PUIDOIRIE DE H« BERRYER. 4SI
I des personnes qui ne peuvent tujourd*bui me répondre. > — Plus loin, il examine les différents partis : voter contre, c'est inutile; 8*abs« teoir, ce serait renoncer à sa qualité de citoyen : c Voler pour Louis*
> Napoléon, ce n*est pas approuver ce qu*il a lait; c'est choisir entre lui
> et la mine totale de la France Ce n'est pas sanctionner d'avance
> les erreurs ou les fautes que pourra commettre un gouvernement,
> faillible comme toutes les puissances d*îci-bas Remarquez bien
> que je ne prêche ni la conOance absolue, ni le dévouement illimité ;
> je oe me donne sans réserve à personne. > — Voilà la lettre de M. de Mootalembert, voilà son adhésion. Le vote du 20 décembre a lieu : il ne s'agit pas de critiquer; mais il faut bien rappeler quels sont les actes qui suivent immédiatement le 20 décembre. M. de Montalembert a le droit de protester contre l'inconséquence dont vous l'accusez.
» Que voit-il? Quelques jours après, un décret d'omnipotence qui exporte, qui expatrie, qui chasse de France quatre-vingts citoyens des plus dbtingués, et parmi eux ces illustres généraux à qui la capitale devait de n'avoir pas été livrée au pillage et de n'être pas devenue un noDcean de décombres.
> A ce décret que voit-il succéder? Le 22 janvier 4 852, le décret relatif aux biens de la maison d'Orléans, un décret qui porte atteinte au principe de la propriété. M. de Montalembert le considère comme la noiation d'un droit fondamental de la société.
» M, le président : W Berryer, vous ne pouvez pas attaquer un acte souverain.
» JP Berryer : Je n'attaque en aucune manière; je dis seulement que cet acte a dû être jugé ainsi par un homme qui croyait qu'il y avait là une confiscation. La pensée de M. de Montalembert était celle de M. le procureur général ; pas de vous, monsieur le procureur général, mais de l'autre qu'on a restitué à la cour de cassation. (Nouveau mouvement ) Voici en quels termes (je ne lirai pas celte lettre en entier) M. Dupin s exprimait : « En ce moment, au point de vue du droit civil, du droit
> privé, de Téquilé naturelle et de toutes les notions chrétiennes du i> juste et de l'injuste, que je nourris dans mon âme depuis plus de cin* » qoante ans, comme jurisconsulte et comme magistrat, j'éprouve le
> besoin de me démettre de mes fonctions de procureur général (t). » {la voix de l'orateur est converge par les éclats de rire de f auditoire.)
» Voilà l'impression de M. Dupin ; c'était aussi celle de M. de Mon* lalembert : le même jour il avait protesté aussi publiquement qu'il l'avait pu en quiltant la commission consultative ; le Moniteur le constate.
B Ensuite est venu le décret organique de la presse du 1 7 janvier 4 852. C'est la loi; il. ne s'agit pas de la discuter. Mais ne perdons pas de vue les impressions qui ont dû dominer l'âme de M. de Montalembert, surtout en présence des dispositions de l'article 32 de cette loi. C'est sous Tempire de ces impressions qu'il s'est séparé de vous. 11 n'y a plus à lui opposer sa conduite au 2 décembre : c'est un reproche injuste à
(1) Lettre de M. Dupin atné au Prince-président de la République. Paris. 23 janvier 1852.
Taide duquel on s^eObrce de diminuer son caractère. C'est à cela j'ai voulu répondre ; je crois l^avoir fait, tt
M. de Montalembert se lavera difficilement du reproche d'avoir contribué au coup d'État par l'éclat de ses terreurs, par ses déclamations contre la presse, contre les réunions publiques, par Texagération de son langage sur les dangers que le socialisme faisait courir à la France, par son alliance avec M. Louis-Napoléon Bonaparte. Le gouvernement en lui cherchant en quelque sorte une querelle personnelle , lui permit, sinon de se disculper entièrement de toute complicité dans Tavénement de TEmpire, du moins de proclamer de la façon la plus éclatante sa rupture avec lui : ses amis profitèrent tout de suite de cet avantage, et le proclamèrent bien haut : « Les bancs de » la police correctionnelle n'auront pas nui à M, deMon- » talembert. Il s'y est présenté ayant pour loyaux témoins » et pour défenseurs illustres ceux qu'il avait autrefois » combattus, pour accusateurs ceux qu'il avait un moment » secourus ; il a eu l'occasion de venger l'honneur et » l'unité de sa vie contre d'injustes attaques; il est sorti » de cette épreuve plus grand aux yeux de l'Europe, » plus libre envers. son propre passé qu'il n'y était » entré (!)• »
Un autre bénéfice de ce procès fut, pour M. de Montalembert, de n'être plus exposé à être envoyé à Lambessa et à Cayenne, car la Cour, amendant l'arrêt du tribunal, ne visa pas l'article t" du 27 juillet 1849 qui l'assujettissait à l'application de la loi de sûreté générale.
