‹ Histoire du second empireChapitre 79 sur 176 · PLAIDOYER DE M« JULES FAVRE · texte numérisé non relu

PLAIDOYER DE M« JULES FAVRE

> Me voici donc, messieurs» devant vous, non encore une fois pour eicoser, mais pour expliquer le coupable entraînement auquel cet iafortuné n'a pu résister. Il ne m^appartient pas, et je n'en ai pas la fiberté, il ne m'appartient pas, dis-je, de faire devant vous l'œuvre de llnstoire et de rechercher les causes qui ramènent si fréquemment dans notre pays le retour de pareils actes. Mais à ce moment solennel où la société Ta frapper, qu'il me soit permis d'étendre quelques insîants ma faible main sur la télé du malheureux Orsini, et d'examiner avec TOUS l'intérêt et le mobile de l'acte dont on demande l'expiation, et je ne désespère pas de faire entrer dans vos cœurs une partie des sentimenis qui agitent le mien .

« M. le procureur général se trompe. Non, messieurs les jurés, le crime d'Orsini n'a été dicté ni par la convoitise, ni par la haine, ni par l'ambition; ce n'est pas en semant la mort et les ruines autour de lui •qu'il a voulu conquérir la puissance ; non, il n'a pas voulu monter au poQToir par ces degrés sanglants.... Quelle est donc cette histoire, monsieur le procureur général ? Elle n'est pas celle d'Orsini. -^ Qu'a Uii voulu? — Affranchir sa patrie. Il nous le dit, accusez-le de folie, mais ne contestez pas la loyauté de sa déclaration ; nous en avons pour eantion sa vie tout entière ; je n'en connais pas de plus inflexiblement logique. Il l'a usée sans partage dans une lutte énergique, incessante, coDU^les étrangers qui foulent son pays. Il n'en pouvait être autrement, la haine de l'étranger ^ messieurs les jurés, il l'a puisée au berceau dans le lait de sa mère, dans le sang de son père.

> Le père d'Orsini était capitaine dans l'armée italienne organisée par Napoléon I*', il a suivi nos légions jusque dans les glaces de la Russie, il a mêlé son sang au nôtre sur tous les champs de bataille, il n'a déposé les armes qu'après avoir vu tomber le dernier soldat de la cause bonapartiste qui, alors, était celle de l'indépendance.

> Quand le dernier soldat de cette noble cause fut tombé, que fit-il ? Ce que plus tard a fait son fils. Après avoir mis son épée au fourreau il conspire. En 4S34, on le voit attaquer le pouvoir pontifical avec d'illuslres complices dont l'histoire retient les noms et dont l'un d*eux est tombé sous les balles des sbires.

* Félix Orsini avait douze ans à peine quand il fut témoin dé ces malheurs ; il vit la pierre du foyer domestique brisée^ son père fugitif, jeté en eiil, condamné k une vie errante. Et vous ne voulez pas qu'il ait senii naître en son cœur cette haine ardente, vivace, inflexible, qui l'anime contre les ennemis de sa patrie ! Toutes les autres passions de son âme ont cédé devant ce sentiment profond qui a été comme un flambeau auquel son cœur s'est embrasé. Il n'y a qu'un instant^ M. le procureur général vous dépeignait Orsini comme un conspirateur vulgaire, ne travaillant k la chute des gouvernemenis que pour monter au pouvoir et s'y livrer aux enivrements des voluptés et de la puissance. Je l'ai dit, M. le procureur général n'a pas fait l'histoire d'Orsini. Je ne veux pas d'ailleurs discuter avec lui sur ce point, ni agrandir ce débat. Seulement je le lui demande : Italien, ne souflrirait-il pas du mal qui dévore Tltalie, ne sentirait-il pas le poids des chaînes de la patrie, et tous ses efforts

868 L'EMmB.

Be seniant-iis pas employés à secouer lo joug odîeui de l'étranger? Orsîni Ta tenté, sa vie entière a été coosaorée à ce noble but. L'indépendapce, l'unité de Tlialie a été aussi la pensée de Napoléon l*% Pour y arriver, que fatlait^il? Briser le pouvoir temporel du pape. Telle était îa croyance d^ûrsini ; entraîné par cette pensée dans un complot» il est condamné en 4 845 par le gouvernement pontifical. Amnistié, on lui fait prêter le serment de ne rien entreprendre i l'avenir contre le ponvoir papal. Quoi qu'on nous en ait dit, ce n'est pas lui qui violera son serment ; il quitte les États romains, toujours pour conspirer, mais en Toscane, contre les Autrichiens.

