CONF&RINCE DE PARIS. S2S
fm lestfoélks il s'était déjà assuré un libre passage à travers la Saxe, la Hesse, la Bavière, le Wurtemberg et le graod-duché de Bade. I^e Moniteur^ dans un article rédigé par une plume officielle, attribuait les exigences de la Suisse à l'influence des partis extrêmes; les autres puissances soutenaient la Prusse. Le conseil Fédéral, voyant son isolement, envoya en France le docteur Kern , député aa conseil des Ëtats, porteur d'une note déclarant qu'il était prêt à demander aux conseils législatifs la suppression de la procédure contre les insurgés de Neuchâtel, s'il recevait du gouvernement français Tassurance que Tarrangement auquel il promettait de travailler ne contiendrait aucune clause incompatible avec l'indépendance absolue de Neucbàtel.
Les plénipotentiaires signataires du protocole de Londres s'assemblèrent à Paris le 5 mars 1857, et ils formulèrent le vœu au nom de l'Europe que le roi de Prusse voulût bien céder ses droits sur Neucbàtel : le roi de Prusse y consentit à condition que ses héritiers et successeurs conserveraient le titre de prince de Neuchâtel et de comte de Yalengin, qu'il recevrait une indemnité de deux millions, que les biens sécularisésen I8/18 seraient rendus à l'Ëgl^, et que la Constitution de Neuchâtel serait révisée dans un délai qui permit aux royalistes compromis dans l'insurrection de rentrer dans leur pays pour exercer leurs droits. La Suisse refusait d'insérer la clause relative ao titre de prince de Neuchâtel dans le traité, mais elle l'admettait dans un protocole, en repoussant toutes les autres demandes. Les plénipotentiaires, fais^^nt ce qu'on appelle une cotte mal taillée, réduisirent l'indemnité d'un million, laissèrent à l'Ëtat les biens de l'Église, à l'Église les
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revenus de ces biens, et repoussèrent tout ajournement à la Constitution. Le conseil fédéral s'empressa d'accepter; le roi de Prusse, satisfait de voir le principe de Tindemnité reconnu, refusa d'en toucher le montant, il se contenta de voir son titre de prince de Neuchâtel fi^rer dans les protocoles de la conférence. L'Empereur des Français put se réjouir d'avoir joué encore une fois le rôle d'arbitre.
Les élections à peine terminées, on apprit la révolte des Cipayes dans les Indes et la mort de Béranger.
Béranger était de ce xvin^ siècle où, depuis la publication de YÉmile^ on cherchait à faire des hommes plQs que des savants. La mémoire de Rousseau devrait être à jamais bénie, lors même qu'il n'aurait fait que ressusciter le respect et l'amour de l'enfance oubliés par l'ancien régime, et créer le dévouement à l'instruction et à l'éducation des enfants, sans lequel la Révolution restera toujours incomplète. Rousseau, bien plus que Voltaire, a fait celte bourgeoisie intelligente et dévouée d'où sortirent les premières générations révolutionnaires. Jusqu'au moment où fut créée l'Université, qui mit aux mains de TËtat le monopole de l'instruction publique, les tentatives de solution du difBcile problème de l'éducation des enfants et des jeunes gens furent dues à des disciples de Rousseau. M, Ballue de Bellenglise, membre de l'Assemblée léjçislative, établit à Péronne des écoles gratuites sur un plan où l'on sent tout de suite la pensée de Rousseau. L'école était modelée sur la commune et sur l'État. Les élètes choisissaient parmi eux des juges, des membres du district, un maire, des oflBciers municipaux, un juge de paix« Deux fois par semaine, ils formaient un club dont 1^
BÉRÂNGER. 327
séances étaient publiques et auxquelles assistaient les haMtants de Pérou ne.
On a dit souvent que l'homme tout entier est en germe dans l'enfance ; il y a des exceptions à cette règle. Qui retrouverait, par exemple, dans Thomme timide, ennemi du bruit, de Téclat, que la France a connu , le jeune Béfanger, président du club de son école, haranguant les couventîonnels de passage à Péronne, prononçant des discours de sa composition dans les cérémonies publiques, où, par suite d'une mesure excellente, les écoles primaires avaient leur place marquée, rédigeant même, dans tes grandes cinsonstances, des adresses à la Convention.
