‹ Histoire du second empireChapitre 56 sur 176 · MORT DE M. MOLE · texte numérisé non relu

MORT DE M. MOLE

chaassées, ministre de la justice, et comte par-dessus le marché, se trouva chargé de justifier le sénatus-consulte qui enlevait au Corps législatif le droit de désigner les candidats à la présidence : a II peut arriver, dit M. Mole » dans son rapport, que les hommes portés sur la liste » des candidats, quelque honorables et distingués qu'ils v» soient par leurs lumières, n'aient jamais été connus de » l'Empereur. Or, il est dans le palais des étiquettes, des » formes, qu'il e^st convenable de connaître, et qui, faute » d'être bien connues, peuvent donner lieu à des mé- » prises, à des lenteurs, que les corps interprètent tou*- » jours mal. Tout cela est évité par la mesure que nous » proposons. » Voilà comment M. Mole justifiait une mesure qui violait ouvertement la constitution.

M. Mole se rallia tout de suite à la Restauration, ce qui ne Tempècha point pendant les Cent-Jours de reprendre la place de directeur des ponts et chaussées qu'il avait occupée sous l'Empire. Les corps constitués vinrent tour à tour, selon l'usage, débiter au pied du trône impérial restauré une de ces longues tirades de flatterie et de mensonge qu^on appelle des adresses. Celle du conseil d'État parlait de liberté de k presse, de liberté individuelle, d'égalité de droits, de révision des institutions par une grande assemblée représentative. Elle fut signée par tous les conseillers d'Ëtat, à l'exception de M. Mole, à qui sa conscience défendait de reconnaître la souveraineté du peuple. Trois mois après, se glorifiant de ce relus ftuprès des Bourbons, il le motivait sur sa haine pour l'usurpation et par son dévouement à la légitimité. Serviteur de la monarchie constitutionnelle et usurpatrice de Louis-Philippe, il était revenu à la fin de sa carrière aux

256 l/EMHRE.

impressions et aux sentiments de son origine et de sa première jeunesse. Le comte de Chambord recevait ses visites, et il figurait parmi les plus ardents entremetteurs de la fusion.

M. Mole passait Tété à son château de Ghamplàtreux. Le jour de sa mort il présidait au dtner, entre M. de Montalembert et M. de Falloux, et jamais il n'avait montré tant de lucidité, lorsque tout à coup il devint très-pâle, et eut par deux fois une sorte de hoquet convulsif ; sa tète s'inclina légèrement sur sa poitrine. Retrouvant son énergie par un effort de sa volonté, il se redressa, et appuyé sur son gendre il rentra chez lui en cherchant d*une voix ferme à rassurer ses convives. M. Mole se mit au lit, et quoiqu'il eût reçu précédemment la communion des mains de M. Dupanloup, il fit appeler le curé de son village, bénit sa fille et sa petitefille, et pendant que son médecin^ traçait une ordonnance, il mourut dans une légère convulsion à l'âge de soixante-quinze ans.

 qui son héritage académique était-il destiné? La presse démocratique s'indigna en entendant prononcer le nom de M. de Falloux. Elle avait pris l'Académie sous sa protection ; mais l'élection de M. de Broglie et la candidature de M. de Falloux prouvaient que sa protégée ne la payait que d'ingratitude. Le Siècle commença par contester ses titres de noblesse ; s'il ne parvint pas à prouver qu'il descendait d un marchand de chandelles d'Angers, il fit rire le public en racontant comment sou père, nommé comte par Charles X quelques jours avant sa chute, avait prêté serment entre les mains de l'usurpateur Louis-Philippe 1*'.

ÉLECTION DE M. î>£ FALLOUX. 257

M. de Falloux, quoique comte, n'a point le style gentilhomme; sa phrase est courte, sèche, guindée; ses amis, pour atténuer les hostilités soulevées par sa candidature àrAcadémie, répétaient partout qu'il s'était complètement retiré de la vie politique et que, tout entier aux* travaux de Tagriculture, il drainait ses champs, engraissait ses bestiaux, ^ns autre ambition que celle d'obtenir les couronnes du concours de Poissy ; on le trouvera certainement à la charrue, disaient-ils, le jour où on lui apportera la couronne académique. L'opinion pubhque ne se laissait pas persuader. La polémique des journaux contre lelection de M. de Falloux devenait chaque jour plus ardente ; entamée au moment où les représentants des puissances allaient se réunir à Paris pour mettre fin à la guerre d'Orient, elle partagea presque l'attention publique avec les délibérations du congrès.

Le grand protecteur de M. de Falloux à l'Académie, M. Guizot, avait pris à tâche d'écarter les ronces sur les pas de son candidat de prédilection, de convaincre les académiciens, de rallier le nombre de voix nécessaires à son succès. Le dernier chef de cabinet de Louis-Philippe avait transporté sur le terrain académique ses haines et ses rancunes contre la révolution française. Cette révolution, entreprise pour assurer le triomphe de la liberté et de réalité, n'avait réaUsé jusqu'alors que la seconde partie de son programme, la plus facile du reste, celle que la nation française devait comprendre le mieux. Quoique l'idée de liberté n'ait pas encore pénétré jusqu'à présent assez profondément dans l'esprit d'un peuple formé depuis dix siècles au despotisme, la liberté et la révolution n'en sont pas moins inséparables en principe.

TAXILB DELOED. II. -* 17

Page 1