ACTE D'ACCUSATION CONTRE L'ONIVERSITÉ. 26d
riostruction publique en 1853, justiBa le langage des catholiques par les accusations qu'il fit peser sur ITIniyersité. Les doctrines détestables qui alarmaient justement l'Europe avaient, à Tentendre, des adhérents dans les écoles de TÊtat; les facultés, sans lien entre elles et sans règle certaine, ne pouvaient pas utiliser le savoir des professeurs ; les chaires de Paris semblaient plutôt remplies pour la satisfaction de mattres brillants que pour l'éducation régulière de la jeunesse. L'École normale, uniquement occupée de philosophie et d'histoire, négligeait la haute culture littéraire, et oubliait les conditions laborieuses et modestes de Fart d'enseigner ; les concours d'agrégation, tournois ingénieux et brillants sans utilité pratique, ne servaient qu'à gêner l'initiative du pouvoir, de même que l'obligation de choisir certains titulaires sur une liste de candidats ; les règlements sem«blaient faits plutôt pour garantir la position du professeur que pour garantir l'État contre ses écarts ; le baccalauréat n'était plus qu'une simple formalité mnémotechnique et un commerce déshonoré par des fraudes sans répression. Le rapport de M. Fortoul était un véritable acte d'accusation contre l'Université. *
Le recrutement des corps enseignants par l'élection étant supprimé, et le droit de présentation réduit à l'état de formalité vaine, puisque le ministre n'est nullement tenu de s'y conformer, M. Fortoul s'arroge les pouvoirs disciplinaires les plus étendus, il nomme à son gré, révoque, suspend à tous les degrés de la hiérarchie et sur les plus futiles motifs; un jour il rend un arrêté qui condamne à la réprimande un professeur de la Faculté de Grenoble pour avoir publié dans un journal
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une pièce de vers dédiée à M. Philoxèue Boyer, aucieu professeur lui-même. Les changements succèdent aux changements : l'Université était divisée en vingt-sept Académies ; le recteur, assisté de deux ou trois inspeo leurs, avait sous ses ordres plusieurs départemenU; il était un personnage môme à côté do Vévêque. M. Fortoul décide en 1850 qu'il y aura désormais autant d'acsh démies que de départements; le recteur n'est plus qu'un petit fonctionnaire admis au bas bout de la table où siègent le préfet, les magistrats, les membres du clergé; un an s'est à peine écoulé, et Ton réduit les Académies à seize; M. Fortoul, dans son discours au concours général de 1854, se félicite d'avoir rétabli le trivwm et le quadr> vium, comme au temps où la théologie était l'unique science d'où découlaient toutes les autres; il parle ensuite de la chevalerie, de Louis XFV, des desseins que l'Empereur a sur la jeunesse française, et il émet celte maxime obscure que, dans la lutte de la civilisation, il n'est permis de ramener le passé qu'à cent qui sont dévoués au présent.
• La bifurcation avait eu pour effet inévitable de détourner la moitié au moins de le jeunesse française des études philosophiques et littéraires. Le système et le ministre qui l'avait appliqué furent bientôt jugés. M. Fortoul, dans son passage au ministère, avait touché à tout, bouleversé tout, menacé tout, sa mission était finie; épuisé de fatigues, il mourut à Ems le 7 juillet 1866, trop tôt pour voir crouler son œuvre et un autre reconstruire l'ancien édifice. C'eût été le châtiment de M. Fortoul, si on ne lui avait pas laissé à lui-même le soin de démolir son œuvre, tâche qu'il eût acceptée avec empfcsseffleflt,