Le tribun de douze ans, devenu chef d'une maison de banque à dix-sept ans, empruntait de l'argent à 3 pour 100 par mois, et le faisait valoir avec bénéfice. C'était le moment de la dépréciation complète des assignats; le numéraire avait alors une valeur énorme ; des gens de toute sorte se mêlaient de commerce ; beaucoup d'anciens nobles cherchaient dans les opérations de banque une compensation aux pertes éprouvées pendant la Révolution. La contre-révolution faisait des affaires pour payer ses conspirations. Le père de Béranger, grand partisan de l'ancien régime, entiché même de noblesse au point de joindre la particule à son nom, de parler de ses parcheflaÎDs et d'avoir chez lui son arbre généalogique, était le banquier et ttiême un peu le complice des royalistes. Le jenne Béranger, pour obéir aux ordres paternels, dut louvetit porter aux conspirateurs l'argent arrivé de Loudrci. Cest ainsi qu'il fit la connaissance de M. de Bourmont, venu à Paris pour se mettre à la tête d'un mouve-
923 VEMPIRE.
ment royaliste, et qui, en attendant, se tenait caché au milieu des jardins d'un ancien hôtel de la rue des Maraisau-Temple.
Bé ranger, philosophe précoce, déjà mûri à dix-huit ans par Fexpérience et par le malheur, observait^ du haut de son comptoir de banquier, cette société bizarre, où tant d'éléments opposés s'amalgamaient dans une fermentation commune, où deux courants contraires s'entre-choquaient avant de se confondre ; époque d'insouciance et de calcul, de colère et d'apaisement, pendant laquelle le père de Béranger, ruiné par suite de ses menées légitimistes, se vit réduit à tenir un cabinet de lecture au coin de la rue Saint -Nicaise. Plus d'une fois, le futur chansonnier du Marquis de Carabas et de la Marquise de Pretintailles s'assit à la modeste table pater* nelle, à côté de marquis et de comtesses qui ne savaient où trouver un dîner, et qui devaientplustardserefairedes privations du Directoire avec le milliard d'indemnité de la Restauration. Béranger regagnait son logis, lorsqw la terrible explosion de la machine infernale eut lieu : deux minutes plus tôt, il était tué. Le hasard ne fut pas cette fois du côté des Bourbons; il sauva en môme temps rhomme qui allait les remplacer sur le trône et celui qui devait^achever de détruire leur prestige en France.
Béranger vit le 18 brumaire et la chute de la République avec tristesse, il nous le dit lui-même : « Bien » moins homme de doctrine qu'homme d'instinct et de » sentiment, je suis de nature républicaine. Je donnai » des larmes à la République, non de ces larmes écrites » avec points d'exclamation, comme les poètes enprodi- » guent tant, mais de celles qu'une àme qui respire Tin-
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» àéf&dmœ ne verse que trop réellement sur les plaies > faites à la patrie et h la liberté. » Les premières années de l'Empire nous montrent Béraoger dans les appréhensions continuelles de l'homme qui n'a point satisfait à la loi sur le recrutement, ne dormant que d'un œil, craignant sans cesse d'être surpris au .gite, chassé, relancé par les limiers de la police. Sa calvitie précoce, son air maladif et vieux avant l'âge le sauvèrent des gendarmes ; il n'avait qu'à les saluer : son front dénudé lui servait de certificat.
