‹ Histoire du second empireChapitre 59 sur 176 · LA RÉFORME DE L'ACADÉMIE · texte numérisé non relu

LA RÉFORME DE L'ACADÉMIE

publique réglera lui-même l'ordre et Tépoque des séaDces publiques particulières à chacune des cinq Académies, la poliœ des séances lui appartiendra, c'est-4t--dire qu'il se chargera de la distribution des billets, et qu'il fera m ^o//ip d'avance comme certains directeurs de spectacle. I^e scandale de certaines séances où TAcadémie et l'auditoire ont poussé Tesprit d'opposition presque jusqu'à la sédi* tioD, exige que ces précautions soient prises; les biblio* thécaires, les préposés des académies, forment un nom* breox personnel d'employés jouissant d'avantages qui ne doivent pas servir à encourager l'esprit de faction ; I9 ministre, à l'avenir, nommera les titulaires de ces emplois, n y avait là ce qu on appelle un coup de balai à donner : TintrépideM. Fortoul avait déjà saisi Tinstrument par le manche, mais M. Prosper Mérimée se chargea de voir l'Empereur et de lui faire comprendre qu'il navait aucun intérêt, pour le plaisir de nommer quel^ ques employés, à se brouiller complètement avec une corporation littéraire encore puissante, M. Fortoul reçut l'ordre d'arrêter l'exécution de son projet ; le gouver- Demeot se contenta de prouver aux employés de TAca^* demie, en les confirmant dans leur emploi, qu'il pouvait au besoin les destituer.

L'œil du ministre réformateur n'avait pas pu voir sans en être ébloui le chiffre des sommes destinées aux prix annuels. Quel chagrin de songer que tout cet or s'en allait, par des canaux souterrains, féconder les travaux des écrivains de l'opposition ; impossible de mettre la main sur ces prix ; mais ne pouvait-on au moins asso-cier le gouvernement à leur distribution ? M. Fortoul cbercba beaucoup ; il finit par trouver qu'il était bon quQ

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l'État fît concurrence à l'Académie, et cherchât à se rattacher les gens de lettres par l'appât de récompenses considérables. Le gouvernement ne voulant pas paraître moigs généreux que l'Académie, et pour avoir l'air d'éprouver une grande sollicitude pour les progrès de l'esprit humain, institua donc un prix de 20 000 francs décerné dans les trois ans, par les cinq Académies, à l'ouvrage ou à la découverte qu'elles jugeront le plus propre à honorer le peuple français.

Napoléon III s'était sou venu des scru pules de Louis XVIII. Le décret du 13 juillet 1855 ne contenait aucune disposition nouvelle relative au nombre des membres de l'Académie; mais il supprimait plusieurs de ses prér(^tives. Le bureau de l'Académie, composé de MM. de Noailles, Dupanloup et Villemain, se rendit aux Tuileries pour remettre à l'Empereur un mémoire renfermant de respectueuses observations au sujet de ce décret. M. de Noailles fit remarquer au chef de TËlat que la mission du bureau était de défendre le passé et le présent de Tinstitution académique, et que les privilèges de leurs prédécesseurs formaient un héritage qu'ils devaient transmettre intact à leurs successeurs. L'Empereur répondit que, loin de vouloir diminuer l'Académie, il songeait à en augmenter l'éclat; mais qu'en laissant de côté des choix qu'il ne voulait pas contrôler, on lui avait dit que l'Académie avait apporté de fâcheuses préférences politiques dans la distribution des prix. Etait-ce une allusion au prix décerné au Devoir ^ par M. Jules Simon, ancien membre de la Constituante et du conseil d'Ëtat de la République, professeur de l'Université, démissionnaire par refus de serment ?

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