‹ Histoire du second empireChapitre 51 sur 176 · LOTTE ENTRE L' ARCHEVÊQUE DE PARIS ET VUNIVEHS · texte numérisé non relu

LOTTE ENTRE L' ARCHEVÊQUE DE PARIS ET VUNIVEHS

écrire ; les journaux et les revues catholiques du diocèse furent en même temps priés de ne plus reproduire dans leur rédaction, en manière de qualificatif injurieux, les termes d'ultramontains et de gallicans. Comme si interdire les mots, c'était supprimer les choses. «Comprimée dans la société civile, avait dit M. Sibour dans une lettre adressée aux journaux religieux, la démagogie a fait invasion dans l'Ëglise par le moyen d'une partie de la presse appelée catholique. La démagogie dans l'Ëglise, c'est le presbytérianisme et le laïcisme voulant se substituer à l'épiscopat pour l'enseignement et pour le gouvernement des âmes. La démagogie tend au renversement de la constitution de l'Église, et sous le masque du plus grand dévouement au saint-siége, elle attaque d'abord l'autorité épisoopale en attendant l'heure de se tourner contre le saint-siége lui-même. » Le saint-siége ne parut nullement effrayé de ce péril ; il n'y avait, en effet, ni presbytériens dans le camp de Y Univers^ ni gallicans dans celui de Tarchevêque de Paris ; le temps n'était plus où Lamennais se plaignait avec tant d'amertume du gallicanisme épiscopal, et où M. d'Âstros, archevêque de Toulouse, dénonçait les doctrines de Y Avenir. Le haut clei^é, de plus en plus ultramontain, consentait à recevoir la liturgie romaine, et tous les décrets des congrégations romaines y compris celle de Y Index; il considérait la suspension de Y Univers comme un malheur pour le catholicisme; les curés s'inquiétaient de savoir s'ils pourraient lire ce journal ; l'évêque de Châlons répondit à ce sujet à un de ses collaborateurs : « Vous me de- > mandez si je trouve bon qu'on lise l' Univers. A vous

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x> parler franchement, je n'ai pas de raison de le trouver n mauvais. Le rédacteur de ce journal est un homme » de zèle et de probité ; il est homme de foi et homme » d'esprit. Cette qualité qui le rend supérieur à tels » et tels qui courent la même carrière, n'est pas propre à » le leur faire aimer ; il y a de Thomme partout, et beau- » coup. Quant à moi, je suis abonné à V Univers, et je 9 continuerai à Tètre ; c'est vous dire assez qu'on peut » en faire autant. Si l'on m'en demandait la raison, je » répondrais ou ne répondrais pas, n'ayant de compte à » rendre qu'à Dieu, en de telles affaires, de mes actes et » de mes actions, n Accuser un archevêque, un collègue^ on prêtre, de n'obéir dans une circonstance anissi grave, directement ou indirectement, qu'à la jalousie littéraire, cela n'avait rien de digne ni de charitable. La querelle s*envenimait et se changeait en véritable combat entre les derniers gallicans et les ultramonlains. M. de Dreux* Brézé, évêque de Moulins, publia une réfutation de la lettre de M. Sibour et un plaidoyer en faveur àeVOni* t>ers^ à la grande surprise du public qui se demandait comment un prélat légitimiste pouvait se faire le champion d'un journal auquel, d'après lui-même, OQ pouvait reprocher a d'accepter tous tes événements avec trop de complaisance, d'acclamer avec excès l'autorité et la liberté selon le souffle du moment, de paraître convier le clergé à n'apprécier Tune et Tau Ire qu'au point de vue de son avantage, et de compromettre ainsi b dignité du prêtre devant la conscience publique ». M. de DreuX'Brézé, sans nier « les tristes habitudes de polé^ mîque de V {/mW^, ni son fatal oubli du sens moral dans flon acception la plus élevée» , ajoutait : « s'il tâche d'eser-

