‹ Histoire du second empireChapitre 75 sur 176 · LISTE DU SIÈCLE ET DE LA PRESSE · texte numérisé non relu

LISTE DU SIÈCLE ET DE LA PRESSE

Le comité se réuuit le 12 au matin, au milieu d'une vive agitation provoquée par la lecture de la liste du Siècle et de la Presse. MM. Goudchaux, Bethmont et Carnot, portés à la fois par les journaux et par le comité, étaient présents ainsi que Cavaignac, ils déclaraient tous qu'ils se considéraient comme solidaires du comité. M.Reynau, porté à la 10* circonscription par le Siècle^ s'apprêtait à faire savoir publiquement qu'il n'était pas candidat. Le comité résolut de publier la liste arrêtée le 9 en présence des journalistes, en la complétant seulement par les circonscriptions dont les candidats n'avaient pas été défini tivenient choisis. M. Jean Reynaud fut désigné comme candidat dans la 1" circonscription, M. Bastide dans la 7% Jules Simon dans la 8% tous trois présents et acceptant. Le comité, qui ne pouvait cependant se méprendre sur l'attitude de M. Emile OUivier, crut devoir le maintenir sur la liste comme candidat dans la 1 0* circonscription, parce qu'il avait été adopté dans la séance du 9, sans condition résolutoire, à la différence de MM. Laboulaye et Vavin, et que d'ailleurs il n'avait pas encore fait connaître formellement ses intentions. La liste fut donc dressée et signée des citoyens présents au nombre de vingt-quatre. Cavaignac n'était pas là : un délégué se rendit chez lui pour le prier de signer, ce qu'il fit immédiatement. Deux autres membres du comité, absents, MM. Catalan et Albert Leroy, signèrent quelques jours après.

Le comité, qui était en permanence, ne tarda pas à savoir que M. Emile Ollivier, porté par le Siècle à la k* circonscription, ne signerait pas de bulletin pour la 1 0\ Il devenait impossible de le maintenir. M. Pelletan fut proposé pour le remplacer et adopté à l'unanimité. La

Uà L'EMMRE.

liste fat envoj'ée aux journaux, le Courrier de Paris et V Estafette. Elle se composait des noms suivants : 1" J. Reynaud , i* Bethmont , tV Câvaigilac, 4* Garnier- Pagès, 5" Carnot, 6* Goudchaux, T Bastîde , 6' J. Simon, 9" F. de Lasleyrie, 10'' Pelletan.

Un des membres les plus actifs du comité ayant rencontré, en quittant le lieu des séances, M. Ernest Picard dont le zèle s'était exercé Cn faveur de la candidature de M. Emile Ollivier, lui demanda : « T)e quel droit avezvous refait la liste du comité? — Du droit du plus fort,» répondit-il. Le Siècle en effet était maître des élections à cette époque.

Ces divisions intestines, si utiles au gouvernement, étaient mises à nu avec le plus vif empressement par la presse fusionniste et légitimiste ; il semblait qu'il s'agissait beaucoup moins pour elle de défendre la liberté électorale contre le gouvernement, que de se réjouir des faiblesses de l'opposition. L'A^^^/T?^/^^ jiatiotmte^ X Union ^ la Gazette de France^ au lieu de défendre la liberté élecloi*ale, ne songèrent qu'à s'amuser aux dépens du parti républicain et de ses querelles : « Les légilimîstes, répondit la Gazeiiek un journal étranger qui s'étonnait de sa conduite, combattent la révolution dans toutes ses manifestations et dans toutes ses formes, voilà tout. »

Le comité publia dans V Estafette un récit de ce qui s'était passé. M. Ollivier écrivit à M. Gafnier-(^s la lettre suivante :

€ lion thtr Garnier«-Fagè<,

» Je vttis foire appel k velm o»ur, nds ûe\xf[ Éwiba soÉt iàn des ffià" eipaux obstacles à l'uBilé.

> Je vous âaci'fnerftis sails hésiter le mieri, si je n*étais engagé vet

LDnS tPlSTOLAlRE ENTRE GARKIER-PAGÈS ET E. OLUVIER. 315

le Siècle et la Presse avant la pubKcatioii de la liste du comité. Je ne pois manquer & ma parole. Du reste, ma retraite ne terminerait rien.