Béranger fut tiré de la misère par Lucien Bonaparte, et nommé à un modeste emploi, grâce aux sollicitations d'Arnault. 11 vécut modeste et ignoré au milieu de quel-* ques amis obscurs comme lui, jusqu'en 1813, époque à laquelle sa réputation commença : le Sénateur^ le Petit homme gris^ les Gueux ^ le Roi d Yvetot, copiés à la main, avaient révélé au public l'existence du chansonnier. Son nom n'était plus inconnu lorsque arriva la chute de l'Empire. Les hommes qui ont vécu sous la Restauration n'oublieront pas l'effet des premières chansons de Béranger sur eux-mêmes et sur le peuple. Faut-il maudire l'auteur aujourd'hui parce qu'elles ont contribué au rétablissement de l'Empire? Malédiction puérile qui devrait n'étendre à presque tous les poètes de son temps. Ils sont rares les républicains âgés de cinquante ans qui n'ont pas partagé les sentiments de Béranger. S'il n'a point fait, comme beaucoup d'eux, un meâ culpâ éclatant de son admiration pour Napoléon V\ jamais il ne voulut* voir Kapoléonin. L'Impératrice lui fit une visite et lui écrivit {dusieurs fois ; Béranger reçut ces avances avec la politesse due à une femme, lors même qu'elle n'obéit qu'à un
33D L'EMPtAE.
mot d'ordre. Lé monde blasé, défcœuvré, sans opinion, où la jeunesse de Vlmpéfatrice s*étail écoulée, ne connaissait point en effet Béran ger ; le monde où elle ftit plus tard appelée à vivre le détestait ; elle-même, Espagnole el dévote, ne devait guère l'aimer; mais la femme de l'Empereur ne pouvait rester en froideur avec celte gloire. Elle envoya donc plusieurs fois prendre des nouvelles de Béranger pendant sa maladie; elle lui ofiVit un bois de lit machiné avec des ressorts épargnant toute espèce de ttjouvement au malade, et construit sur le modèle du lit préparé pour elle avant ses couches.
L'Impératrice, le jour de la mort de Béranger, devait se rendre au théâtre de la Porte-Saint-Marlin ; le régisseur, au lever du rideau, vint annoncer au public que Sa Majesté n'assisterait pas à la représentation, et qu'elle désirait que sa loge restât Vide pendant le spectacle.
Béranger répétait souvent à ses amis î « Mon vœu le » plus cher est de mourir tout entier, mais si je perds » mes facultés par la maladie ou par Tâge, vous con- » naissez les idées que j'ai professées toute ma vie, c'est n à voua à veiller sur moi. » Les amis de Béranger n'eurent pas besoin de remplir ce devoir. Le poëte avait encore toute son intelligence quand le curé de la paroisse vint le voir; il le reçut en voisin. Le curé le bénit en partant : « Et moi aussi, je vous bénis, priez pour moi, h je vais prier pour vous... Nous avons pris une voie » différente pour arriver au même but, voilà tout, i* Telles furent les dernières paroles adressées à l'hoitime d'église par l'auteur du Dieu des bonnes gens.
Le 15 juillet les journaux du soir publièrent la note suivante :
CONVOI DE BtiRÂDGER. 331
• La France vient de faire une perte douloureuse : » Déranger a succombé aujourd'hui à une longue et » pénible maladie.
» L'Empereur, voulant honorer la mémoire de ce poète 1 national, dont les œuvres ont si puissamment contribué » à maintenir le culle des sentiments patriotiques en » France et à populariser la gloire de TEmpire, a décidé » que les frais de ses funérailles seraient faits par la liste » civile impériale. »
Le préfet de police fit placarder le lendemain Taffiche suivante :
« OBSÈOtiBS DE BÉRANGEA.
» La France vient de perdre son poëte national !
» Le gouvernement de TEmpereur a voulu que dci honneurs publir.8 fussent rendus à la mémoire de Béranger ; ce pieux hommage était dû au poète dont les chants consacrés au culte de la patrie ont aidé â perpétuer dâos le cœur du peuple le souvenir des gloires impériales*
> J'apprends que des hommes de parti ne voient dans celte triste tolennité qu'une occasion de renouveler des discordes qui, dans d'autres temps, ont ^igoalé de semblables cérémonies.
> Le gouvernement ne souffrira pas qu'une manifestation tumultueuse te substitue au deuil respectueux et patriotique qui doit présider aux funérailles de Béranger.