» Les événements de 4 848 éclatent. Je n'ai pas i m'axpliquer ici >ur ce? événements ni k reprendre le récit de Texpédition de Roqie, si diversemfcf^t jugée et qui a donné lieu à des débats si animés, & des incidents si funestes. Je ipe borne à constater Tétat des esprits ep ce moment. Le manifeste de Lamartine avait fait luire l'espoir de Tindé-. pendanoeen Italie, et cet espoir était salué avec enthousiasme parbeaucoup d'hommes qui tiennent aujourd'hui un tout autre langage. L'Autriche épouvantée repliait son drapeau derrière le Tagliamento, la France tout entière applaudissait à cette délivrance. Telles étaient nos promesses à cette époque. Le gouvernement pontifical est renversé, Orsini n'avait pas changé ; mais il n'a pas violé son serment, on se peut l'accuser d'avoir alors conspiré le renversement du pouvoir du pape. S'il entre dans l'assemblée constituante, ç'e^i parle suffrage universel qu'il y arrive. Comment en est*il sorti ? Dieu tne garde, messieurs les jurés, de laisser tomber de mes lèvrf)s des paroles amères ou imprudentes, mais peutron ne pas dire que cette assemblée, issue, comme nos institutions à cette époque, du suffrage universel, a été renversée par TËurope ? Et qui l'a dispersée ? Le canon delà France!

)) Alors cet homme, condamné à la vie de prosorit, chassé par la violence, que va-tfil faire ? Obéira-t-il aux aqcieas ennemis de la patrie? Le patriotisme du vieux soldat de l'Empire, ce patriotisme ardent que son père a allumé en lui par ses exemples et par ses malbeurs, s'éteindra-t-il dans son cœur? Non, il sera plus brûlant encore ; Orsini n'aura désormais ni paix, ni trêve qu'il n'ait l^risé les fers de sa patrie. Que fait-il, en effet? Il conspire, il narcourt l'Italie, réchauffe les courages, organise la résistance. En PiémoAt, en Toscane, à Lucques, à Modéne, partout même pensée. Arrêté à Gênes en 4 853, il est mis ea liberté, mais eitilé. Il traverse la Suisse et la France, et se dirige sur Londres. En mars 4 854, sous le nom de Tito GeUi, \\ essaye une eipédition dans le duché de Parme, il échque; arrêté eq Suisse, il échappe par miracle. En 4 856, il se rend à Yienqe sous le nom d Uerwag, toojours poursuivi par le même démon, par la même (oUe, dirqnt les sages du temps. Il va chercher des soutiens, préparer des soulèvements, aiais il est découvert, arrêté, chargé de cbaines et jeté dans la citadelle de Mantoue, un véritable tqmbeat^i Pendant dix mois il voit sans fléchir la mort, une mort ignominieuse, suspendue sur sa tête. Les juges etamêmes reconnaissent en secret la noblesse de son âme et la pureté de son patriotisme. Cependant il est cpndamoé. (fais la générosité et le