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cer une pression sur les évéques et de fomenter le presbytérianisme^ au moins cela ne se produit pas à NeVers.» M. Sibour, ett déférant au pape la lettre de M* de Dreux-Brézé, constate que la portée naturelle de cet âdé, c'est dé frapper de blâme une sentence rendue par un éyèque dans l'exercice canouique de ses fondions. M. Sibour éprouve, on le scntàson langage, une rive émotiotl :

• Moi vivant, ta presse religieuse sera surveillée, et au

• besoin réprimée par les armes dont je dispose, les » armes spirituelles ; elle restera dans son devoir ou elle » sortira du diocèse, elle ira chercher ailleurs une juri- » diction plus complaisante pour prêcher le mépris de la » hiérarchie et faire la guerre à Tautorité que je tiens » de la miséricorde divine et de la grâce du saint-siége » apostolique. )»

Les rédacteurs de la feuille interdite, devançant l'archevèque de Paris, avaient soumis son mandement au pape ; la décision du saint-sirge était attendue avec Impatience : Pic IX hésitait. M. Salinis, évêque d'Amiens, ancien disciple de Lamennais, réussit à mettre fin aux hésitations du saint-père. Les ultramontains, sûrs du triomphe, répandaient déjà le bruit qu'un avertissement secret serait adressé à M. Sibour^ et que cet avertissement serait rendu public s'il ne se soumettait pas tout de suite.

Une lettre encyclique du pape adressée aux cardinaux, archevêques et évéques de France, et une autre lettre adressée à M* Veuillot par M. Fioramonti, secrétaire du pape, mirent fin au débat. Yoici le passage important de cette seconde lettre :

« Vous n^avez jamais rien fnis atf-dessus de la doctrine catholique ^«is tovs été» appliqué à doBDer sur les autres la prééminence aux in-

stitutions et aux statuts de rÉglise romaine, voilà pourquoi TOtre journal excite tant d'iutérôt partout, et on le regarde comme très-propre à traiter les choses qui doivent Têtre dans le temps présent. 11 n'est pas étonnant que des personnes qui tiennent fortement à certains principes, à certains usages, à certaines coutumes, soient d'un autre avis, et que, ne pouvant rejeter ouvertement les doctrines de votre journal, elles cherchent à voir s'ils n'auraient pas autre chose à reprendre que la vivacité de son langage et sa manière de l'exprimer. I^es autres rédacteurs religieux vous attaquent avec une vivacité d'autant plus déplorable qu'elle retarde le mouvement de plus en plus marqué qui entraîne les populations vers Tobébsance et l'amour du saint-siége apostolique, et contrarie la nation qui se fait manifestement remarquer par le vif désir de se voir unie par des liens plus étroits à la mère et maîtresse de toutes les

Églises Continuez, mais soyez pîiident, ceux (|ui vous attaquent

uniront par reconnaître votre talent et votre zèle. »

Le 7 avril 1853, \ Univers publiait la note suivante en tète de ses colonnes :

a Nous, Marie-Dominique-Âuguste Sibour, par la miséricorde divine et par la grâce du saint-siége apostolique, archevêque de Paris;

> Après avoir pris connaissance de la lettre encyclique adressée par notre saint-père Pie IX aux cardinaux, archevêques et évêques de France, sous la date du 21 mars 1853 ;

» Voulant mettre en pratique les conseils qui y sont contenus, et entrer, pour notre part et sans réserve, dans les intentions du chef 4e

l'Église ;

» Désirant contribuer par là à l'apaisement des discussions qui ont été soulevées dans ces derniers temps et réjouir le cœur du souverain

pontife ;

}> Nous levons spontanément les défenses portées dans notre ordonnance du 17 février. »

Les remarquables lettres pastorales de M. Guibert, évêque de Viviers, contre Y Univers^ avaient fort dimiDué rinfluence.de ve journal; Tarchevèque de Paris Taccrul en engageant avec lui une lutte d'où il sortit vaincu. Les rédacteurs de V Univers publièrent une déclaration relative à la levée de T interdit épiscopal dans laquelle^ à travers une feinte modestie, perce l'accent du triomphe : « Cet acte nous impose une nouvelle et plus » clroite obligation de n'user de la liberté qui nous est

DÉFAITE Dfi L'ARCHEVÊQUE DE PARIS. 22d

» laissée que pour corriger dans notre œuvre ce qui a • besoin d'être corrigé.,. Nous devons surtout nous » attacher à éviter tout ce qui pourrait paraître cons traire à cette modération chrétienne qui n exclut pas >]a défense libre, franche, énergique de la vérité...

