M. SYLVESTRE DE SACY
18 brumaire et ie 2 décembre. L'Empereur lui répondit : « L'histoire jugera qui de nous deux a raison. »
M. Silvestre de Sacy, rédacteur du Journal des Débals, avait été élu académicien dans le même scrutin que M. Dupanloup, en remplacement de M. Jay, rédacteur du Cmistitutiormel. M. de Sacy, dans ces temps heureux où les journalistes n'avaient pas de signature, mais où ils se faisaient un nom, aimait à se dérober dans les vaporeux lointains de la politique. Détaché de toutes les ambitions terrestres, sans envie, sans autre passion que celle des livres et de Tordre public, il vivait en sage, loin du bruit et de l'agitation. Le gouvernement constitutionnel dut lui faire violence pour attacher un bout de ruban rouge à sa boutonnière. M. de Sacy ne paraissait jamais dans les salonà ministériels, encore moins à la cour. Des* bureaux des Débats à sa cellule en traversant la boutique des libraires, voilà sa vie ; cénobite du journalisme, il dirigeait la conscience du parti conservateur comme ces directeurs d'autrefois que leurs pénitents ne voyaient pas et n'entretenaient que par correspondance. Cette existence, toute confite en littérature et en dévotion, touchait profondément les cœurs en faveur de cet homme de solitude et de renoncement. Défenseur de la monarchie constitutionnelle et de la liberté, il reçut de l'Académie la simple couronne de laurier à laquelle il avait droit ; la presse fît taire ses divergences pour chanter son élection ; le journalisme se sentit pour ainsi dire académicien en lui: c*est par là surtout que sa réception fut une réception politique.
La mort de M. Mole en 1856 laissa un fauteuil vacant àrAcadémie. M. Mole Jusqu'au 2 décembre, n'avait point
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passé pour uo eunemi bien farouche du prÎDce Lonis- NapoléoD; le grand parti de l'ordre le soupçonoait même d'eiiiretenir des relatious assez iotimes avec TÊlysée. Uoe réunioa d'hommes politiques appartenant à ce parti eut lieu vers la fin du m<Hs de novembre aux Tuileries, dans les appartements occupés par le général Ghaogamier, en qualité de commandant en chef de l'armée de Paris. Le général Changarnier aurait, s'il faut en croire le ConsUfutionnel^ proposé d'arrêter le président, de le mettre à Vincenues, de fermer l'enceinte législative en prorogeant TAssemblée à six mois, et de s'empai*er de la dictature. Louis Bonaparte aurait été prévenu de ce projet, toujours au dire du Constitutionnel^ par M. Ifolé en personne* M. Mole démentit ce journal avec indignation. Les membres de la commission de surveillance de Xhsr semblée législative s'étaient pourtant plaints oaywlement de ses rapports avec le président de la République. Quant à l'Académie, elle ne pouvait guère douter du bonapartisme de M. Mole en songeant à la verte semonce que M. de Vigny s'attira de sa part, le jour de sa réoeptioD, pour avoir critiqué l'Empire ; les choses allèrent si \m, que le récipiendaire, justement blessé, nt^sa de se faire présenter au roi, suivant l'usage, par le confrère qui l'avait traité si peu convenablement.
M. Mole n'avait pas d'autre titre à TAcadémie qu'un petit livre publié dans sa jeunesse sous ce titre : Emà «te morale et ée politique ; il serait resté le plus obscur des moralistes français sans la protection de Cambacérès et sans la faiblesse de Napoléon I" pour les noms de l'ancien régime. M« Mole, successivement maître des re^ quêtes^ c«3nseiller d Ëtat, préfet, directeur des ponts et