PUIDOTER PE H* JULES FAYRE. aSft

dérooeinentTeîUeiit près de lui. Une femme, sachant qu'an jetme patiiote iUliea allait mourir, s'ÎDtéressa à cet infortuné.... Grâce à des miracles de tendresse, à des prodiges de divination dont les femmes seules sont capables^ des moyens de salut sont préparés, des intelligences ménagées juiqne dans Tintérieur de la prison. Enfin Theure de la délivrance est arriTée.,.. Huit barreaux sont sciés.... les instruments d'évasion miracoleusement fournis ! ! I Vous dirai-je, messieurs les jurés, le temps, la patience nécessaire à tous ces efforts? Je le voudrais en vain. Orsini, à* laide d'un lien bien fragile, essaye de descendre d'une hauteur de qQarsnte mètres ; le lien se brise, et le fugitif tombe à demi brisé dans les fosKS de la forteresse ; il se traîne néanmoins et reste vingt-^qualre heures dans un lac glacé où des chasseurs viennent le recueillir. . . . Vous le voyes, messieurs les jurés, la Providence ne voulait pas qu'il mourût.... Pourquoi ne l'a-t-elle pas voulu ? Mais est-ce bien à noua, faibles vennisseaux que nous sommes, qu'il appartient de Tinterroger? Que savons-nous, que pouvons-nous savoir de ses desseins ! Cependant le Toici encore sidijugué par les mêmes idées. Vaincu par les entraîne-* menis de toute sa vie, la voici de nouveau précipité dans Tentreprise horrible que je condamne, mais que je viens d'expliquer.

B Après ce que je viens de vous faire entendre^ aurai-je besoin d'une défense ultérieure ? Me faudra-t^il encore discuter des preuves et des téiooignages ? Ne seriez->vous pas dès à présent persuadés qu'Orsini n'a eu en vue qu'une seule chose, la délivrance, rafiranchissement de sa noble et clière patrie ? Encore une fois, celte pensée, ce désir, ne peuvent pas excuser un pareil attentat, ni la mort de ces tristes victimes auxquelles Orsini, il vous le disait hier, voudrait pouvoir rendre la vie au prix de tout son sang, mais ils l'expliquent : des sentiments impérieux, dominateurs, ont armé sou bras.

> Nous-mêmes, messieurs les jurés, n'avons-nous pas subi l'empire de ces redoutables sentiments? Parfois, dans les cabinets des rois, il arrive que leurs conseillers politiques essayent de disposer de la vie et de la puissance des nations. La nôtre a été l'objet d'une de ces tentatives dans un temps qui n'est pas encore bien loin de nous. Dans les pages récentea de notre histoire, ne rencontrons-nous pas les sanglants souvenirs de 1 315? Napoléon P^, malgré )e prestige de son nom, malgré sa puissance, n'a-t-il pas été précipité du pouvoir parles nations alliées ? U gouvernement qui a remplacé le sien n'est-il pas resté impopulaire parce qu'il était imposé ? n'a-t-il pas été attaqué par les conspirateurs, ne lui ont-ils pas fait une guerre incessante et acharnée, et le pays enfin n'a-t-il pasy sinon glorifié, au moins plaint les victimes tombées dans cette lutte patriotique ? Ëh bien ! messieurs, vous aveis devant vous un Italien qui a voulu faire pour l'Italie ce qu'elles ont fait pour la France, Descendez dans son cœur, et voyez le mobile de son crime ; vous ne le mépriserez pas, et surtout vous n'i^outerez pas à ce crime le sang des malheureuses victimes enveloppées dans cet horrible attentat. U responsabilité de ce sang répandu, il la portera devant Dieu, mais die ne peut peser sur lui devant la justice des hommes ; la loi le défend ; ponr çlle, le crime, vous lesavex» u^st que dans Tintention, M. lepro-

cureur général Ta compris comme nous ; aussi, dans son loyal réquisitoire, s'est-il peu étendu sur ce point. Je n'en dirai donc pas da?antage moi-même sur ces accusations accessoires.

> Faudra- t-it parler plus longuement des réticences dans lesquelles Orsini a cru devoir envelopper ses explications, des contradictions, des dénégations contenues dans SCS interrogatoires? Quoi! messieurs, est-ce qu'il est ici douteux pour personne que cet infortuné offre sa lôte eo 'expiation de son crime? Il a nié d'aborJ, il est vrai, son forfait; mais en face d'accusés qui niaient comme lui, il ne voulait pas les compromettre ; ils avaient nié, il les a suivis dans cette vole. Vous voulez qu'il ait eu peur ? Oh ! non, non, vous ne le croyez pas ! Enfin, voici le jour de la justice, le jour où il se trouve en face du jury, c'est en ce moment qu'il doit vous apporter et qu'il apporte ses dernières explications. Eh bienl di»simule-t'il, et dans ses justifications entendez-vous une seule parole de forfanterie ou de faiblesse ? Encore une fois, il avoue franchement, courageusement, et sa faute et ses desseins. Le voici donc, messieurs^ devant vous, prêt à mourir. . . . mais désireux encore que son sang soit utile à la cause de l'indépendance italienne ; il a formulé ce vœu dans un testament suprême, dans un écrit que du fond de son cachot il adresse à l'Empereur. Vous allez voir de nouveau, messieurs tes jurés, dans ce document que je dois vous lire, après en avoir obtenu la permission de celui-là môme à qui il a été adressé, se révéler la pensée de toute la vie d'Orsini :

