LE VER RONGEUR
séminaire d'Orléans^ se jeta courageusement dans la polémique suscitée par le livre de M. Gaume, et publia des mandements qui contiennent des réponses fort vives contre le rédat^teur en chef de l' Univers; il finit par l'excommunier en quelque sorte, en interdisant la lecture de Y Univers aux curés de son diocèse. M. Dupanloup réunit en faveur de Tétude des classiques quarante-cinq adhésions parmi ses collègues ; les autres évêques se rangèrent plus ou moins ouvertement du côté de l'abbé Gaume; ceux-là môme qui- avaient la prétention de rester neutres dans la querelle, laissaient échapper le secret de leurs préférences réelles dans des lettres comme celle-ci, adressée par Vévêque de Gap à Tévèque d'Orléans ;
€ Monseigneur,
» Je crois en Dieu, créateur de TUnivers, mais je ne crois pas à la bonne foi de ceux qui veulent détruire VU}iiv(*rs.
j> Je crois en Jésus-Christ qui a établi son Église avec les docteurs chrétiens, mai» non avec les doctes du paganisme.
» Je crois au Saint-Esprit qui a parlé par les prophéties et non par les Sibylles.
» Je crois à la communion des Saints, mais je ne veux pas être de celle du Siècle, des Débats, de la Presse et du Chiinvari.
9 Je crois à la résurrection des morts, mais je crains beaucoup celle des gallicans et des parlementaires.
> Je crois à la rie éternelle, mais je ne veux pas de celle des Champs* Élysées, quelque belle que la fassent les poètes païens.
> C'est-à-dire, monseigneur, que je suis pour l'adoption des auteurs chrétiens dans une juste proportion, sans renoncer aux chefs-d'œuvre de Rome et d'Athènes soigneusement expurgés de ce qu'ils ont trop souvent de contraire aux bonnes mœurs et à la foi catholique. »
V Univers, soutenu par la moitié de Tépiscopat, put redoubler de vigueur dans la campagne entreprise contre M. Sibour et contre les classiques. L'archevêque de Paris, ayant averti une première fois ce journal, fut obligé de le suspendre. Le mandement de suspension de V Univers
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était motivé par <c ses insultantes et calomoieuses accusations contre quelques évoques, sa persistance à railler avec un rire imité de Voltaire les prêtres qui défendent r%lise à l'aide d'une méthode que les écoles du monde catholique ont consacrée, ses tentatives pour rendre quelques prélats odieux » . Il ajoutait dans son dernier con* sidérant : « L' Univers a méconnu les règles de la controverse chrétienne et même de la simple honnêteté; au lieu de discuter avec mesure et modération pour établir ses opinions ou ses doctrines, il a eu recours aux facéties, au persiflage le plus insultant pour déconsidérer les personnes, il a calomnié des prêtres et des évêques français en répétant avec affectation qu'on poursuit en lui un journal ullramontain. »
V Univers^ suspendu par Varchevêque de Paris, trouva un défenseur dans l'évêque de Moulins, qui déclara publiquement que « la suppression et même la suspension de ce journal serait un malheur pour le catholicisme». L'archevêque de Paris répondit à ses adversaires par un mandement qui se termine ainsi : a Nous n'avons qu'un » juge en dernier ressort des actes de notre administration, » le chef visible de TÉglise, notre saint-père le pape; le » recours à son tribunal est ouvert non-seulement aux » écrivains du journal VDmvers^ mais aussi à ceux de » nos vénérables collègues qui apprécieraient autrement » que nous la situation qui nous est faite par le présent » acte de notre autorité. »
M. Sibour, renouvelant le blâme qu'il avait infligé à V Univers le 20 août 1850, défendit à tous les ecclésias-
tiques et à toutes les communautés religieuses de son diocèse de lire ce journal, et aux ecclésiastiques d'y