‹ Histoire du second empireChapitre 9 sur 176 · LES RSPOBLIGAIIIS SUR LES PONTONS. S · texte numérisé non relu

LES RSPOBLIGAIIIS SUR LES PONTONS. S

un citoyen tiUDsporté à Cayenne pour outrage à la religion.

L'histoire ne saura exactement le nombre et le chiffre des transportés que lorsque les archives du ministère de la marine lui auront été ouvertes. Le premier convoi partit, comme on l'a vu dans le volunje précédent, le 9 janvier du fort de Bicôtre pour le Havre ; le lendemain, les /i20 citoyens qui en faisaient partie furent embarqués à bord de la frégate à vapeur le Canada et entassés, 180 dans la batterie, 2A.0 par moitié dans les deux loges du faux pont, et 80 en deux parts dans les deux cabines du gaillard d'avant; défense aux premiers d'ouvrir les sabords malgré la chaleur produite par l'agglomératiou des prisonniers et celle produite par la machine installée à côté d'eux. Les seconds^ enfermés au nombre de 120 dans un espace de \li mètres de long sur /i"',&0 de large, et environ l'%80 de haut, recevaient à peine la quantité suffisante d'air nécessaire à la respiration; l'air et la lumière n'arrivaient aux troisièmes que par une lucarne d'un pied carré; les prisonniers de la batterie pouvaient du moins guetter la lame et ouvrir les sabords malgré la défense, mais ceux du faux pont restaient privés de cette ressource sous peine d'être noyés par les vagues qui longeaient la frégate. La* manche à vent, énorme sac pareil à celui d'une trémie, mais plus long, et fixé au milieu du mat par un triangle de toile présentant ensuite la bouche du tube à Tair qui s'y engouffre^ faisait parvenir un peu de fraîcheur dans cet enfer, mais chaque prison n'en pouvait jouir que pendant deux heures sur vingt-quatre. Les émanations d'un grand baquet placé au centre de chaque loge et destiné à tout le monde» corrompaient le

âO L'EMPIRE.

peu d'air respirable qui restait aux dépoités; le commandant aurait pu leur éviter cette torture en leur permettant de monter aux quatre poulaines voisines, il s'y refusa.

Journées terribles , nuits plus affreuses encore ! le roulis, le mal de mer, l'obscurité, une couverture de cheval pour lit ! Encore si chaque prisonnier avait pu s'étendre ; mais faute d'espace, la moitié des condamnés restait debout attendant que l'autre moitié vint prendre sa place ; pour toute nourriture celle des forçats : débris de biscuits, baquet de bouillon maigre sur lequel nageaient de gros pois secs pleins des charençons, légumes assai-r sonnés de quelques gouttes d'huile puante et pleine de vers morts. Chaque prisonnier en partant reçut une ration de onze centilitres de vin; M. Ducos, ministre de la marine, crut devoir interdire cette distribution par dépèche télégraphique, sous prétexte que les règlements de la marine française défendaient d'accorder du vin aux prisonniers de guerre, — les républicains du Canada étaient considérés comme tels — ; impossible de se procurer des provisions pour de l'argent ; le commandant, pendant une relâche forcée de quatre jours dans la rade de Cherbourg, ne voulut autoriser aucun achat en ville. La difficulté de boire était une des plus grandes souffrances des prisonniers : approchant leurs lèvres brûlantes des caisses à eau attachées aux murailles de la frégate, ils tétaient l'eau, car c'est l'expression véritable, par les siphons ; les hommes valides parvenaient à calmer un peu leur soif, mais comment mettre fin à la torture endurée par les malheureux que la maladie empêchait de se lever? « Un des prisonniers, après avoir pris de l'eau dans sa bouche, la versait dans un gobelet, et l'apportait

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