« A NAPOLÉON m, EMPEREUR DES FRANÇAIS.

» Les dépositions que j'ai faites contre moi-même dans le procès » politique intenté à l'occasion de l'attentat du 4 4 janvier sont sufii- 2 santés pour m'envoyer à la mort, et je la subirai sans demander grâce, « tant parce que je ne m'humilierai jamais devant celui qui a lue la

> liberté naissante de ma malheureuse patrie, que parce que, dans It » situation où je me trouve, la mort est pour moi un bienfait.

» Près de la fin de ma carrière, je veux néanmoins tenter un dernier 9 effort pour venir en aide à l'Italie, dont l'indépendance m'a fait jusqu'à » ce jour traverser tous les périls, aller au-devant de tous les sacrifiées. )) Elle fut l'objet constant de toutes mes affections, et c'est cette dernière

> pensée que je veux déposer dans les paroles que j'adresse à Votre

> Majesté.

» Pour maintenir l'équilibre actuel de l'Europe, il faut rendre l'Italie » indépendante ou resserrer les chaînes sous lesquelles l'Autriche la » tient en esclavage. Demanderai-je pour sa délivrance que le sang des

> Français soit répandu pour les Italiens? Non, je ne vab pas jusque-là. )) L'Italie demande que la France n'intervienne pas contre elle; elle » demande que la France ne permette pas à l'Allemagne d'appuyer 0 l'Autiiche dans les luttes qui peut-être vont bientôt s'engager. Or, » c'est précisément ce que Votre Majesté peut faire, si elle le veut; de » cette volonté donc dépend le bien-être ou le malheur dé ma patrie,

CONDAMNATION DORSINI ET bE SES COMPLICES. 36l

» la vie ou la mort d*uae nation à qui l'Europe est en grande partie

> redevable de sa civilisation.

• Telle est la prière que de mon cachot j'ose adresser à Votre

> Majesté, ne désespérant pas que ma faible voix ne soit entendue.

> J'adjure Votre Majesté de rendre à ritalie l'indépendance que ses « enfants ont perdue en 4 849 par la faute même des Français. Que i Votre Majesté se rappelle que les italiens, au milieu desquels était

• rooo père, versèrent avec joie leur sang pour Napoléon le Grand partout

• où il lui plut de les conduire; qu'elle se rappelle qu'ils lui furent fidèles

• jusqu'à sa chute; qu'elle se rappelle que tant que l'Italie ne sera pas

> indépendante, la tranquillité de l'Europe et celle de Votre Mtgesté ne

> seront qu'une chimère.

• Que Votre Majesté ne repousse pas le vœu suprême d'un patriote i sur les marches de l'échafaud; qu'elle délivre ma patrie, et les béné-

• dictions de 95 millions de citoyens la suivront dans la postérité.

» Signé : FeucE Orsini.

» De Uprison de Max», le 11 (fiTrior 1858. «

« Telle est, messieurs, la dernière parole de cet homme qui se résigne i son sort EQe est, vous le voyez, conséquente avec tous les actes de sa vie.