1 D'un autre côté, la volonté du défunt s'est manifestée par ces toucbiotes paroles :
( Quanta mes obsèques, si vous pouvez éviter le bruit public, faites- * le, je vous prie, mon cher Perrotin. J'ai horreur, pour les amis que
> je perds, do bruit de la foule et des discours à leur enterrement. Si le
> mien peut se faire sans public, ce sera un de mes vœux accomplis. » ».n a donc été résolu, d'accord avec l'exécuteur testamunlaire, que le
cortège funèbre se composera exclusiremeni des députations oflicielles et des personnes munies de kitrcs de convocation.
» J'invite les populations à se conformer à ces prescriptions. Des mesures sont prises pour que la volonté du gouvernement et celle du défunt soient rigoureusemenl et religieusement respectées.
» Le sénateur^ préfet de police,
» PlETRI.
i Farif, i6 joilM 48S7. »
L'Ëmpire.essayait de confisquer à son profit la gloire de Béranger, mais grâce à la présence de MM. Lamartine, Thiers, Mignet, Alfred de Vigny, Auguste Barbier, etc., la tentative resta vaine. Le gouvernement, pour justifier sa conduite et pour Fournir un prétexte à ses précautions, parlait de projets de trouble dont le parti républicain n'avait pas même la pensée. Le peuple se contenta de sourire tristement à Tappareil officiel de ce convoi menteur. MM. Perrotin et Benjamin Antier, les plus vieux amis de Béranger, un ouvrier imprimeur et un sous-chef de musique, ses cousins, conduisaient le deuil. Une voiture de la cour, occupée par M. de Cotte, aide de camp de TEmpereur, suivait le corbillard. Les boulevards étaient gardés par des forces considérables ainsi que les rues aboutissantes. Le peuple fut éloigné du cortège de Béranger comme il l'avait été de celui de Lamennais. Cependant le préfet de police, qui, cette fois encore, s'était chargé de diriger le convoi, n'osa pas lui faire traverser la place de la Bastille. Le corps de Béranger, conduit au Père- Lachaise, fut descendu dans le caveau de Manuel au milieu des larmes de quelques amis.
La popularité sans nuage de Béranger avait été trou-* blée dans les derniers temps de sa vie. Il se consolait des attaques de ceux qui le traitaient presque comme un complice du 2 décembre, en songeant qu'on lui rendrait justice après sa mort. Ënefiet, si la gloire, rehaussée par la simplicité de la vie et par la générosité du cœur, mérite le respect des hommes, celle de Béranger est destinée à grandir. Homme d'opinion et non de parti, roattre de sa destinée, obstiné à repousser la fortune, et, ce qui est plus rare en France, les honneurs, Béranger vit naître
INAUGURATION t)t LOUVRE. 333
trois gouvernements de qui il aurait pu tout obtenir, la moDarchîe de Louis-Philippe, la Républi(|ue de février, le second Empire. Il ne leur demanda rien, pas même un ruban; il ne fut ni chevalier de la Légion d'honneur, ni membre de l'Académie française, dans le sein de laquelle il aurait pu cependant entrer présenté par Chateaubriand-
La renommée poétique de Béranger faiblira peutêtre, mais sa renommée d'honnête homme grandira par la comparaison avec les caractères de Tépoque qui a suivi la sienne.
Les mois de juillet etjd'août 1857 s'écoulèrent, pour la cour, en voyages. L'Empereur, au retour de Plombières, serenditavec l'Impératrice à Osborne, où il passa quelques jours auprès de la reine d'Angleterre. La médaille de Sainte-Hélène fut instituée le 13 du mois d'août. Le lendemain eut lieu l'inauguration du Louvre.
