‹ Histoire du second empireChapitre 58 sur 176 · MENACES DE M. FORTOUL CONTRE L'ACADÉMIE · texte numérisé non relu

MENACES DE M. FORTOUL CONTRE L'ACADÉMIE

l'Empire a?ait Tair de rejeter comme inutiles et dange* reuses, aurait paru plus grand si les attaques contre Vo^ taire, le xvni* siècle et la révolution û 'avaient formé le fond des discours des orateurs. Les hommes vraiment libéraux n'attachaient donc qu'une importance relative aui séances de l'Académie. Quant au gouverue&ent, il ie> consolait des épigrammes et des allusions qui plenvaient sor lui aux jours de réception, en songeant qu'elles lui permettaient de se glorifier à peu de frais de la liberté de parole qu'il laissait à ses ennemis.

L'opposition dé l'Académie française n'était pas pourtant sans causer quelques ennuis au pouvoir. L'Académie avait été plus d'une fois avertie qu'elle finirait par obliger le gouvernement à prendre des mesures contre elle. M. Fortoul tenait suspendu sur sa tête un règlement me^ naçantx H s'en prit d'abord à l'Académie des sciences morales et politiques.

Napoléon I", qui n'aimait pas, comme on saîï, les idéologues, avait supprimé, le 5 pluviôse an XI, la classe de rinstitut dite des sciences morales et politiques, où ils s'étttient réfugiés; M. Giiizot, qui ne se mettait pas' souvent en opposition avec l'esprit de dévotion et de conservation, eut la fantaisie, en 1882, de proposer à Louis- Philippe de la rétablir ; le roi répondit : a Elle sera utile pourvu qu'elle ne soit pas pressée de se faire écoutef , et qu'ailleurs on ne fasse pas trop de bruit. » Mats comment reconstituer celte Académie? Louis-Philippe h*eût pas consenti à instituer des académiciens de droit divin; heumisement à cette époque tous les membres de la classe supprimée n'étaient pas morts : Daunou, Garât, Lacuée, Cessac, Merlin, Pastorel, Reinhart, Rœderer, Sieyès^

Talleyrand , Destutl de Tracy , de Gerando, vivaient encore, le noyau de l'institution existait^ il ne s agissait plus que de la compléter. Le gouvernement eut d'abord la pensée de porter à vingt le nombre des membres commençant

. la liste de la nouvelle Académie, en leur adjoignant ceux des membres de l'Institut qui s'étaient faitconualtre par des ouvrages relatifs aux sciences morales et politiques. Réunis aux douze premiers membres, les huit autres auraient complété par voie d'élection le nombre de trente ; mais le choix de ces nouveaux académiciens était diflScile , il imposait à la puissance royale la nécessité de l'arbitraire. Ces huit académiciens auraient été choisis mais non élus. Le plus convenable était donc de charger les douze survivants de désigner quatre nouveaux membres pris dans l'Institut : le titre de ces nouveaux membres désignés par leurs pairs équivaudrait à une élection régulière. Les choses se passèrent ainsi. L'Académie, constituée au nombre de seize membres, en nomma sept autres, et elle choisit ensuite, sauf l'approbation du roi, un secrétaire perpétuel.

Ces précautions n'étaient pas faites pour un homme comme le ministre de l'instruction publique; M. Fortool créa du même coup une nouvelle section dite de politique, d'administration, de finances, dont personne ne voyait bien la nécessité, et il pourvut en même temps à coups de décrets au choix de ses membres, qui furent : MM. d'Audiffret, Barthe, Bineau, Pierre Clément, Cor-

, menin, Greterin, Laferrière, Armand Lefebvre» Mesnard, général Pelet. Les membres de l'Académie française furent par là prévenus qu'on pouvait créer des fauteuils d'académicien, et trouver des gens se passant fort bien

CRtàTIOM D'UNE NOUVELLE CLASSE A L'ACADÉMIE. 261

d*y siéger par suite du suffrage de leurs collègues, pensant que rinvestiture impériale vaut bien celle du scrutin. Aussi le bruit d'une réforme de TAcadémie française circalait-il toujours. Les journaux étrangers annonçaient même la prochaine publication au Moniteur d'un décret

ainsi conçu :

« Considérant que le chiffre des .membres de notre

> Académie française n'est plus en rapport avec le chiffre » de la population, et que la diffusion des lumières a

> augmenté le nombre des gens qui s'occupent de litté-

> rature, avons arrêté et arrêtons ce qui suit :

> 1* Le nombre des membres de notre Académie est

> porté de quarante à cinquante.

» 2" Sont nommés membres de l'Académie française : » M&f . Théophile Gautier, Achille Jubinal , Granier de » Cassagoac, Amédée Thierry, Arthur de la Guéron-

> nière, etc. »

Louis XYin, en expulsant Sieyès, pimbacérès, Regoault Saint-Jean d* Angely, Lucien Bonaparte, Fontanes, Etienne, Rœderer, Arnault, Maret, Maury, avait réduit UD moment l'Académie à trente membres. La Quotidienne lui conseilla, en pourvoyant aux vacances, d'augmenter le nombre des fauteuils. «Quoi! répondit-il, on ne dirait plus les quarante?» Il refusa. Louis XYIII aimait à maintenir les traditions; M. Fortoul s'en souciait médiocrement.

La crainte de ne trouver aucun écrivain sérieux ré^ signé à devenir académicien d'État ne pouvait l'empêcher de présenter à la signature de l'Empereur un décret analogue à celui qui avait ajouté une nouvelle classe de dix membres à l'Académie des sciences morales et politiques. M. Bineau, seul parmi les membres nommés par TEm-

pereur pour faire partie de la classe créée à l'Académie dç$ sciences morales et politiques, refusa uoe fonctioD qu'il ne tenait pas de l'élection ; ce précédent était de nature à encourager le ministre de F instruction publique. M. Fortoul p'aimail pas l'Institut où il aurait voulu entrer, et où il n'obtint une place (1) qu'après de longues soUicitatjops et de pénibles manœuvres. Il s'était souvent demandé si son organisation était bien conforme à la pensée du règne, et s'il avait été mis en rapport comme toutes les autres forces enseignantes avec les nouvelles institutions. N'y avait-il pg^ là quelque fissure par où les mauvaises doctrines pouvaient se glisser dans la société? Les hommes d'État de l'Empire ne croyaient qu'à riofinance de l'or. JVJ, Fortoul, pour rattacher les membres dç l'Institut au nouveau gouvernement, avait eu l'idée de porter à si% mille francs le traitement annuel des académiciens et d'augmenter l'indemnité des rédacteurs du Journal des savants dans une proportion semblable. C'était mal comprendre l'esprit des académiciens et les sentiments qui guident les écrivains dignes de ce nom. a On voit bien, répondit M. Biot à M« Fortoul» qui lui parlait de ces projets, que les ministres ont envie d'être de l'Académie et les chambellans aussi. »

M. la ministre ne pouvant séduire les académiciens ue renonça pas à son plan de mettre en harmonie le régime intérieur de l'Institut avec les institutions nouvelles; il fit paraître un décret qui peut se résumer ainsi : Les cinq académies se réuniront en séance publique et générale le jour de la Saint-Napoléon ; le ministre de l'igstruçtion

(1) A r^AMémio dai HU^riptl^nf 9\ beUffi-l^tras.

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