‹ Histoire du second empireChapitre 87 sur 176 · LES TRANSPORT ATI0M8 DE «858. S · texte numérisé non relu

LES TRANSPORT ATI0M8 DE «858. S

cbés à leur famille, à leurs amis, jetés dans les cachots et transportés en Afrique I

» Qui sont-ils? Nous ne craijçnons pas de le dire : ils sont tous d'honnêtes gens, contre lesquels nous défions qu'on relève le moindre délit! Médecins, avocats, oflB-ciers ministériels, n^ociants, artisans, ils ne s'occupaient plus de politique : qui donc s'en occupait depuis 1852! Ils descendaient, non pas gaiement, comme on le leur conseillait, le fleuve de la vie, mais laissant à d'autres le souci des afiaires publiques I Ils regrettaient le passé, et ils s'en font gloire, mais en silence 1

» Les uns étaient couchés, moribonds, sur leur lit de douleur; les autres vivaient retirés au fond de leurs montagnes, évitant avec soin jusqu'au mot qui pouvait donner prise au gendarme. Ceux-ci revenaient, depuis quelques mois à peine, d'exil, de Cayenne ou de Lambessa ; ceux-là étaient morts depuis des années ! » Une nuit, entre minuit et deux heures, à peu près partout, le jour anniversaire de la révolution de Février, on va frapper à la porte des vivants et jusqu'aux tombeaux des morts! «Qui va là? — La police. —Que me veut-elle î — Tu es républicain î — Il ne m'est pas permis de le dire. — Tu Tes, tu as défendu la république en iS&S, la constitution et la loi en 1851. Suismoi, tu es un gibier de prison, un pensionnaire désigné de Cayenne ou de Lambessa ! Viens, et suis-nous, la chaîne au cou et les menottes aux mains ! Tu es malade? lu vas mourir? En voiture cellulaire, c'est bien bon » pour un r^ublicain ! -^ Mais pourquoi? — L'Italien > Orsini a tiré sur l'Empereur.

» Et toi, qui estuî — Vous demandez mon père? il est » mort depuis deux ans. — Mon mari ? il est dans uoe » maison de fous. — Mon frère? il est aux Êtals-Uois. — Mon autre frère? il est encore en Afrique où vous » l'avez transporté en 1852.

» — ton père est mort? ce n'est pas vrai, puisqu'il est » sur la liste. Tu soutiens toujours qu*il est mort? Viens » avec nous., il nous faut quelqu'un de ce nom. »

Et ailleurs : «Et vous, madame, vous êtes la femme » d'un républicain, vous êtes républicaine vous-même; » votre mari revient de Cayenne ? Allons, laissez là votre » mari, vos enfants, vos affections, voire ménage, vos n occupations; suivez-nous au cachot et en Afrique.»

Et ailleurs encore : «Qui es-tu, toi? — Moi? que » me voulez-vous? » Et la fille, aux gendarmes : «Que » voulez-vous à mon père? — Retirez- vous ; retirez- » vous; nous l'emmenons en prison. Et l'enfant et la » femme tombent étendues sans vie sur le parquet.

D Et ce colloque se continue, se prolonge, s'étend pen- » daut des mois et dans tous les coins de la Franc43 entre » les gendarmes et près de 2000 citoyens français. »

I^ préfet, dans chaque département, prenait au hasard le nombre d'individus fixé par ordre ministériel. Les zélés bonapartistes, les gens poussés par des haines ou par des intérêts particuliers, signalaient aux préfets les individus dont ils voulaient se défaire. Quelques préfets s'y prirent à deux fois pour compléter leur liste : il y a eu deux trans* portations en 1858, la première du 24 au 26 février, la seconde après cette époque. Le département du Gard fut terrorisé à deux reprises différentes, M. Pougeard-Dulimbert, préfet de ce département, avait pris une part cruelle

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