n Cependant, je le reconnais, c'est une sorte de témérité de sa part de l'adresser a celui-là même qu'il voulait détruire comme un obstacle à la réalisation de ses desseins ; mais encore une fois, toujours fidèle à la conviction, k la passion de toute sa vie, il ne veut pas que son sang versé soit inutile à son pays. Oui, messieurs les jurés, Orsini engagé dans l'entreprise qu'il a tentée et dans laquelle il a échoué, grflce à Diea, s'incline; il ignore, il va mourir!... Du bord de la tombe il adresse celte solennelle prière à celui contre lequel il n'a eu aucun sentiment de haine personnelle, à celui qui fut rcnoemi de son pays, mais qui peut en être le sauveur : Prince, vous vous glorifiez d'être sorti des entrailles du peuple, venez au secours des nationalités opprimées, secourez un peuple ami de la France, relevez le drapeau de l'indépendance italienne que votre vaillant prédécesseur avait restaurée ! Prince, ne souffrez pas que cette contrée si belle, si noble, si infortunée, soit éternellement la proie des enfants du Nord qui l'élreignent ; ne vous laissez pas prendre aux démonstrations hypocrites des vieilles royautés qui vous trompent ! Prince, les racines de votre maison sont dans la souche révolutionnaire, soyez assez fort pour rendre à l'Italie l'indépendance et la liberté, soyez grand et magnanime, et vous serez invulnérable !

» Voilà, messieurs les jurés, ses paroles ; il ne m'appartient pas de les commenter, je n'en ai ni la puissance ni la liberté ; mais ces paroles dernières d'Orsini vous disent clairement et la pensée et le but de son acte. J'ai fini, messieurs, ma tflche est terminée. Vous n'aviez pas besoin des adjurations de M. le procureur générai pour faire votre devoir sans passion comme sans faiblesse. Mais Dieu qui nous jugera tous,

S«8 |.*WPmB.

DÎ6V devipt qui les grandft d« ce inoncl«, dépouillas du oorl^e de lenri courtisans el de leurs flatteurs, apparaisseui tels qu*ila tant. Dieu qoi seul mesure l'étendue de nos fautea, la force des entraînements qui nous égarent et Texpiation qui les efface, Dieu prononcera son arrêt après le ▼6tre, et peut-être ne refusera^tril paa un pardon que les hommes aaroot cru impossible sur la terre.

L'arrêt est du 26 février ; les trois accusés furent eondamnés à mort et signèrent le lendemain matin leur pourvoi en cassation : « Si je signe ce pourvoi, disait » Orsini, ce n'est pas par faiblesse, mais pour avoir le » temps de régler quelques intérêts de famille; car je ne » me fais pas illusion, il y aurait des moyens de cassa- » lion gros comme les tours de Notre-Dame qu'on ne les » verrait pas. »

Le même jour, Orsini , Pi^ri et de Rudio furent conduits de la Conciergerie à la Roquette, dans trois fiacres, où obacun des condamnés se trouvait avec tiK)is agents du service de sûreté ; ces voitures n'étaient suivies d'aucune escorte.

Los condamnés, arrivés à la Roquette, furent placés séparément dans une de ces chambres qu'on nomme : 9 Chambres des morts. » Us ne se virent ni à leur départ de la Conciergerie, ni à leur arrivée à la Roquette, De Rudio manifesta, en entrant dans cette prison, une grande satisfaction, espérant qu'on lui retirerait la camisole de iorce. Pieri montra, en prison comme aux débals, un

grand penchant au verbiage. Orsini, calme et poli avec

tous, ne fit entendre ni plainte, ni récrimination, ni

regret, ni repentir.

Son défenseur voulut lui faire ses adieux. II le trouva, dans la prison comme sur les bancs de la cour d'assises, calme^ souriant, résigné. M. Jules Favre, craignant de se

TESTÀMniT P*ORSmi. 949

laitter ftller h ratteodrisseiDent, abrégaa sa visite. Onini s'est souvenu de lui dans son tastament :

t Mmw dota npqMlle «m IMpéIdM waàmmi», !• nan I85S.

» Près de finir me» jours, j*écrifl 4« OMI pi^opr^ miiiii U$ miTtsUt dispoâtions qu« je veux qqi soient exécutées exse(eni#|it 9t qu'elles aient forée d*acte de ma volonté libr« et iQdépendaqte :

• 4* Je yeux que M. EQricQ Geniuscbi (de Milan), Ualion, dameuranl 1 Paris (I), retire mon argent qi|l a)*a été saisi à l'instant da anoo arrestation (2), et qui est déposé près le procureur général de la Seine, eo leur laissant préalablement les fraii du proo^a qui |P4 regardant.

