LES TRANSPORTATIONS DE
de rintérieur ; Espinasse répondit qu'il obéirait en tout à TEmpereur. Un quart d'heure après, le décret qui le noDunait ministre de l'intérieur et de \à sûreté générale était signé : le général Espinasse interrompit son service pour se rendre à Thôtel du ministère.
Le ministre de Tintérieur et de la sûreté générale commença par mander tous les préfets à Paris. Il reçut chacun d'eux en audience particulière. Voici le dialogue échangé entre ces fonctionnaires et le général Espinasse : « — Vous êtes préfet? — Oui, Excellence. — De quel département? — De la Sarthe (I). — Ah! vous êtes préfet de la Sarthe (il consultait une liste où les départements étaient inscrits avec des chiffres en regard), la Sarthe, tant d'arrestations. — Mais, monsieur le ministre, qui faut-il arrêter? — Qui vous voudrez, je vous ai donné le nombre, le reste vous regarde. »
Les préfets s'empressèrent de mettre à exécution ces instructions sommaires.
L'affaire d*Orsini avait prouvé, de la façon la plus irréfragable, que la France était restée complètement étrangère à Tatteniat du l/i janvier. Les vrais coupables punis, le gouvernement aurait dû, semblait-il, se tenir pour satisfait ; mais la demande faite par TEmpereur du dossier du procès de la machine infernale, indiquait que les traditions et la politique du consulat et de l'empire seraient encore suivies, et que Napoléon III profiterait de l'occasion pour frapper les républicains, comme le premier consul Bonaparte profita du complot légitimiste de la rue Saint-^icaise pour déporter les débris du parti de la révolution.
(1) Oa toat autre nom.
TAXILB »ELORD. « II. — 25
IjC Sénat ne s'opposa nullement à la promulgatioQ de la loi, et un décret impérial du S7 février 1858 la rendit exécutoire sur toute retendue de Tempire iVançais. Les iprisons cependant étaient pleines avant le décret et même vaut la présentation de la loi. Les membres restants du comité de résistance, Louis Combes, Eugène Fombertanx, Frédéric Gérard, Chardon, Goudounèche, G. TiUierset quelques autres, furent désignés les premiers à la police. Frédéric Gérard, employé au ministère de la guerre, naturaliste distingué, était mort : les agents surprirent par leur visite sa famille encore en deuil. M. Chardon, instituteur, ftit arraché à la prison par son frère, officier d'artillerie; Fombertaux fut emporté par la voiture cellulaire sans avoir pu dire adieu à sa femme ; M. Goudounèche, maître de pension, ancit^n rédacteur en chef du journal f Avenir^ subit le même sort; M. Georges Tilliers, homme de lettres, traîné de prison en prison, tondu, rasé, jeté à la Roquette, attendit, au milieu des condamnés dont il portail le costume, le départ de onze forçais avec ICvsquels il fut conduit à Marseille. Sa mère et sa Bancée étaient, pendant ce temps-là, jetées dans une prison de Nevers. M. Benjamin Gastineau, rédacteur en chef du Guetteur de Saint-QuetUin, et plusieurs autres journalistes des départements furent arrêtés et prirent é^lement le chemin de Marseille et de l'Afrique.
Pour donner une idée de ce qui se passa alors dans toute la France, nous citerons une page de l'ouvrage de MM. Ë. Ténol et A. Dubort (1) :
« Les voilà^ ces hommes, chassés de leur patrie^ arra-
(1) Us Suspects en 1858«