Lorsqu'on 1564 Pierre Lescot, architecte de Henri II, continuait sur les fondations du vieux Louvre de Philippe- Auguste l'élégant Louvre commencé par François P', et lorsque en même temps Philibert Delorme construisait les Tuileries pour Catherine deMédicis, ces deux architectes, élevant deux palais, sans parenté de plan ni de style, sans rapport d'aile ni de niveau, ne se doutaient pas qu'ils seraient un jour réunis. Cette réunion décrétée par la République avait été accomplie en quatre ans, du moins à l'extérieur, car rien n'était terminé à l'intérieur, et la cérémonie de l'inauguration se fit dans la salle placée audessus de la galerie du rez-de-chaussée et décorée provisoirement : tentures en toile, moulures en grisaille, faux plafond en toile et verre dépoli, murs en tapisserie de Beauvais, deux trônes de bois doré sous une estrade à draperie
33A L'EMPIKB.
de velours rouge h crépines d'or, telle était h mise en scène. L'Empereur, Tlmpératrice, le prince Jérôme, le prince Napoléon, la princesse Matbilde étaient présente. Les dignitaires ayant pris place, M. Fould prononça ud discours assez terne sur la mort de MM, Yisconti et Simsirt qui avaient présidé aux premiers travaux du Louvre; pas un mot sur la pensée intime du monument. Une de ces interminables distributions de récompenses dont l'Empire a tant abusé suivit le discours. Un banquet, offert dans la même salle aux architectes, sculpteurs, entrepreneurs et ouvriers, termina la fête. Le monument était ce qu'il pouvait être après les études précipitées, les erreurs corrigées, les raccords improvisés, les oppositions de style dont il portait les traces. M. Lefuel, successeur de M. Yisconti, architecte de FEmpereur, avait modifié le plan géqéral ; les incertitudes, les repentirs, le défaut de symétrie, le décousu, les erreurs de goût se trahissaient partout dans les détails et dans l'ensemble, mais il fallait faire vite, et dans quatre ans, 436 280 mètres de superficie avaient été couverts de bâtisses. L'Empire pouvait loger dans le même édifice les chefs-d'œuvre de l'art, le surintendant des beaux-arts, ses soldats, ses écuries et ses ciiisines.
Une autre inauguration, celle des kiosques, suivit de près l'inauguration du Louvre. La vente des journaux sur la voie publique avait pris un grand développement, favorisé d'ailleurs par le gouvernement. C'était un privilège qu'il pouvait accorder ou retirer à volonté, et par conséquent un nouveau moyen d'action sur le jouma^ lisme. Des kiosques élégants remplacèrent sur les bou* levards et dans plusieurs autres lieux fréquentés de Paris les petites baraques des marchands de journaux*
MORT PS (UYAIGHAC. 836
Ij» ciimux, 46U1 mois après, $a pressaient autour des kiosqm^ pouf copnattre les détails d'un éY^Qepaeot qui excitait au plus haut degré la curiosité pul)Iique. Il s'stgissiMt du départ de l'Empereur des Français pour Stuttgard od sç trouvait le czar de Russie, ]Les ministres des affairas étnmijères de France et de Russie, MM. Walewski et Gortscbakoff, accompagnaient leurs souverains. Rien ne tr»Qspira cependant sur les causes et les résultais de cette entrevue, bientôt suivie d'une rencontre à Weymar entre le czar et l'empereur d'Autriche ; le roi de Prusse l'ave^it préparée. Elle amena un rapprochement entre, les deux cours de Vienne et de Saint*Pétersbourg. en froideur (iepuis les difficultés soulevées en 1856 par la question de Belgrade
L'anvée 1357 touchait à sa fin, lorsque la nouvelle de la iQort du général Cavaignac se répandit dans Paris.
Cavaignac était atteint depuis quelques années d'une maladie de cœur qu'il savait mortelle.
aJe?ous suppose, écrivait-il à un de ses amis (4) quelques jours ivant sa mort, partageant comme toujours votre temps entre le palais •t Siiq^ioud; moi, mon cher, je ne me parure pas, je me pelotoane et me ratatine au contraire dans un coin de la Sarlhe, où je me suis vrangé un gourbi, tâchant 'd'oublier que je passe ma vie è étouffer M à palpitec, el m'af erc^vant qu'il n'y a rien de moins grand qu'iin gros cœur, y
n vivait au fond du département de la Sarthe, dans sa propriété d'Ourne, commune de Fiée ; il se promenait un fnsH à la main dans son jardin, lorsque se sentant pris d'an violent mal de tète, il remet son fusil à son garde ; ses jambes fléchissent. Conduit et soutenu par le garde et
3^6 t'ÊHf'IRE.
par un de ses serviteurs jusqu'à un fauteuil qui se trouvait dans le vestibule de sa maison, il s'assied en poussant un soupir. Ce fut le dernier.