> Notre rédacteur en chef, M. Louis Yeuillot, est encore à » Rome; mais les sentiments que nous exprimons furent » toujours les siens, et dans les lettres que nous avons » publiées récemment, il a déjà pris, en son nom et au » nôtre, les engagements que nous sommes heureux de

> renouveler aujourd'hui. »

Les rédacteurs de Y Univers se rendirent en corps à Farchevèché pour offrir leurs hommages respectueux à M. Sibour. L'archevêque de Paris dut se sentir profondément humilié de cette réconciliation : accuser les gens d'être scandaleux, impérieux, diffamateurs, et les embrasser pour obéir au pape, c'était le triomphe de la discipline ecclésiastique, mais non de la dignité épiscopale.

Le pape, en se rangeant du côté de l' Univers contre un évèque, avait pris une résolution grave. Les cardinaux italiens étaient trop fins, trop éclairés, pour se tromper sur le compte des rédacteurs de V Univers : leur esprit devait répugner au ton, au langage de ce journal; mais TËglise ne parle pas uniquement aux gens lettrés, délicats, aux consciences scrupuleuses, aux esprits sérieux ; elle a besoin de se faire écouter aussi de la plèbe ignorante et vulgaire, immense public qui demande prédication a sa taille. Les moines de tous les ordres catéchisaient autrefois ce public. L'Ëglise cherchait à reniplacer le xfioine par le journaliste, le sermon par l'article. A quoi

boD combattre h philosophie? Ne vaut*il pas mieux turlupiner les philosophes? M. Yeuillot et les rédacteurs de V Univers remplaçaient pour TËglise les anciens sermonnaires de la borne et du carrefour.

Lç saint-père demandait dans son encyclique qu'on encourageât les laïques à écrire pour la défense de la religion : «s ils se trompent, qu'on les redresse avecdouceur, » Les laïques répondirent en foule à cet appel. M. Sauzet, ancien ministre, ancien président de la chambre des députés sous Louis-Philippe, demanda que le mariage civil et le mariage religieux fussent réciproquement obligatoires. C'était transporterie mariage et par conséquent la société dans la religion, et défaire l'œuvre de la révolution, M. Sauzet s'était, comme tant d'autres libéraux, réveillé au lendemain de la révolution de Février légitimiste, et ultramontain ; sa proposition soulevait les questions les plus importantes : L'acte de mariage serait-il inscrit sur Tétat civil au moment même de sa célébration! le bifferait-on s'il n'était pas suivi du mariage religieux? Après quel délai le mariage civil serait-il nul faute d'avoir été suivi de l'autre? Le mariage civil nesera-t-il porté sur lé registre qu'après preuve donnée de Vacoomplissemeot du mariage religieux? Se marierait-on en deux fois, et la première serait-elle en quelque sorte provisoire! Le mariage, quelle que fût la solution donnée à ces quesstions, dépendait en réalité du prêtre, libre de ne pas admettre le mariage mixte et de refuser Tabsolutioa au mari. M. Sauzet ne se préoccupait pas de savoir quel serait l'effet du mariage civil dans le cas où l'un des conjoints viendrait à mourir entre les deux mai riages. L'essentiel était d'en finir avec une législation

LE PROIKT PK ^ÂGRE. 23i

qm p étoit »i|]| yeii^ du p^rti clérical que U wnctiop du coQpubioager

l>s exigeoo6s de ce parti ne se boroaieqt pas à la suppression du mariage (3i\îl ; il voulait le droit e:(clusif (te désigner et de nommer lei$ évèque^, le retrait de$ arti-^ clei organiques du concordat, l'observation du dimanche ; à ee prix, mais à ce ^m seul, Pie IX consentirait à se rendre à Paris pour sacrer Napoléon III.

