L'OPPOSITION DES SALONS
L'Empire, plus qu'à demi brouillé avec T Académie, ne mait pas eo meilleure intelligence avec les salons. Ils preoneot une grande impcjrtance dans les pays où ii n'y a ni tribune ni journaux libres ; les salons quand tout le moDde se tait parlent encore et il est impossible de leur imposer silence; mais, par leur tendance à mépriser ce qui ne vient pas d'eux et à régenter Topinion publique, ils finissent par F indisposer et par lui inspirer une sorte de méfiance contre leurs hommes d'État et contre leurs hommes d'esprit; leur opposition dans certains moments est cruelle cependant, et les gouvernements la redoutent d'autant plus qu'ils ne peuvent rien contre elle. L'Empereur s'y montrait d'autant plus sensible que l'opposition de rUniversité et de presque tous les hommes de lettres se joignait encore contre lui à celle de l'Académie et des salons.
M. Fortoul était ministre de la marine lorsqu'on vint le chercher sur son banc de quart pour le charger d'appro* prier l'Université à ses nouvelles destinées, et pour l'organiser d'une façon conforme au jeu des institutions du second empire. Il avait pour consigne de ne laisser subsister de l'ancienne Université que ce qui était indispensable pour prouver qu'elle n'était pas supprimée. M. Fortoul accepta cette tâche avec empressement. Un décret imposa le serment politique aux membres de /Université, et força ses professeurs les plus illustres, depuis M. Guizot jusqu'à M. Barthélémy Saint-Hilaire, depuis M. Yacherot jusqu'à M. Michelet, à se retirer de renseignement découronné par leur retraite. MM. Barni, Frédéric Morin, Ghallemel-Lacour, Despois, Morel et bien d'autres encore donnèrent noblement leur démission.
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La ministre sa mit ensuite à bouleverser le conseil de l'instruction publique, MM. Thiers, Beugnot, Orfila, Dubois, Cousin et Flourens en furent expulsés; M, Dumas en eut la vice-présidence à la place de M. Thiers ; M- Désiré Nisard remplaça M. Saint-Marc Girardin comme secrétaire. M. Fortoul aurait voulu que ce derpier acceptât l'inspection générale de l'enseignement des lettres, mais les plus pressantes sollicitations restèrent vaines. La section permanente du conseil général fut supprimée. M. Fortoul, pour appliquer les principes propres à rétablir Tordre et la hiérarchie dans le corps enseignant, fit perdre à l'Université la garantie de l'inamovibilité dont elle jouissait, comme l'armée et comme la magistrature. Les facultés, le Collège de France, le Muséum d'histoire naturelle, VÉcole des langues orientales, le bureau des longitudes, soumis à une réforme complète, au lieu de se recruter eux-mêmes comme autrefois, durent admettre parmi eux des professeurs et des membres nommés par l'État sur la présentation du ministre. Ce dernier, dans le cas de nominations à faire dans les établissements particuliers, put désormais joindre aux deux candidats présentés par les professeurs et par les membres de la classe correspondante de l'Institut, un troisième candidat connu par ses travaux. Le ministre se réserva toutes les nominations dans renseignement secondaire, dans les écoles préparatoires de médecine et de pharmacie, ainsi que dans tous les établissements d'enseignement de l'État.
M. Fortoul, s'imaginant que ce qu'on enlève à l'élude des lettres profite à l'étude des sciences, et que e^ qu'on ôte à l'étude des langues anciennes doit servir à Tétude des langues modernes, établit ensuite une division mdi-
LA RÉFORMli IWIVIRSITAIRE. M?
cale antre les études scientifiques et les études littéraires : àem divisions furent créées dans les lycées. L'enfant, après un premier cours élénientaire, devait choisir la division dans laquelle il voulait entrer; c'est ce que M. Fortoul appela la bifurcation. L'étude de la philoso* phie fut rayée du programme des études, et remplacée par un cours de logique portant sur les méthodes et sur l«s procédés de Tesprit humain. M. Fortoul voulait faire des hommes sans leur apprendre ce que c'est que rbomme, L'enseignement religieux devint obligatoire pour tous les internes, à quelque classe qu'ils appar* tJDssent ; le cours de religion devait avoir lieu une fois par semaine dans chaque division, durer une heure et donner lieu à des compositions. Des prix de dogme furent insti* tués; l'enseignement religieux devait être inspecté par Tévâque diocésain ou par ses délégués.
L'enseignement de la théologie se trouvait ainsi à moitié restauré. M, Fortoul porta ensuite sur l'Ëcole Donuale un regard investigateiir : il voulait qu'au lieu d'élèves pour l'agrégation, on n'y formât plus que des professeurs; le concours d'agrégation fut supprimé. Les études littéraires occupaient à son gré une place trop exclusive ; elle sera partagée à l'avenir entre l'étude de la langue et celle de la littérature ; l'étude de la langue doit être placée au premier rang, elle devient le fond D)éiDe de renseigqen^ent, les élèves n'apprennent plus la grammaire à Técole, mais à la faculté* M> Fortoul, après ces réformes, ne pouvait laisser l'enseignement de la philosophie dans l'état où il se trouvait; il devait empêcher le virus de se répandre. L'enseignement de la philosophie à l'École normale fut donc réformé d'après le
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principe consacré par le décret sur les lycées : Première année : révision et développement du cours de logique; deuxième année : étude de l'histoire de la philosophie limitée aux époques classiques ; troisième année : étude et démonstration des points fondamentaux de la théodicée, de la morale, et de l'esthétique. Les autres parties deTen* seignement de la philosophie furent éloignées de renseignement comme vaines subtilités. L'infatigable réf(»*iuateur ajouta un choix des pères de TÊglise et des morceaux tirés de TertuUien et d'Augustin, à la liste des auteurs profanes dont les textes furent scrupuleusement choisis; une chaire nouvelle de langue et de littérature françaises au moyen âge fut créée ; la chaire de littérature prit le nom de chaire de langue et de littérature françaises mo* dernes ; la chaire des langues et littératures de TËurope méridionale fut réunie à celle des langues et littératures d'origine germanique.
La loi de 1850 n'avait été acceptée que comme une concession insuffisante par les catholiques. Ds trouvaient que cette loi laissait une part trop grande à l'intervention de TÊtat dans renseignement : TËtat, selon eui,' gouverne» mais n'enseigne pas. L'enseignement est l'af* faire de l'Ëglise, qui, grâce aux congrégations religieuses sorties de son sein, peut satisfaire à toutes les nécessités de l'instruction publique. Les catholiques ajoutaient que la liberté d'enseignement pour tous, hormis pour l'État, est le seul principe capable de rendre à la religion l'in*lluence qui lui appartient, et de purifier l'esprit de la France des illusions et des préjugés sans nombre que lui ont inculqués le xvin' siècle et la révolution française.
M. FortouU dans son rapport sur la situation de