Madame Cavaignac accourt, quelques amis prévenus dans le voisinage se rendent à son appel ; Tembarcadëre du chemin de ïet n'est pas éloigné d'Oume, mais le chef de gare ne peut accorder de train spécial sans une autorisation de Paris. Le télégraphe fonctionne, l'autorisation arrive, et la courageuse veuve, plaçant le cadavre de son mari entre elle et son fils, arrive à Paris où elle dit à son enfant : <c Embrasse une dernière fois ton père. »
Le général Cavaignac était mort de la blessure faite à la liberté le 2 décembre. Homme de cœur avaut tout, c'était par le cœur qu'il devait périr. Personne ne poussa plus loin que lui la fierté et le désintéressement. Lorsque les affaires commerciales de son beau-père, banquier à Paris, s'embarrassèrent, il voulut que la dot de sa femme fît retour aux créanciers. Un matin, deux personnes demandent à le voir pour une affaire importante ; il quitte les amis qui devaient partager son déjeuner et entre dans son salon : » Général, lui dit Tun des deux visiteurs, je me nomme Dupoty ; compagnon des luttes de votre frère, je lui ai prêté trente-cinq mille francs pour soutenir la Réforme. Il devait me les rendre à la mort de sa mère ; voici X... que vous connaissez et qui vous certifiera la vérité de mes paroles. » Le général Cavaignac se lève, ouvre son secrétaire et en tire trenle-cinq billets de mille francs qu'il remet à Dupoty. Cétait le produit de la vente récente d'une maison à Bordeaux. Il ne lui restait plus rien de l'héritage maternel.
Paris vit passer avec une émotion respectueuse le cm)ueil
OUVERTURE DE U SESSION LÊGISUTIVE. ^i
da général Ga vaignac ; nne simple eouronoe d'immorlenes y eût été mieux placée qae les insignes militaires de son grade. Le citoyen avait fait onblrer le soldat, Cavaignac^ fbt véritablement citoyen, lorsque au lendemain des jour-^ nées de juin, placé entre sa conscience et son ambition; il n'obéit qu'à sa conscience en repoussant la dictature i La France estimera peut-être un jour ce genre d'héroïsme à sa juste valeur.
Eugène Ca vaignac fut enterré au cimetière Montmartre, . dans le même tombeau que son frère Godeiroid. 11 n'y eatpas de discours prononcé. Le gouvernement confisqua son oraison funèbre comme il avait confisqué <^lles de Varast, de Lamennais et de Béranger ; les journaux officieux balbutièrent quelques mots d'élc^es qu'il aurait méprisés, et le Constitutionnel se crut habile en plaçant le fier et honnête soldat républicain, le prisonnier de décembre, à côté des généraux d'Afrique « de la génération brillante des Saint- Arnaud, des Ganrobert, etc.»