Les cérémonies et les fôtes du mariage de l'Empereur terminées, il fallait bien trouver d'autres motifs de fètei et de cérémonies. Quel programme plus vaste à remplir que celui d'un sacre? L'idée de renouveler le couronne^ ment de Napoléon I" à Notre-Dame devait sourire à Napoléon III; un voyage en France n'était pas non plus désagréable au pape. Les choses d'apparat et de mise en scène ne lui déplaisaient pas : il serait donc venu avec plaisir à Paris, dût celle course ne lui rapporter^ au lieu de la suppression des articles organiques, que le plaisir de traverser la France et de bénir Paria. Ses conseillera ordinaires eurent de la peine à lui faire comprendre qu'un pape peut, à la rigueur, se déplacer pour sacrer un fon«dateur de dynastie, mais qu'un métropolitain suffit à couronner un empereur ordinaire. Le pape ne quitta donc pas Rome, et Paris dut renoncer au spectacle d'un sacre ; il le comprit le jour où il lut dans le Monitmr un démenti fort sec donné à tous les bruits qui circulaient sur les prétendues modifications du concordat.

Malgré quelques accès de mauvaise humeur l'un contre l'autre, le clergé et le gouvernement vivaient en bonne inlelligenoe. Si quelques prêtres faisaient entendre un autre langage que celui do Véloge, on leur imposait vile

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silence; la chaire était surveillée. Le père Lacordaire prononça devant le cardinal Donnet et devant Tarchevèque de Paris, à Saint-Roch, un sermon qui contenait ces passages : « Il ne faut pas faire le mal pour que le bien en » sorte, quelque puissantes que soient les vues, quelque » grand que puisse être le résultat, même quand il s'agit » de ce qui s'appelle sauver un pays... Dieu permet qu'il x> y ait des empereurs et des bourreaux pour qu'il y ait » des saints et des martyrs,... » La police fit son rapport, les ministres se réunirent ; le préfet de police se rendit par leur ordre à Tarchevèché et somma M. Sibour de lui dire tout ce qui s'était passé à l'église de Saint-Roch. Le prélat convint que le père Lacordaire avait pu, sans y songer, prononcer quelques mots dont Tesprit de parti pouvait s'emparer , et quelques citations inopportunes. Le père Lacordaire, qui s'était retiré à Flavigny dans une maison de son ordre, déclara dans une lettre que la sténographie de son discours était inexacte , et qu'il avait parlé comme il parle depuis vingt ans. Le gouvernement se contenta de cette déclaration, et l'affaire n'eut pas d'autres suites.

Les catholiques libéraux auraient peut-être approuvé en 1849 VUnivers stimulant par les phrases suivantes le zèle des maires à combattre le colportage démocratique : « Avec les ridicules idées de liberté et de respect des opi- X» nions, avec l'opprobre public jeté sur l'inquisition et la » crainte de la faire revivre^ avec l'absence de foi et de » règle dans les consciences, peut-on supposer que les » maires soupçonneront qu'ils ont en ce point (le col- » portage) quelque devoir à remplir? » Mais en 185â, les catholiques libéraux commençaient à trouver qu'il n'était

U CHAIBE EST SORVEILLÉE. 233

pas bon de vanter Tinquisilion non plus que la Saint- Barthélémy et la révocation de l'édit de Nantes. On sait de quelle vénération les légitimistes entourent les parlements et leurs grands magistrats, les Lamoignon, les Malesherbes, etc. Quelle ne dut pas être leur douleur 60 lisant dans V Univers que a si I^ouis XYI avait transi formé en parfement quelques compagnies de gardes » françaises, il en aurait reçu de meilleurs conseils que > de tous ces robins entichés de leur importance et de i leur popularité» « et que Louis XYI était un roi auquel « les idées philosophiques avaient brouillé toute espèce d'idée de justice et de devoir» .

