac avait donné pour successeurs M, Affre, archevêque de Paris, M. Sibour, évoque de Digne, auteur d'un li^re dans lequel il réclamait une plus grande indépendance pour les chapitres et pour le clergé inférieur. M. Sibour, choisi par les électeurs des Basses-Alpes comme candidat aux élections de 1848, avait refusrî ce mandat pour se Consacrer tout entier à ses fonctions épiscopales. Dès sou arrivée à Paris, il s'empressa de visiter les ateliers, prôcha les ouvriers, leur parla de la rédemption du prolétariat et du devoir de défendre la constitution. Le diocèse de Paris, sous l'active impulsion de son archevêque, donna le premier l'exemple de la tenue des conciles provinciaux, Un décret sur la conduite que le clergé devait tenir dans

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tes affaires politiques, fut Tacte le plus important du concile de Paris; M. Sibour lui donna une gravité particulière, en le publiant avec des commentaires dans son mandement de janvier 1850. 11 disait à ses collabora* leurs que TÉglise n'a pas été établie en faveur de tel ou tel goavemement, que les prêtres doivent se tenir en dehors des luttes politiques, et ne point se présenter aux élections, ni écrire dans les journaux, leur devoir est de prêcher le respect des lois et Tamour de la patrie. L'évèque de Chartres prit feu contre ce mandement, et M. Sibour fut obligé de déférer la critique peu mesurée de son collègue au saint-siége, qui se contenta de conseiller au bouillant Clausel de Coussergues de retirer les expressions blessantes dont il avait pu se servir contre un de ses collègues de l'épiscopat.

Le concile de Paris avait porté un autre décret contre les eneurs qui renversent les fondements de la justice et de la charité^ sorte do réponse aux théories socialistes de l'époque ; M» Sibour, portant ce décret à la connaissance des prêtres de son diocèse dans son mandement de juin 185 1, s'enhardit à proposer au nom de la religion une alliance à la philosophie pour rétablir la morale et la société* Ce n'était pas trop, selon lui, de toutes les lumières réunies de la foi et de la science, «pour dissiper les épaisses ténèbres qui nous environnent, et nous faire sortir du dédale dans lequel nous nous trouvons en«fermés » .

Lorsque Venise, de sa voix expirante, invoqua le secours de la France, M. Sibour ne craignit pas d'ordonner des prières pour elle ; le bruit se répandit même dans le clçi^é de Paris qu'il avait écrit au pape, à Gaëte, pour

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lui conseiller de renoncer au pouvoir temporel. L'arche* vèque de Paris avait institué la Fêle des écoles : chaque année, le dimanche qui précède TAvent, le ministre de r instruction publique et les principaux employés du mi* nistère, les membres de l'Institut, les notabilités des sciences, des lettres et de l'enseignement, les professeurs, les élèves des écoles spéciales supérieures, les élèves les plus distingués des lycées et des institutions publiques, les représentants de la presse devaient être conviés à une messe après laquelle les membres de la réunion liraient des vers, prononceraient l'éloge d'un saint connu par sa science, et célébreraient dans un discours ralliance entre la philosophie et la religion. Le programme de la fête instituée par M. Sibour proposait un prix de 1000 francs à l'auteur du meilleur mémoire sur les rapports entre la science et la foi. Le jour où la fête des écoles eut lieu pour la première fois, ce prix ne fut pas distribué faute de concurrents. Le programme de la seconde fête des écoles portait comme sujet de prix pour l'année suivante: • « De r influence du christianisme sur le droit public européen. » La fête des écoles parut froide malgré le Te Deum^ la bénédiction du saint-sacrement, le discours de M. Sibour sur saint Augustin, et la présence de M. Fortoul, ministre de l'instruction publique ; la lettre pastorale dans laquelle l'archevêque de Paris explique sa pensée, n'en reste pas moins comme le manifeste du clei^é libéral.

