CAS. M. NAPOLÉON III^ EMPEREUR DES FRANÇAIS
D Sire,
» L'autorisation donnée par Votre Majesté Impériale à l'impressîoa de ma lettre du H février est une preuve de sa générosité. Elle me montre que les vœux qui y sont exprimés en faveur de ma patrie trou* vent un écho dans son cœur. Les sentiments de sympathie de Votre Majesté pour l'Italie ne sont pas pour moi un mince reconfort au moment de mourir.
» Bieniêt je ne serai plus. Je déclare avant de rendre le dernier souffle vital, que l'assassinat , de quelque prétexte qu'il se couvre, n*entre pas dans mes principes, bien que par une fatale aberration d'esprit j'aie organisé raltcnlat du 4 4 janvier. Non, l'assassinat politique ne fut jamais mon système, et je Tai combattu au péril de -ma vie par mes écrits et par les actes de ma vie politique.
» Que mes compatriotes, au lieu de compter sur ce moyen de l'assasinati apprennent de la bouche d*un patriote prêt h mourir, que leur abnégation^ leur dévouement, leur union, leur vertu, peuvent seuls assurer la délivrance de Tltalie, la rendre libre, indépendante et digne de la gloire de nos aïeux.
D Je vais mdtirir avec calme et je veux qu'aucune tache ne souille ma mémoire.
» Quant aux victimes du 4 4 janvier, je leur offre mon sang en sacrifice, et je prie que les Italiens devenus indépendants dédommagent un jour ceux qui en auront souffert.
)) Que Voirc Majesté rne permette en finissant de lui demander grks
t'KÉPARATIfô DE L'KXÉCUTION. H^
de la vie non pour tdoî, mais pour ceux de mes complices condamnés à mort.
» Je sois, avec le plus profond respect,
> De Votre Majesté Impériale,
)> FeuGE Orsini.
i D« U prison d« la Roquetle, 9 mars 1858. »
La Cour de cassation rejeta ce jour-là son pourvoi* Orsini ne signa pas de recours en grâce, mais la clémence régalienne n'a pas besoin d'être provoquée pour venir trouver un condamné dans son cachot. M. Jules Favre, subitement atteint d'une maladie qui mit ses jours en péril, trouva des forces pour écrire à l'Empereur une lettre dans laquelle il faisait valoir les raisons qui pouvaient militer en faveur de la grâce de son client. Celte lettre n'a jamais reçu de réponse. Le conseil des ministres, sous la présidence de l'Empereur, s'occupa de la question de commutation de peine; elle était encore l'objet de ses délibérations le 12 mars au malin. M. Piétri était d'avis d'accorder la grâce. Ses adversaires exhumèrent des Archives une lettre de Napoléon V écrite à l'occasion de la condamualion des accusés de la machine infernale de la rue Saint-Nicaise : «... Si ma personne seule eût été » en danger, disait l'Empereur dans cette lettre, et si » autour de moi ne fussent pas tombées autant de vic- » times, je n'aurais pas hésité à faire grâce.. . » Le crime du 14 janvier avait atteint lui aussi trop de victimes. Napoléon 111 ne crut pas pouvoir accorder la vie à son principal auteur; de Rudio seul devint l'objet de la clémence impériale. I^ peine de mort fut commuée pour lui en celle des travaux forcés à perpétuité. / .
La foule, depuis une semaine, stationnait toutes les nuits sur la place de la Roquette; les étudiants y étaient fort
368 L'EMMRE.
de réchafaud. Un huissier de la Cour lit à haute voix Tarrêt qui les condamQe.à la peine des parricides. L'exécuteur s'empare de Pieri, qui pousse le cri : « ViveTItalie ! \ive la République ! v Orsini en se livrant à Texécuteur crie : « Vive la France !»
Au moment où le couteau tomba, toutes les têtes se découvrirent, et saluèrent celui qui savait mourir.
A sept heures dix minutes, tout était fini. Les journaux reçurent Tordre de garder le silence sur cette exécution.