La querelle entre Y Univers et le parti catholique libéral était si ardente, que la feuille ultramontaine s'emporta jusqu'à répondre à un journal qui figurait au premier rang de ses adversaires : « Si Y Union était catholique ou même honnêtement protestante , elle ne consacrerait pas ses apologies au système de gouvernement inauguré en 181 &. Elle lutterait plutôt contre la pente qui y entraîne tant d'esprits aujourd'hui et qui en rend le retour trop facile ; car, pour le voir remis en pratique, il n'y aurait plus besoin d'un prince aussi profondément perverti de cœur et d'esprit que Tauteur de la Charte: il suffirait d'un prince faible. » V Univers, en S50, imposait d'autorité la fusion aux princes bannis ; en 1856 , il traite cette fusion « d'alchimie, de ridicule mixture» , et il la flétrit comme « un acte de scepticisme» . Le réveil de la croyance au merveilleux coïncide toujours avec le réveil de l'esprit religieux. Les tables tournantes, prises au sérieux par des prélats, leur fouruirent roccaslon de lancer des mandements pleins de considéra-

%m L'EMPliiE,

tioQs profondes 3lir las bons et si^r les m^uv^s esprits. Les fidèles, prévenus qqe Siit^n avait rep^tru sur la terre, se mettent q, trembler ; les curés se lanceqt dans Térudi* tien, li'un d'eux écrit k V Univers que le trépied dô Delpbes était une table tournante et parlante: «L'Ëcriturp » sainte a consacré cette expression pour nous raconter p les prouesses de TEsprit des ténèbres; il nous tente eu » tournant aulou r de nous, circmt quœrens quem devoret. >» Les démons ne sont pas, heureusement, les seuls à f^ira des miracles, ûepx enfants, Mai(imin Giraud et Mélanie Mathieu, laissant leur troupeau sous la garde des ctiieos, dormaient, par une chaude matinée du mois de septembre 1853, au bord d'une fontaine sur la Salette, montagne des Alpei^du Dauphiné ; tout à coup ils sont réveillés par une damç dont la tête est sqrcliargée d'une coiffure en pain de sucre; upe robe blanche brodée d'une tenfi^ille et d'un marteau, un sabot jaune frangé d'argent, et une écbarpe ornée d'une guirlande de roses forment soq costume; elle est chaussée de souliers blancs à pompons. Cette dame dit au berger et à la bergère : Je suis la Vierge ; ou danse trop, on no va pas assez à la messe, on fait gras ; si cela continue, les pommes de terre, qui sont déjà passabiemenl nialades, périront tout à fait; que ceux qui ont du blé ne le sèment pas, ou les insectes le mangeront ; une gi^nde famine est prochaine, sans compter une mortalité générale; les hommes feront pénitpnce par la faim, à moins qu'ils ne se convertissent ; alors les pierres se changeront en blé, et Ton n'aura pas besoin de semer les pommes de terre pour les cueillir, La Vierge, en quittant les enfants, leur communiqua un secret important en leurre^ commandant de le faire passer à « son peuple u .

DES MIRACLES SB PflODUlSENT. §86

Les deux enfants racontçqt Tapparition au ouré de leur village. Ce dernier TanDonce à sou évèque, qui fait part de ce miracle à quatre cents religieuses en retraite an- Duelle à Correne ; le bruit s'en répand de paroisse en paroisse. Une première commissioa refuse de certifier le miracle. Le pastoureau et la pastourelle sont mis au couvent. Maximin, Yert-Vert en sabota, choyé, dorloté, seriné par les nonnes; Mélanie devenue Tobjet d'une espèce de culte, ne tarissent pas en détails sur Tapparitien. L'évèque de la Rochelle prend le miracle sous sa protection . Le diocèse de Grenoble est partagé en deux camps : les incrédules, rappelant la fameux secret dont la mère de Dieu a fait part aux enfants, demandent pourquoi ils ne le communiquent pas au peuple comme la Vierge leur en a donné Tordre ; on leur répond que le pape doit en avoir la primeur. Les enfants, sous la dictée du prêtre, écrivent séparément une lettre au saint-père ; le supérieur du séminaire, rapporteur de la commission épiscopale pour l'examen du miracle, s'ofTre pour porter les lettres à Rome. En vain plusieurs prêtres soumettent-ils leurs doutes au pape au sujet de ce miracle, ep vain lui font-ils remarquer que plusieurs faux miracles ont été admis dans le diocèse ; que la grâce ne produit pas le moindre effet sur Maximin et Mélanie qui ne font que se contredire ; que les relations adoptées dans les livres composés en faveur de la Salelte ne sont point celles qui ont été données en principe ; en vain les signataires de la protestation insistent-ils sur la rétractation de l'un des enfants, et sur l'impossibilité dans laquelle on a toujours été jde pouvoir faire concorder les faits racontés ; en vain prouvenlrils que c'est par l'emploi de tous les