> Votre retraite, au contraire, change les termes delà question, mé* Bige tous les amours -propres, me permet de vous imiter. Ensuite tous les deux réunis nous tenterons une fusion entre les deux listes, et après Teiemple que nous aurons donné, personne n'osera résister à notre action.

> La force de notre idée a toujours été dans le désintéressement et le sacrifice.

I Doonon9-«Q «n exemple :

I Ce qui se passe h Paris en ce moment est Tobjet des entretiens de TEurope; dos ennemis te réjouissent de nos discordes. Je vous en prie, je vous en conjure, au nom de U mémoire de vbtrê fbère, au nom de nos proscrits, au nom de tous ceut qui souffrent, qui pleurent pour la vérité, faisons cesser ce spectacle.

> Vous êtes naturellement à la hauteur de tout ce qui est magnanime. Vous proposer une bonne action, c'est être sûr qu'elle sera accomplie. Je ne vous supplie plus, je vous remercie.

> D'ailleurs, croyez-moi, notre Montaigne Ta dit : il est des déraites triomphantes à Tenvi des victoires.

Q A TWi do ecpur.

» Emile Ollivibiv.

• Samedi iSjoin 1851. «

M. Ollivier ajoutait dans un post-scriptum que cette lettre ne devait être lue que par le général Cavaignac.

M. Garnier-Pagès ne pouvait se désister sans consulter le comité. Ce dernier, irrité de la conduite du Siêciey exigea de M. Garnier-Pagès qu'il maintint sa caiidida*ture. 11 répondit à M. Emile Ollivier par la lettre suivante, dans laquelle il lui conseillait de ne pas faire sou entrée sur la scène politique en rompant avec les décisions de son propre parti :

« Moa cher monsieur OHîvier,

» Vous vous mépMnex élrimgdiaeRt sur la situation.

n mus le eonpûté« S)^ré un premier refus. j*ai été désigné comme candidat de la quatrième circonscription^ parce qu*elle comprend Tarron- <ssoiert baUté f«r tM cemmeivsais au muieu desquels j'ai passé sut viç QQlîère. Sur la proposition de M. Havin, vous avez, après débals, été accepté peur radhième circo&scrrptfon.

» Voilà les faits ! ils sont bien simples.

ut Maintenant, que penseriez -vous de moi si, transportant ma candidature de la circonscription indiquée par le comité, je la posais cootre un de mes amis porté sur la même liste?

y» Jugez-en vous-même ; vous diriez, certes, que j'ai commis un acte de félonie envers vous I

> Eh bien I voilà ce que l'on veut vous pousser à faire pour servir des amours-propres que je n*ai jamais cherchée froisser ou des rancunes que je n'ai jamais méritées.

» Croyez-moi, c'est mal débuter dans la vie politique. Je vous plains sincèrement de vous voir perdre l'avenir brillant qui sourit à votre talent.

» Je vous le dis pour vous et non pour moi; car, dans les circonstances actuelles, je n'ai accepté la candidature que comme un lourd fardeau et comme un devoir à remplir, devant lequel je ne puis, ni ne dois, ni ne veux reculer.

> Croyez à mes sentiments affectueux.

> Gaunier-Pagès.

> Parif, 11 juin 1857. >

Les électeurs parisiens ne montraient aucun penchant pour Tabstention sous quelque forme que ce fût. Plusieurs d'entre eux se rendirent chez Cavaignac pour savoir à quoi s'en tenir sur ses intentions relativement au serment: il refusa de répondre, laissant chacun libre de voter ou de ne pas voter pour lui. La presse ofQcieuse exploita ce silence qui plaçait Cavaignac dans une assez fausse position et qui faillit le faire échouer au second tour de scrutin.

Quelques hommes marquants du parti républicain essayaient vainement de rétablir la paix entre le Sièck^ représentant la théorie de la double candidature dans chaque circonscription, et le comité, défendant la candidature unique. Les partisans de la double candidature avaient beau soutenir que c'était le meilleur moyen d'augmenter le nombre des électeurs, les gens de bon sens ne se dissimulaient pas le tort qu'elle faisait au parti démocratique, en ravivant des divisions qui auraient

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