‹ Histoire du second empireChapitre 52 sur 176 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'ACADÉMIE. — L'UNIVERSITÉ. — LA L1TTÉRAT13RK.

SouAiBE. — L'opposition à TAcadémie. — Les partis à TAcadémie. — RécapUon de MM. de Montalembert, Airred de Musset, Dupanloup. — Le prix de morale partagé entre le père Gratry et M. Jules Simon. — M. Berryer demande à ne pas faire la visite traditionnelle à l'Empereur. — Correspondance à ce sujet entre M. Berryer et M. Mocquart. — Séances secrètes de rAcadémie. — Réception do Bf. de Broglie. — Lnboremus. ~ M. de Sacy. — Mort de M. Mole. — ^ M. de Falloux. — M. Guizot. — Son influence sur rAcadémie. — Une nouvelle classe de rAcadémie des sciences morales et politiques. — Dix académiciens par décret. — Le décret de réforme. — Us salons. — L'Université. — M. Fortoul ministre de l'instruction publique. — Réforme de l'Université. — M. Dumas est nommé vice-président du Conleil général de l'instruction publique à la place de M. Thiers. — Suppression de l'enseignement philosophique dans les lycées. — La bifurcation. — Mort de H. Fortoul. — La littérature. — Quelques écrivains seulement se rallient à l'Empire. — MM. Sainte-Beuve, Prosper Mérimée, Théophile Gauthier.

L'idée de réunir les principaux hommes de lettres d'un pays en une sorte de corporation placée sous la protection de la couronne est vraiment monarchique ; Tavantage qu'on en peut lirer pour Tornement et pour Téclat ^ da trône n'échappa point à la sagacité du cardinal de Richelieu, ni à celle de Louis XIV, qui fut le second fondateur de l'Académie française. Une institution qui faisait de lui le centre des beaux esprits, comme il était le centre des gentilshommes de son royaume, devait plaire àsavauité; la monarchie créait à chaque instant de nouveaux privilèges, il semblait tout simple que la gloire litténiire émanât de la puissance royale et qu'il y eût des hommes de lettres du roi. Les gens de lettres au xvii' siècle

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ne pouvaient se passer de la protection des grands ; le roi leur offrit la sienne, ils la préférèrent naturellement à celle des seigneurs. L'Académie française éleva eu quelque sorte Thomme de lettres au grade de fonctionnaire; l'académicien exerçait en effet une fonction, celle de contribuer à la formation et au progrès de la langue.

Une corporalion comme TAcadémie semble incompatible avec la société moderne; mais les contradictions sont nombreuses dans cette société. L'Académie française, abolie par la Convention^ refondue, remaniée par le Directoire^ refaite par TËmpire, est au nombre des institutions de Tancien régime qui lui ont survécu ; elle eut ses périodes de grandeur et de décadence ; elle a servi quelquefois d'asile et de refuge à la liberté dans les temps où le despotisme imposait silence à la plume et à la parole ; elle n'a pas servi à grand chose quand la nation eut une tribune et des journaux libres.

Le public s'occupait peu de l'Académie sous les règnes de Louis XYIII, de Charles X et de Louis4^hilippe. Les romantiques lui redonnèrent un peu de vie en Tattaquifit et en montrant le plus vif empressement à occuper ses « fauteuils; les cbe£s de la révolution poétique de 18S0 s'imaginèrent qu'ils entraient à l'Académie en conquérants. Grande erreur : la seule manière de triompha des corporations, c'est de les dissoudre; elles absorbent ceux auxquels elles ouvrent leurs rangs : le jour où M. Victor Hugo sollicita de l'Académie l'hotioéur de l'admettre dans son sein, l'Académie triompha du romantisme. Elle serait retombée dans l'oubli après cette victoire, si, au miiteii du silence qui se fit en France au lendemain du coup d'Etaty elle n'avait pas eu seule le droit de parier*

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