moyens humains et de tous les genres de propagande que* la Salette s'est établie; la cour romaine n'écoute que le supérieur du petit séminaire de Grenoble. Cet ecclésiastique revient de Rome avec dés indulgences spéciales pour le pèlerinage de la Saletle ; Tévèque de Grenoble reconnaît la vérité de l'apparition, institue une dévotion particulière eu son honneur, et fait bâtir un sanctuaire aveo oratoire aux stations où se reposa la Vierge. Une source avait surgi là où elle s'était arrêtée; cette eau miraculeuse, guérissant toutes les maladies, était rapidement devenue Tobjetd'un commerce fructueux. L'anniversaire du miracle fut célébré en grande pompe. Les évèques publièrent des mandements, et permirent de prêcher dans leurs diocèses l'apparition de Notre-Eame de la Salette. Aussi les miracles allèrent-ils se multipliant. L'évèque de Luçon avait, le premier, donné le signal de la propagande eu leur faveur, en annonçant, sur l'autorité d'une visionnaire du département de Vaucluse, que les yeux d'une image de la Vierge remuaient, et que des villes et des provinces voisines on venait contempler ce miracle qui durait pendant des mois entiers, et faisait rentrer les spectateurs dans les voies du salut.

La loi d'enseignement avait reçu de* profondes modifications ; la grande part d'action réservée aux corps électifs, comme les conseils municipaux et les conseils généraux, se trouvait singulièrement restreinte au profit de celle des préfets ; l'intervention du clergé dans la surveillance et dans la direction de l'enseignement était notablement affaiblie. Le parti catholique libéral s'en alarmait, mais comme le clergé régulier et séculier jquissait de la plus grande liberté pour fonder des établissements de

LfiS CATHOLIQUES LIBÉRAUX ET LES ULTA AMONT AlNS. 2^1

charité publique, d'instruction et de prosélytisme religieax, ses réclamations étaient très-modérées. Quant au parti ullramontain, comme les nominations des évéques se faisaient toujours dans son sens, et qu'elles exerçaient unep^rande influence sur le clergé des campagnes toujours disposé à penser comme les évéques, il ne trouvait de comparable au règne de Napoléon IH dans Thistoire de TÊglise que le règne de Charlemagne et de Constantin ; il arborait plus haut que jamais le drapeau de Tabsolutisme dans FÉglise et dans l'État. L'école du Correspondant et de Y Ami de la religion luttait avec plus de talent que de succès contre ces théories, que Rome ne démentait pas, lorsqu'un grand événement eut lieu dans l'Église.

La chute d'Adam et le péché originel transmis à sa race et effacé par le baptême, est un des dogmes essentielsdu christianisme ; Marie, seule des filles d'Eve, a-t-elle été exempte du péché originel et conçue immaculée dans le sein de sa mère? L'%lise catholique, en professant, au dire de plusieurs théologiens, cette croyance de temps immémorial, avait négligé d'en faire un de ces articles qu'un catholique est obligé de croire pour être sauvé. Le moment parut propice au pape pour transformer cette croyance en article de foi. Le pape, en vertu de son autorité apostolique et comme vicaire de Jésus-Christ, créerait-il et proclamerait-il ea: cathedra ce dogme réservé mais non pas nouveau, parce que tout jugement dogma-* tique du pape ou de l'Église n'est que la déclaration de ce qui est contenu explicitement ou implicitement dans la doctrine de Jésus-Christ et des apôtres?