(1) Procès de M. de Montalembert au sujet de son écrit intitulé : On déhat sur PInde au Parlement anglais (a?aiii-|»ropo»). BruxeUes^ Librairie polytacb' nique, 1859.
LA DUCHESSE D'ÔRLÊANS. 481
L'Empereur, condamné de son côté à la clémence, fit insérer une seconde note dans le Moniteur :
c L'Empereur, renouvelant sa première décision, a fait remise à M. le comte de Montalembert des peines définitivement prononcées contre lu^ par Tarrét de la Cour impériale de Paris du 34 décembre 4 858.
» Sa Majesté a également fait remise à M. Douniol, gérant du CorrespmkoiU^ de la peine d'emprisonnement prononcée contre lui par le jogemeat du 24 novembre. »
L'effet de ce procès fut grand surtout à l'étranger. L'écho des débats ne put s'étendre et se prolonger en France. Le décret organique du 15 février 1852 interdisait aux journaux la reproductioil des procès de presse ; la sentence seule pouvait être publiée.
La mort, quelques mois avant cette affaire, avait enlevé la duchesse d'Orléans à ses enfants et à ses anjis.
La duchesse d^Orléans, en quittant la chambre des députés, le 24 février, s était réfugiée aux Invalides, où M. Odilon Barrot vint la prévenir qu'il fallait chercher une autre retraite. Elle se rendit à pied, donnant le bras à M. de Mornay et suivie du comte de Paris tenant la main de M. deLasteyrie, chez M. Anatole de Montesquiou : elle repartit bientôt pour le château de Bliguy appartenant au fils de son hôte. Le duc de Chartres, séparé d'elle depuis deux jours, Ty rejoignit le 27 février; elle se mit en route, au milieu d'une tempête affreuse, traversa la Belgique et s'établit à Eisenach dans les premiers jours de mars I8/18; c'est là que lui parvint la nouvelle du coup d'État du 2 décembre.
La fusion avait été, entre la duchesse d'Orléans et sa famille, l'occasion de dissentiments d'une certaine vivacité : « Sur une question qui ne pouvait avoir au plus > qu'un intéi^t d'avenir éloigné , elle a parlé autrement
kU i'KMPlRK.
» que quelques-uns de ses amis et que les conseillers ù naturels auxquels elle aurait le plus volontiers cédé « sur tout, sauf sur ses devoirs, tels qu'elle les envi- » sageait. Deux idées ont dirigé toute sa conduite, Tune » à l'égard de son pays, Vautre à l'égard de ses enfants. » Yis-à-vis de son pays, de cette partie du moins qui » n'avait pas voulu le 24 février, elle se croyait engagée » par le pacte de 18â0, qui confiait à la famille d'Or- 0 léans le dépôt de ses libertés ; vis-à-vis de ses enfants, » elle se croyait le devoir de garder leur avenir intact » et sans engagement* Elle ne se croyait pas libre de » disposer de ce qu'elle regardait comme un dépôt » entre ses mains, jusqu'au moment où elle en rendrait » compte à ses fils (1). »
La duchesse d'Orléans passa l'hiver de 1856 en Italie. Le printemps la ramena en Angleterre. Elle y .vécut pendant un an encore, au milieu des soins minutieux que sa faible santé rendait toujours nécessaires. Le 9 mai, elle fut prise de quintes de toux suivies de syncopes et de crises nerveuses; personne n'eut l'idée d'un danger pour elle, et elle moins que personne. Sa conversation n'avait rien perdu de sa vivacité ordinaire, elle augmentait quand ses fils entraient dans sa chambre. Le médecin la suppliait de ne pas tant leur parler : a Laissez-moi au moins les regarder, » lui dit-elle.
I^e 17 mai, elle resta quelque temps sans connaissance à la suite de suffocations et de faiblesses. Le médecin s'approcha d'elle pour lui tâter le pouls. S'étonnant de tant de soins : a Vous me croyez donc bien malade? >
(1) Madame la duchesse d'Orléans, 1 vol. iQ-18« MîeM hérj.