Un décret du ^ juillet avait constitué le bureau du Corps législatif, et maintenu M. de Morny dans les fonctions de président, et MM. Schneider et Réveil dans œHes de vice-présidents. La chambre fut convoquée pour le 38 du mois de novembre, l'article &6 de la Constitution exigeant que le Corps législatif élu à la suite d'une disso*^ lution fût réuni dans le délai de six mois. Le ministre d'État déclara, le jour de l'ouverture de la session, que l'Assemblée procéderait uniquement à sa constitution, à k vérification des pouvoirs, et qu'elle serait ensuite prorogée au 18 janvier pour l'expédition des affaires. M. de. Momy termina une courte allocution dans laquelle il rap^» pelait les services rendus par l'Empereur au pays, par cet
TAULE DKLOKD. II. — 22
«Miel tond : « dMtom fidèles auK priuçipes qqî oot dirifé » i» iiréo^Dt9 l^islature, ne nous laissons pas écarter » d« cette politique qui avait pour progravune que la A véritable indépeodance p'est m dans unie approbation » aveugle, ni dans une opposition constante, que Taccord » des grands pouvoirs de l'État est la première condition » du repos public, et que la plus parfaite constitution ne » saurait fonctionuer sans^ la sagesse des hommes. » Le président regut ensuite le serment des membres présents à la séance» MSI* Curé, nommé à Bordeaux par Topposition dénooratiquei Darimon et £mile OlUvier remplirent cette formalité* MM. Carnot et Goudçhaui, élus à Paris, et Ml HénoUi élu à Lyout écrivirent au président trois letr tf98 qu'il lut dans la séance du V décembre. Lesdeia premiers déclaraient persister dans la résolution déjà manifeetée par eux en 1852| derefuser le serment prescrit par la Constitution. Ils furent donc déclarés démissionnaires. M. Hénon rappelait également son refus de aer* nenten iS52, en ajoutantquesesélecteurslayant nonmé cette fois» non plus pour rester sur le seuil de l'Assemblée, mais pour le franchir, il donnait son adhésion à la formule du serment* quoique son avis n'eOit pas changé sur k haA dtes choses. M* Hénon était présent à la séance; le président h» ayant foit observer que sa lettre ne pouvait pas tenir lieu du serment, et qu'il fallait savoir s'il vou- ' lait le prètw oui ou non, il le prêta en déclarant qu*il avait tenu seulement à expliquer sa conduite. Le septième des ékia apposants, le général CavaignaCi venait de mourir. Il avait manifesté plus d'uue fois avant sa mort la foruM intention de refuser le serment. Traii éiMtioQS feulement étai^it contestées ; ceUes de
PROdS MIGVON. dit
M* de Ségur dans la Meuse, de M. dé Gambacerès dans l'Aisne^ et de M. Migeou dansleHauURbio. M. de Ségur prit le parti de donner 6a démission pour empêcher la discussion des abus relevés contre lui, comme si, en bonne règle parlementaire, la retraite du candidat pouvait sup^ primer les mangBuvres illégales employées pour faire réussir son élection. M. Emile OUivier, voulant à propos de Vélection de M. de Ségur engager un débat général sur les élections de 1857, proposait à la chambre de re-^ pousser la démission. Le président, malgré ses vives réclamations, lui relira la parole, en alléguant que, par suite de l'acceptation de la démission du député de la Meuse, il n'y avait plus rien en délibération. L'élection de M. de Cambacerès fut annulée, le candidat n'ayant pas l'Age exigé par la loi ; mais il se représenta quelques semaines plus tard, et fut nommé sans difficulté, de sorte qu'une violation de la loi servit à rendre nulle la volonté du législateur. Quant à M. Migeon, député du Haut-Rhin, il avait déjà siégé sur les bancs de la droite à TAssembiée légis* lative. Réélu en 1852 comme candidat du gouvernement, il s'était montré fidèle à son mandat, dépendant Tadmi-» nistration l'en jugeant brusquement indigne en 1857 ^ (Moisit à^ place un autre candidat. M. Migeon persista néanmoins à se présenter aux électeurs, qui le réélurent à une forte majorité. C'était d'un mauvais exemple. Le gouvernement, pour rétablir la discipline parmi les élecH teurs et parmi les candidats, fit procéder à une enquête administrative, à laquelle succéda une instruction judi-^ daire. Le parquet de Colmar, à la suite de cette instruction, intenta une action en police correctionnelle contre M. Migeon, pour avoir répandu de fausses nouvelles^ de
9ftD L*ËIIPIRE.
fausses promesses d'emploi et de fausses menaces de re* trait d'emploi ; pour avoir, par des paroles et par des écrits, porté atteinte à la considération de fonctionnaires, pour avoir porté le titre de comte, la croix d'honneur et d'autres croix sans autorisation.