Le saint-père se décida, d'après les traditions de VËglise, à consulter tous les évéques de la catholicité^

pour savoir si la naissance immaculée de la Vierge est uue croyance universelle, et si Ton peut en faire une définition dogmatique. Deux évêques seulement répondirent d'une façon négative sur la question d'opportunité. Le 8 décembre 185â , le pape convoqua donc les évéques à Rome, et définit en leur présence le dogme de Tlmmaculée Conception. Les gallicans, en se soumettant à cette décision, considérèrent pourtant le procédé employé par Rome comme portant un nouveau coup à leurs doctrines qui n'admettent point l'infaillibilité du pape^ et ne regardent ses décisions dogmatiques comme infaillibles que lorsqu'elles ont été acceptées par les évéques de la catholicité réunis en concile. Si les catholiques en masse respectèrent au fond la décision dogmatique de Pie IX, qui correspondait aux' vieilles et chères croyances de l'Église, il y eut des dissidents de deux sortes : ceux qui désiraient ne riefl changera l'enseignement traditionnel de l'Église par une définition ad hoc , et ceux qui, au lieu d'exalter la Yierge* auraient voulu que son culte ne dépassât pas les bornes d'une «aine théologie. Quelques prêtres allèrent jusqu'à protester : Tabbé Laborde de Lectoure se rendit à Rome pour déposer aux pieds du saint-père sa protestation contre le nouveau dogme ; le lieutenant de police de conscience l'arrêta, fit des perquisitions chez lui^ et saisit sa supplique au pape; le tribunal de l'inquisition lui donna vingtM]uatre heures pour partir, et la gendarnneriele reconduisit à Civita*Yi*cchia«

La bulle relative au dogme de l'Immaculée Conception fut envoyée au conseil d'État par la sectiod de l'instrue^ tion publique et des cultes. Il s'agissait de savoir si sa publication serait autorisée en France. Une discussion

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fort vive s'engagea ; les avis furent partagés. M. Cormenin et M. Cornudet se déclarèrent pour Tincompétence du conseil d'État, attendu qu'il s'agissait d'un dogme ; les trois autres membres de la section se prononcèrent dans no sens contraire. Le président Bonjean et M. Boulay (de la Sfeurtbe) défendirent la législation gallicane. La bulle fut autorisée.

Une question d'un autre genre divisait le clergé, celle de la liturgie ou des prières et des cérémonies en usage dans le culte public de TËglise. L' Univers^ approuvé par Rome^ avait déclaré une guerre acharnée aux liturgies particulières de TËglise de France en opposition, selon lui, avec l'esprit et les canons de l'Église, bien que ces liturgies, surtout celles de Lyon et de Paris, eussent été au moins tolérées par les papes. La lutte entre les partisans des deux liturgies fut très-vive, mais les liturgies des diocèses de France, calquées sur celles de Pariset de Lyon, cédèrent peu à peu la place à la liturgie romaine. Celle de Lyon fut sensiblement modifiée dans le sens romain, malgré les suppliques adressées au saint-père par le clergé lyonnais. En 1856 il ne restait plus en France que deux diocèses, Paris et Orléans, ayant conservé la liturgie de Paris, qui est regardée comme un chef-d'œuvre littéraire.

Les évêques n'avaient pas attendu le visa du conseil d'État pour proclamer le dogme de l'Immaculée Conception dans leurs diocèses. Partout cette proclamation fut célébrée par des fêtes et des processions. L'Église eut ses grands spectacles publics comme l'État : illumina^ lions, processions, cortèges, solennités musicales. Des vierges de carton -pierre furent installées à la place où devaient se dresser plus tard les statues de pierre que le

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gouveruement permettrait aux fidèles d'élever : promenades, clochers, places publiques, buttes, collines, montagnes, aucun lieu propice ne fut négligé. L'Empereur, non content de fournir de sa cassette aux dépenses de tous ces monuments, décida qu'une partie des canoDs pris à Sébastopol serait fondue pour la statue de Notre- Dame du-Puy. Cette statue, érigée sur le rocher de Corneille, devait par ses dimensions servir de pendant au saint Charles Borromée du lac Majeur, aux anciens colosses du forum de Néron et de Dioclétien, et porter jusqu'aux nues le témoignage éclatant de l'alliance entre l'Empire et l'Église.

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