» 2^ Je YW% que l'argent qui reste, prélevés les frais susnommés, il en dispose ainsi qu'il suit :

» A. Il achètera une montre d*or et une chaîne d'or pour donner un loofanir i M. Jules Fnvre, avocal, qui m'a défendu, ht tout d9 la Tsleur de 300 francs au moins (huit cents francs). Sur U montre il fera graver les mots suivants : «Felice Orsinl, à M. Jules Favre, souvenir. »

0 B, Je veux qqa n)on cadavre soit rois daQ« una eaiaaa un boia or4inaire et qu'il soit envoyé à Londres, parce que je veux être enterré dans le cimetière où se trouvent les dépouilles du patriote italien Ugo Foscolo et mis à son eélé. — M. Gerouschi fera les frais nécessaires avec l'argent susnommé, etc., etc. »

» C. Une fois accomplis tous ces frais, l'argent qui reste, je veux OQ'il soit envoyé à mon oncle Orso Orsini ou k niQn MT^ Leoqida Orsioi, tous deux demeurapt ensomble i Imala, États romaina (Italie) s leiquela en devront disposer aoulement à profit do ipes deux pnM(M filles Emestina ^\ Ida Orsini, d^inourantes à Nice, fltaU sard^a (Itajifi),

3* J'autorisç T. P. P, Hodge (de Glas|onbury near Ba^Momoraetahirn) en Angleterre, de retirer près de soi ma Hlle atnée Ern<;stina ûrfini. née h Nice-Maritimt% É^ts sardes (Italie), le 9 avril ^ SQS çt dmturant daas la même ville.

9 k" J'autorise M' Peter Sluart, de Livçrpool (Angleterm)* de rMirer près de soi ma seconde fillo Ida Orsini, née k Nice-Maritime, le 4 } n^ara 4853 ei demeurant aveo l'atnée dans U même y\\\^,

> 5*" Je recommande aYQP tout mon cœur i mes amja intime^ T- D. P. Ho4ge (^e Glastoobury) et à Peter Stuart (de MvarpPQl) niai daux petites filles ausnommées, afin qm l'éducation qu'ellea r^^Yront aoit tout à bit ççnformn aux principes do l'hQBn^tpté, de la vraiç ^nvUli da la sagesse et du vrai amour de la patrie.

> 6** Je veux que tous mes effets de vestiaire, do liyrâ^i nt<«M axia^ant pès de M, l^aanll^f diraotpur de la RoqueUe, soiant envçiy^i k n^isa Elisa

Cbeney (de I^ondres), demeurant à Londres — Angleterre N** }, Qr^fton

(i) % Avae U oaaipéMilen ds M . de Laialle, directeur de la prison de la Roquette, si ses fonctions le lui permettent, n Fbligb Onsuu.

(2) « Plm las otyeti existanU- » Fi|.iOB OasiMi.

streel. Aland Road Kensiih New Towa — N' 40. —Londres. Miss Elisa Cheney en disposera selon sa volonté libre et indépendante, ainsi que des autres effets que je lui ai déjft laissés avant mon arrestation et pendant mon emprisonnement. Tout ce que j'ai fait pour elle, ce n'est qu'un trés-humble et trés-petit souvenir pour la bonté el le dévouemeot extrême qu!eUe m*a porté en toute circonstance. Je recommande à mes amis d'Angleterre cette demoiselle honnête et vertueuse.

» *}• Je veux, en dernier lieu, que M. Enrico Cernuscbi susnommé soit l'exécuteur des dispositions ci-énoncées k Paris, et quant à celles qui doivent être exécutées en Angleterre, qu'il ait la coopération de M. Vincenxo Galdesi de Faenza, Etals romains (Italie), demeurant à Londres.

» Le tout écrit de ma propre main.

> Felice Orsini.»

La lettre citée par M . Jules Favre dans son plaidoyer avait été publiée. Orsini se montra très-reconnaissant de oette publicité. Il en remercia l'Empereur dans cette lettre:

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