Ce procès venait trop tard ; les deux derniers délits imputés à l'inculpé étaient antérieurs à la dissolution du Corps législatif. Les poursuites, exercées après l'élection de M. Migeon, ressemblaient trop à une vengeance du gouvernement pour produire l'effet qu'il en attendait. Les débats du procès éveillèrent au plus haut point la curiosité publique : un maire faisant voter les électeurs dans la salle du cabaret où il vend des liquides, un zouave qui s*empare de Turne électorale, des enfants votant pour leurs pères, des pères votant pour leurs enfants, un sous-préfet, M. de Barthélémy, s'écriant, en parlant de M. Migeon et en faisant allusion à sa qualité de député autrefois élu par le concours de l'administration : «Quand on a un mauvais domestique, on le chasse sans lui donner de raisons » ; le président du tribunal disant à un témoin: « Vous étiez un des colporteurs les plus actifs de Migeon, vous devez vous estimer heureux de n'avoir pas été plus inquiété » ; vingt autres faits du même genre, en montrant ce qu'était le suffrage universel sous l'Empire, permirent à M. Jules Favre de soutenir avec vérité, dans sa plaidoirie pour M. Migeon, que ce procès n'était qu'un fragment brisé du miroir dans lequel la France pouvait se voir tout entière.
M. Migeon, condamné à un mois de prison pour port illégal de la Légion d'honneur, n était pas déchu de son titr^ de député. Il donna cependant sa démission dans
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une lettre où ii annonçait riotentioû de se représenter de nouveau devant ses électeurs.
L'année 1857 se termina par une suspension de deux mois infligée à la Presse pour un éloquent article de son rédacteur en chef, M. Alphonse Peyrat, sur les dernières élections. La société de l'Empire, tout entière à ses plaisirs, semblait ignorer qu'il y eut dans le monde autre chose que le bal, le jeu et la table. Le préfet de police adressa pour la forme des circulaires aux cercles pour les exhorter à modérer le jeu de leurs habitués; l'or inondait chaque soir les tapis verts ; des loteries redoublaient les effets du jeu. Le clergé les patronnait avec ardeur.
La chsuîté des fidèles ne suffisant plus à payer les frais de toutes les églises qu'on était en train de bâtir, on ima* gina un moyen d'avoir l'argent des profanes. Des billets de loterie donnant droit à une pendule ou à une messe pour vingt sous, s'étalèrent à la vitrine des coiffeurs et des bureaux de tabac, à côté des billets du bal Mabille. La presse est sans contredit une invention de Satan, mais les journaux dénoncés tous les matins au prène étaient des auxiliaires indispensables pour le placement des billets de loterie. Les curés traitèrent avec les fermiers d'annonces. I^es billets se placèrent, leglise se bâtit, la passion du jeu se mêlant ainsi aux sentiments les plus respectables et les plus délicats de Tâme.
Conduire un cotillon, voir des jambes de femmes au théâtre, telle fut la vie de la jeunesse élégante et riche de l'époque. Ce qui restait à la société de son ancienne activité intellectuelle se résumait dans une sorte de curiosité banale effleurant et confondant les hommes et les choses, l'homme d'Ëtat et le comédien , la grande
Sâ2 L'EMPIltC.
dame et la courtisane, et ne se complaisant qu'aux détails puérils de la chronique. LÀ princesse de LieveB est morte, personne ne parle de son rôle politique, mais chacun "raconte qu'elle a légué en mourant un carrosse et deux chevaux à M, Guizot Eugène Sue, de Musset, Gustave Planche, disparaissent dans l'année, la chronique laisse de côté leurs œuvres pour apprendre au public que le premier ne dtnait jamais qu'en manchettes, que le second ne se procurait l'ivresse qui lui était devenue nécessaire que par un terrible mélange d'absinthe et de bière, que le troisième enfin ne se lavait pas les mains. Les défauts et les vices des hommes illustres intéressent seuls le public; leur talent est oublié. Les sociétés sans opinion et sans croyance sont toujours hypocrites. La société de l'Empire affichait la dévotion. Malheur à ceux qui ne suivaient pas exactement les pratiques de TÉglise. M. Viellard, sénateur et ami particulier de l'Empereur, meurt; on trouve dans son testament une clause qui défend de porter son corps à l'église. Le chambellan ou l'aide de camp envoyé par l'Empereur pour assister aux funérailles se retire et déclare qu'il ne suivra pas le mort au cimetière. Voilà où en était la France.