Un tel pasteur ne pouvait pas être du goût du parti représenté par l' Univers. Ce journal avait seul protesté contre la loi sur l'enseignement, fruit, disait-il, d'une dangereuse collaboration ; il s'efforça d'entraîner l'éplscopat

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à refuser la part de surveillance qui lui revenait sur les écoles ; plusieurs ecclésiastiques du diocèse de Langres protestèrent, à Texemple de V Univers, contre l'adhésion donnée à la loi par M. Parisis, leur évoque ; Y Univers ne cessait de provoquer le clergé à semblables protestations ; il aurait mis le feu à TËglise si le pape n'était intervenu pour éteindre ce commencement d'incendie.

L' Univers^ trouvant les noms de Maistre et de Bonald trop osés, avait inscrit sur son drapeau le nom de M. Donoso Cortez, journaliste espagnol converti, député revenu des erreurs parlementaires, nommé marquis de Yaldegamas et ministre d'Espagne à Paris par la reine Isabelle, auteur d'un gros livre de philosophie politique et religieuse^ dont tous les principes peuvent se résumer ainsi : Il n'y a d'autorité que dans l'Église, ni de gouvernement logique que dans la théocratie ; en politique comme en religion, tout découle du principe d'autorité ; la liberté, fille de l'enfer et du péché originel, cause de tous les désordres qui ont ensanglanté la terre, mère du libéralisme lequel a procréé le socialisme, est le fléau universel ; dans la société il n'y a pas de droits pour les citoyens, mais des devoirs, car s'il existait des droits, on pourrait s'in* surger pour se défendre, et se soustraire à l'obéissance due à toutes les puissances^ depuis le pape souverain seigneur et les rois jusqu'aux nobles et aux chefs. Si les sujets se révoltent contre les rojs, l'Église les condamne ; si les rois se révoltent contre l'Église, elle les dépose. L'Église, domptant ainsi la tyrannie et la révolte, devient l'arbitre du monde. Les théories de M. Donoso Cortez n'étaient au fond que celles de M. de Maistre gonflées d'emphase espagnole.

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La scolastique de saint Thomas avait trouvé une politique dans le livre de M. Donoso Corlez, V Univers^ réduit au silence sur la loi de renseignement, essaya de tirer de cet ouvrage une littérature ; il porta la discussion sur le terrain des livres et des méthodes, et parla de transformer l'éducation. La littérature du nioyen âge convenait seule à la réforme proposée ; Tabbé Gaume se chargea de le démontrer dans un livre intitulé le \er rongeur. La littérature» d'après l'auteur, se partage en deux époques: Tune, la bonne, comprise entre . la chute de Rome et la fin du moyen âge; l'autre, la mauvaise, commençant à la renaissance et finissant à nos jours. L'abbé Gaume trouvait encore bien du paganisme chez les pères de l'Église, depuis la renaissance il y a du paganisme chez tous ceux qui ont écrit ; ce ver rongeur communique aux sociétés modernes la terrible maladie qui les fait périr. La renaissance, en substituant le culte de Tantiquité classique à l'étude de la littérature chrétienne du moyen âge, et en abandonnant saint Grégoire, saint I^éon, saint Thomas et les latinistes du vni° siècle, bien supérieurs, malgré leurs barbarismes, à ceux du siècle d'Auguste, pour les remplacer dans les écoles par Virgile, Horace, Cicéroo, Tite-Live, Tacite, rendra cette maladie inguérissable, si l'on ne se hâte de changer le système des éludes. L'Église parut surprise devant Xultimatiim brusquement posé par l'abbé Gaume et soutenu par V Univers. L'Église sfe vante souvent et se fait un titre d'hoimeur d'avoir propagé les études classiques par ses papes, ses cardinaux et ses corporations religieuses; il semblait dur à quelques prélats de renoncer pour elle à cette gloire. M. Dupanloup, qui faisait jouer des tragédies grecques par les élèves de son petit

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