LE COLLÈGE DE FRANGE PERD SES FRANCHISES
car les bommes comme lui oe demandent pas à administrer, mais à servir.
M. Rouland, procureur général à la cour impériale, fut désigné à l'Empereur comme ministre de l'instruction publique par M. Chaix-d'Est-Ange, qui avait envie de sa place. Il entra en fonctions le 13 août 1856. La bifurcation fut remplacée par renseignement spécial, invention non moins fâcheuse. Un enseignement intermédiaire entre l'instruction primaire et Tinstruction secondaire était sans contredit nécessaire, mais il fallait T instituer au profit du peuple en le rendant gratuit. Le prix des collèges nouveaux était trop élevé pour le peuple, et Tenfant riche n'y recevait que des leçons médiocres et techniques. Il n'est pas même nécessaire d'être bachelier pour enseigner dans ces établissements.
Le Collège de France gardait encore ses franchises ; elles inquiétaient le gouvernement. Un décret daté du camp de Châlous le 8 octobre 1857 les supprima. L'assemblée des professeurs perdit le droit presque absolu d'administration dont elle était investie : ordre et succession des cours, époque de l'ouverture et de la fin des cours, l'assemblée réglait tout cela. Un administrateur nommé par le ministre de l'instruction publique était dorénavant chaîné de ce soin. Le ministre avise lorsqu'un cours devient une occasion de plaintes ou de désordres ; il ne statue dans tes cas disciplinaires, sauf dans les cas urgents^ qu'après avoir entendu le conseil des professeurs; il nomme aux chaires vacantes sur la présentation du conseil, et aux suppléances dont Tinstitution n'est valable que pour un an.
L'assei'vissemeut de rUuiversité était complet, eepen-*
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dant elle se résignait à remplir son devoir sans élever de plaintes. L'esprit d'opposition ne pouvait pas se faire jour aussi facilement chez elle, quoiqu'il existât chez elle aussi fort que dans T Académie, dans les salons et dans la littérature.
MM. Sainte-Beuve, Alfred de Musset, Prosper Mérimée, Emile Augier, Théophile Gautier, seuls parmi les hommes de lettres entourés de quelque popularité, osaient en effet se montrer les partisans d'un régime hostile aux lettres par essence, non moins que par la profonde indifférence aflBchée par les hommes du pouvoir. M. Sainte- Beuve s'était fait bonapartiste pour satisfaire quelques vieilles rancunes; M. Alfred de Musset, esprit flottant, cœur indécis, après avoir chanté la naissance du comte de Paris, racontait les rêves d'Auguste; M. Mérimée avait reçu son brevet de sénateur comme un témoignage d'amitié de l'Impératrice, qu'il connaissait depuis son enfance et à qui il servit, dit-on, de secrétaire avant son mariage; Emile Augier, camarade du duc d'Auroale, petit-fils de Pigauld-Lebrun , le secrétaire et l'ami de Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie, suivait une tradition de famille en se ralliant à l'Empire; M. Théophile Gautier, incapable d'aucune idée et d'aucune conviction politique, obéissait, en se rangeant parmi les écrivains du bonapartisme, à cette théorie commode que les hommes de talent sont faits pour vivre grassement aux dépens de tous les gouvernements. La presse, l'Académie, les salons, l'Université, toutes les forces intellectuelles du pays, sauf le clergé, étaient donc en hostilité ouverte ou cachée contre le gouvernement, réduit à les comprimer pour assurer son existence.